Pris dans une polémique lancée par le Syndicat de la librairie française, Amazon a préféré annoncer son retrait du Festival du Livre de Paris 2026, dont il était un partenaire. Une décision qui secoue la filière, à six semaines de l'événement.

En une seule journée, le feuilleton Amazon au Festival du Livre de Paris a connu son dénouement. Mercredi, alors que le directeur de l'évènement défendait encore publiquement dans la presse son partenariat avec Amazon, le géant américain annonçait lui-même plier bagage, non sans fracas. Autrement dit, oui, le e-commerçant a préféré jeter l'éponge, après l'appel au boycott lancé par le Syndicat de la librairie française (SLF). Derrière ce retrait inattendu, qui marque une certaine lassitude d'Amazon dans sa volonté de convaincre une filière divisée, des arguments s'affrontent autour de ce qui devient une question de société.
Amazon et le Festival du Livre de Paris, un partenariat qui met le feu aux poudres
Tout avait bien commencé lorsqu'il y a moins d'un mois, le 10 février, Amazon annonçait fièrement son partenariat avec le Festival du Livre de Paris, prévu les 17, 18 et 19 avril au Grand Palais. L'occasion pour l'entreprise de célébrer 25 ans de présence sur le marché du livre français. Souvenez-vous, la toute première commande passée sur Amazon.fr en 2000 était déjà un livre.
Mais le 26 février, le Syndicat de la librairie française (SLF) est monté au créneau en appelant les libraires indépendants à boycotter le festival, en raison de la présence des marques Kindle et Audible parmi ses partenaires officiels. La tension couvait depuis l'entrée en vigueur de la loi Darcos, qui impose des frais de port minimaux (trois euros) sur les livres neufs, et qu'Amazon est accusé de contourner.
Pierre-Yves Bérenguer, directeur du Festival, a dit mercredi chez nos confrères du Point avoir vécu l'appel au boycott chez les libraires indépendants avec « un grand étonnement ». Dans l'interview, il a bien essayé d'appeler tout ce beau monde à la raison, en expliquant qu'Amazon occupe 100 m² sur 21 000, pour une contribution financière pesant à peine 0,8 % du budget total.
Sachant que l'an dernier, le budget du festival grimpait à 4,2 millions d'euros, on parle d'une participation de quelques dizaines de milliers d'euros, tout au plus. En rappelant aussi que Kindle était déjà présent en 2012, sans que personne ne s'en émeuve à l'époque.

Amazon se retire mais ne garde pas sa langue dans sa poche
Dans la foulée de la parution de l'interview, Amazon, piqué au vif, a annoncé son retrait du Festival, « d'un commun accord » avec l'organisation. Le moins qu'on puisse dire, c'est que le ton du communiqué est offensif. On sent clairement le ras-le-bol du e-commerçant. L'entreprise dénonce une « manœuvre partisane » du SLF qui, selon elle, « confisque l'événement à son profit » et le détourne de sa « légitime ambition », qui au départ doit être de célébrer la lecture et les auteurs.
Pour se défendre, Amazon ressort à juste titre la carte des territoires oubliés. Dans 90% des communes françaises, il n'existe tout simplement aucune librairie. Résultat, 75% des acheteurs de livres en ligne en zones rurales n'ont pas d'autre choix que le web, selon un chiffre Ifop. Quant au poids réel sur le marché d'Amazon, c'est-à-dire sa part des ventes de livres en France, il est de 10% aujourd'hui, loin derrière la FNAC et Cultura, qui en contrôlent ensemble 28,4 %, et même des librairies (23,7%).
Derrière l'affrontement Amazon contre libraires, il y a peut-être une réalité moins visible. Le Festival du Livre de Paris, qui avait attiré plus de 114 000 visiteurs en 2025, ne reçoit que 6% de financements publics. Le reste vient donc de partenaires privés, comme Amazon mais aussi CMA-CGM et Pilot. Sans eux, l'événement aurait du mal à assurer sa rentabilité. C'est précisément ce que la polémique, dans son emballement, fait oublier.