Framasoft héberge des milliers de collectifs et maintient des alternatives libres aux GAFAM, le tout avec une dizaine de salariés et zéro subvention publique. Gaëtan Chabert, responsable de la communication de l'association, décrypte sans langue de bois les angles morts de la souveraineté numérique à la française.

Framasoft, avec une dizaine de salariés et une vingtaine de bénévoles, héberge aujourd'hui plus de 2 800 collectifs sur Framaspace et maintient des outils utilisés par des millions d'internautes, de Framapad à PeerTube. Pourtant, l'association refuse de grossir, rejette les subventions publiques et se finance uniquement par les dons citoyens, un modèle rare, fragile, mais assumé. Alors que l'État français prolonge son contrat avec Microsoft pour 152 millions d'euros et que l'Union européenne redécouvre soudainement les vertus du logiciel libre, Gaëtan Chabert jette un regard lucide et parfois acerbe sur les contradictions d'un monde numérique où la souveraineté reste, trop souvent, un mot-valise

Framasoft a progressivement réduit son catalogue de services grand public (Framapad, Framadate, Framadrop…) pour se recentrer sur quelques projets phares. Avez-vous atteint les limites de ce qu'une structure de votre taille peut porter, ou est-ce une vraie décision stratégique assumée ?
Gaëtan Chabert : En réalité, il y a eu plusieurs phases d'évolutions de notre catalogue et de notre positionnement vis-à-vis de celui-ci.
Tout d'abord, en 2014, nous avons lancé la campagne Dégooglisons Internet. Cette campagne avait pour but de montrer, par l'exemple, qu'une pléthore d'alternatives libres aux services propriétaires bien connus et largement utilisés existait, et qu'en plus ils étaient tout à fait convenables pour les besoins du quotidien.
Pendant trois ans, nous avons ouvert presque un service par mois, ce qui a donné beaucoup de visibilité à Framasoft !
Cependant, assez rapidement, nous avons fait le constat que nous ne voulions pas assumer des millions d'utilisatrices et utilisateurs sur nos services. Il nous aurait fallu croître rapidement et nous souhaitions (et souhaitons toujours) rester une petite structure, à taille humaine.
Nous avons donc cherché à essaimer en initiant, notamment, le collectif des CHATONS, dont le but est d'être les "AMAP du numérique".
En 2017, le collectif CHATONS a été créé et nous voulions mettre l'accent sur celui-ci à travers notre campagne : « Contributopia ». Au fil du temps, nous avons fermé des services, notamment ceux qui nous demandaient un travail de modération trop important. Nous ne souhaitons pas être le seul hébergement associatif/militant, nous voulons qu'il en existe plein !
Cependant, plus récemment, malgré l'existence d'une centaine de CHATONS, nous avons fait un nouveau constat : l'état de l'environnement numérique (et du monde, en général) s'empire. Et personne ne semble vouloir ou pouvoir prendre de la place pour créer des espaces de respiration dans tout ça, malgré nos années d'effort !
Alors, face au besoin croissant, nous avons décidé de donner un coup de jeune à la campagne « Dégooglisons Internet » en mettant à jour certains services et en proposant d'autres.
Aujourd'hui, la dynamique de Framasoft est donc d'ouvrir des services (lorsque l'usage nous semble pertinent) plutôt que d'en fermer et d'assumer pleinement le fait d'être, à notre connaissance, le plus gros hébergeur de services non-marchand du monde !
Vous avez lancé Framaspace pour équiper les associations et collectifs de petite taille avec une suite numérique éthique. Quel bilan en tirez-vous aujourd'hui, et ce projet peut-il devenir l'axe central de Framasoft pour les cinq prochaines années ?
G.C : Framaspace est sans doute l'un des projets les plus ambitieux de l'histoire de Framasoft. À la fois techniquement, mais aussi vis-à-vis du service rendu. Car Framaspace permet à des collectifs divers et variés de travailler collaborativement en s'affranchissant entièrement des GAFAM ! À une époque où le modèle associatif est attaqué et subit des baisses drastiques de subventions, pouvoir bénéficier gratuitement d'un Framaspace est une aide considérable pour de nombreuses associations !
Framaspace est aujourd'hui utilisé par plus de 2800 collectifs, et malgré cela, dans l'ensemble, nous sommes vraiment ravis du déroulement du projet !
Bien sûr, Framaspace est encore un pari pour nous, car c'est un projet qui nous coûte cher et dont le modèle économique repose entièrement sur la solidarité (comme tout ce que nous faisons). Nous espérons que les collectifs qui apprécient Framaspace contribueront à ce modèle. Nous verrons bien sur le long terme !
En revanche, si Framaspace est un de nos projets phares, il est difficile de le décrire comme l'axe central de Framasoft. Nous avons beaucoup d'autres projets/activités qui nous demandent un investissement conséquent. PeerTube, par exemple, notre alternative à YouTube, nous demande beaucoup de temps et d'énergie.
Mais il y a aussi Dégooglisons Internet, qui s'étoffe en services et nous demande des efforts de maintenance et de rénovation pour les services les plus anciens !
Puis il y a la question de l'IA, dans toutes les bouches aujourd'hui. C'est un sujet inévitable, surtout en tant qu'association d'éducation populaire aux enjeux du numérique. Nous avons passé les dernières années à concevoir notre critique du sujet et à proposer des ressources pour mieux le comprendre. Nous pensons que lorsque la bulle économique autour de l'IA explosera, certains acteurs (trop gros pour tomber) resteront et prendront la part du lion. Cet ensemble de technologies imposées dans tout l'environnement numérique semble malheureusement partie pour rester et nous devons permettre à nos bénéficiaires de faire face au tsunami que cela représente dans leurs vies (numériques, et en dehors).
Votre modèle repose quasi exclusivement sur les dons citoyens, ce qui est rare dans l'écosystème open source. En quoi cette indépendance financière vous donne-t-elle une liberté d'action que des organisations subventionnées par des fonds publics ou privés n'ont pas ?
G.C : Tout d'abord, nous n'avons pas signé le contrat d'engagement républicain (CER), qui est une atteinte aux libertés associatives. Nous faisons partie de La Coalition, qui cherche à les défendre. Puisque nous n'avons pas signé le CER, nous ne sommes pas en droit de demander des subventions à l'État ou aux collectivités territoriales.
Cet handicap, nous le vivons très bien, car nous n'avons pas attendu le CER pour refuser le modèle de subventions. Nos membres gravitent dans bien des associations et nous voyons depuis longtemps le modèle associatif être attaqué avec des baisses de subventions successives, année après année.
Nous avons la chance d'être soutenus par autant de personnes et d'avoir ainsi la largesse financière pour pouvoir expérimenter et oser faire ce qui nous semble être juste. Nous espérons que ces expérimentations puissent ensuite servir à toutes et tous. C'est pourquoi nous cherchons à être le plus transparents possibles et à documenter au mieux ce que nous sommes, ce que nous souhaitons faire et ce que nous avons fait, même si cela signifie souligner des échecs.
En revanche, nous voyons bien que face au déclin du modèle associatif, de plus en plus de structures se tournent vers un modèle basé sur les dons. Nous réfléchissons à comment faire face à cette situation, notamment en nous tournant plus vers des fondations privées qui acceptent de faire des dons sans aucune contrepartie.
Bref, ne pas dépendre de fonds privés est un privilège dont nous sommes conscients et qui nous oblige. Cela nous offre à la fois une liberté de parole (on ne risque pas de se voir retirer une subvention si on se fâche avec un élu), mais aussi une grande liberté d'action : nous choisissons nous-mêmes nos prochaines actions, sur la base de nos fonds propres. Si ces actions ne conviennent pas au public, c'est lui qui nous sanctionnera en suspendant ses dons.
Des fonds européens comme le NGI financent des projets open source depuis plusieurs années. Pourquoi Framasoft n'en a-t-elle jamais fait un levier majeur ? Par crainte de perdre son autonomie ? Par manque de temps pour monter les dossiers ? À cause d'un désaccord ?
G.C : NLnet et le fonds de financement NGI est très certainement une des meilleures choses qui soient arrivées au monde du logiciel libre depuis des années. Grâce à ce dispositif, des milliers de logiciels ont pu être développés ou maintenus. On constate aujourd'hui à quel point ce dispositif est précieux, maintenant que tout le monde n'a plus que le mot "souveraineté" en bouche…
Sauf que les financements comme NGI sont des exceptions et d'ailleurs, celui-ci est en pleine refonte, avec des conditions dont nous discernons encore mal les contours.
Puisque nous avons un modèle économique qui jusqu'à présent a montré ses forces, cela aurait été un pari très risqué de nous axer principalement sur un modèle de financements européens. D'autant que ces financements peuvent disparaître d'une année à l'autre en fonction des nouvelles stratégies de l'UE. Et on connait ces programmes comme Horizon Europe visent plutôt à accélérer le développement de certains projets plutôt que d'en financer l'incontournable maintenance sur du long terme.
De plus, NGI finance des projets de développement logiciels. Sauf que l'essentiel de l'énergie de Framasoft est passé à mettre en place et à maintenir l'infrastructure de ces logiciels. Contrairement à ce que beaucoup peuvent penser, nous sommes bien plus une structure "d’hébergement et mise à disposition de logiciels", qu'une structure éditrice de logiciels.
Le ministère de l'Éducation nationale vient de prolonger son contrat avec Microsoft jusqu'en 2029 pour 152 millions d'euros, alors même que ses propres directives exigent l'hébergement sur infrastructures SecNumCloud. Ça vous inspire quoi ? La souveraineté, c'est une façade ?
G.C : Je pense que vous pourrez en parler longuement avec l'APRIL, qui travaille sur ce sujet depuis de nombreuses années.
Honnêtement, je ne suis pas étonné, car c'est la dynamique poursuivie par ce ministère depuis longtemps. D'ailleurs, dans un article que nous avons récemment publié sur le Framablog, nous soulignions le manque de cohérence entre le discours pro-souverainiste de l'État et les investissements massifs dans des suites logicielles privées.
Évidemment, c'est décevant car l'État possède de nombreuses ressources en interne qui lui permettraient d'atteindre une autonomie stratégique (je préfère ce terme à "souveraineté") réelle et moins chère.
Les décisions semblent être prises par des personnes qui n'ont pas conscience de leurs ressources et du contexte géopolitique ou s'en fichent, ce qui est bien sûr très préoccupant…
On ne peut qu'espérer que d'ici la prochaine échéance de ce contrat le ministère se mette activement à préparer sa transition vers des solutions plus appropriées, car la conduite du changement ne se fera pas en un claquement de doigts.
En juin 2025, le directeur juridique de Microsoft France a confirmé devant le Sénat qu'en cas de décision de justice américaine, les données seraient transmises. Est-ce que les données de près d'un million de postes de l'Éducation nationale sont aujourd'hui, selon vous, en danger ?
G.C : Oui, évidemment. Mais ce n'est pas qu'une question d'exploitation des données. Que se passerait-il si la France s'opposait aux États-Unis à l'avenir ? Qu'adviendrait-il de ce million de postes si les États-Unis imposaient à Microsoft de bloquer les accès de toute la France à ses services ? Est-ce que l'Éducation nationale s'arrêterait de tourner du jour au lendemain ?
Cela nous met dans une impasse tactique : plus nous créons des dépendances aux États-Unis, plus il devient difficile de refuser leurs lubies. C'est d'autant plus inquiétant avec leur gouvernement actuel, ouvertement fasciste.
La Commission européenne a lancé en janvier 2026 une consultation publique sur sa stratégie « European Open Digital Ecosystems », avec des propositions de financement à hauteur de 350 millions d'euros sur sept ans. Framasoft a-t-elle répondu à cette consultation, et que pensez-vous de cette soudaine ardeur européenne pour le logiciel libre? Est-ce qu'on peut vraiment y croire cette fois ?
G.C : Non, nous n'avons pas répondu à cette consultation. Nous nous tenons généralement à l'écart de ce genre de choses car nous ne sommes pas une association de plaidoyer.
Tout dépend de ce à quoi vous souhaitez croire... Est-ce que le discours souverainiste ambiant est un coup de pouce pour la mise en place d'une autonomie stratégique basée sur le logiciel libre ? Oui. Par contre, est-ce que l'UE ira jusqu'au bout… ? C'est difficile à dire et je dois avouer ne pas trop y croire. Notamment à cause de la temporalité : transformer les pratiques numériques de millions de personnes, en s'appuyant sur des solutions existantes mais aussi en développant de nouvelles solutions, cela prend du temps. Or, peut-être que la direction prise actuellement changera aux prochaines élections européennes, ou lorsqu'il y aura un nouveau sujet "chaud" sur lequel l'UE souhaitera débloquer des fonds et devra couper dans certains budgets.
Cette stratégie européenne insiste sur la « commercialisation » de l'open source. Des propos que nous avons entendus chez Cryptpad ? Ça serait aberrant de penser que les outils de Framasoft puissent être payants pour financer les développements ?
G.C : Je ne pense pas que ce soit aberrant de le penser, mais honnêtement, nous n'avons aucune envie d'aller dans cette direction.
Notre mission est d'aider le plus grand nombre de personnes à se repérer dans un environnement numérique complexe et anxiogène. Adopter un modèle de financement basé sur l'achat d'un accès irait à l'encontre de cette mission, car cela créerait une barrière d'entrée très forte pour les personnes les moins aisées.
Et justement, d'après une enquête réalisée en 2022, ce sont les personnes les moins aisées qui semblent utiliser principalement nos services et qui nous font des dons.
Le modèle basé sur la solidarité fonctionne pour nous, pour le moment, alors certes nous cherchons d'autres pistes de financement, mais ça ne pourra pas être un modèle qui empêche des personnes d'accéder à un outil émancipateur.
Framasoft promeut le Fediverse et la décentralisation depuis plus de dix ans. Sentez-vous aujourd'hui un vrai tournant dans les mentalités, par exemple depuis le rachat de Twitter ou les polémiques autour de TikTok. Y a t-il et des signaux concrets montrant que le grand public commence enfin à s'emparer de ces alternatives ?
G.C : Honnêtement, je ne crois pas qu'on puisse dire que le grand public s'empare enfin de ces alternatives.
Mastodon, le représentant du Fediverse le plus populaire, comptabilise à peu près 1 million d'utilisateurs et d'utilisatrices mensuels. En comparaison, Bluesky, un média social propriétaire qui a eu le vent en poupe suite au rachat de Twitter, a 43 millions d'utilisateurs et d'utilisatrices mensuelles !
Mastodon existe depuis bien plus longtemps et certes, a une barrière d'entrée un poil plus forte (ce n'est d'ailleurs plus vraiment le cas), mais est une option aujourd'hui mature et de très bonne facture.
Le problème n'est pas tant une question de qualité des alternatives, mais plutôt une question de conditionnement et de marketing. Quand un multi-milliardaire ouvertement fasciste achète un média social privé (Twitter/X), des millions de personnes migrent… sur le média social impulsé par un autre milliardaire (Bluesky). La force marketing de ce dernier crée une adhésion rapide et efficace contre laquelle il est difficile de lutter pour Mastodon et les autres alternatives du Fediverse. Nous ne jouons simplement pas le même jeu.
À mon sens, le seul moyen d'attirer durablement des personnes vers des logiciels émancipateurs est de les aider à comprendre en quoi les services classiques sont privateurs de liberté. Quand on a pris connaissance de ce qu'est le capitalisme de surveillance, l'économie de l'attention et le concept de merdification des plateformes, il paraît plus évident de choisir les propositions émancipatrices du Fediverse plutôt que Bluesky !
Le RGPD existe depuis 2018, mais les géants américains continuent de prospérer en Europe avec des pratiques de collecte de données agressives. Les outils juridiques européens sont-ils, selon vous, suffisants pour protéger la vie privée des citoyens, ou le logiciel libre reste-t-il la seule vraie solution ?
G.C : Le RGPD représente déjà un outil très fort pour protéger l'intimité numérique des personnes. Bien sûr, on peut très certainement faire encore mieux, et le travail de NOYB sur le sujet est vraiment remarquable. Cependant, il faudrait que toutes les autorités de contrôle nationales (la CNIL, en France) aient les moyens de faire appliquer la loi existante. Pour cela, il faudrait appliquer une politique qui aille dans ce sens, en débloquant les budgets nécessaires pour que ces autorités puissent travailler sur de nombreux dossiers en même temps. C'est extrêmement chronophage de faire respecter la loi par des géants comme Google ou Facebook qui peuvent se payer une armée de juristes et avocats.
Aussi, la Commission européenne est actuellement en train de chercher à retoquer le RGPD avec le projet Omnibus et il est possible qu'il soit moins protecteur des citoyens et citoyennes à l'issue de sa refonte. Encore une fois, suivez le travail de NOYB si vous souhaitez bien comprendre les enjeux autour de ces questions.
Aussi, le logiciel libre n'est pas la seule vraie solution. C'est une solution nécessaire mais le logiciel libre seul ne suffira jamais. Le logiciel libre nous permet de garder un œil sur ce qu'un logiciel fait et nous donne des options : si le logiciel libre ne nous convient plus (parce qu'il nous piste, désormais, par exemple), nous pouvons le forker et continuer sur une version sans pisteur, qui nous respecte. Mais pour ça, il faut qu'une personne ou une communauté veille au grain et puisse se rendre compte de la merdification d'un logiciel libre. Qu'ils aient la sensibilité politique et les compétences pour avoir envie de mettre l'énergie, le temps, l'argent pour forker le logiciel et assumer ce fork.
Framasoft reste une petite structure avec une dizaine d'employés et une vingtaine de bénévoles. Pourquoi au juste ?
G.C : C'est un souhait de notre part. Nous fonctionnons sur le principe de la cooptation. Nous ajoutons de nouveaux membres dans l'association quand quelqu'un propose une nouvelle personne. Cela nous permet de rester à une dimension humaine, où chacun et chacune se connaît, qui nous convient très bien ! Notre petite taille et le fait que nous fonctionnons par cooptation sont des vecteurs majeurs de notre capacité à agir vite. Quand nous souhaitons travailler sur un nouveau projet, nous n'avons pas besoin de convaincre des centaines de personnes, c'est une vraie force pour nous !
Aussi, chercher à ne pas croître, notamment en termes d'employés, permet d'appuyer sur nos propres limites. Nous ne serons jamais un Google français et nous ne pourrons jamais assumer seuls le combat contre le capitalisme de surveillance. Nous avons donc besoin d'alliés, qui à leur manière, avancent dans une direction commune, et nous aident ainsi à bâtir un monde (numérique) enviable.
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