Profitant de l'ouverture du MWC, à Barcelone, Qualcomm a annoncé son nouveau SoC destiné aux montres et lunettes connectées, mais pas seulement : le Snapdragon Wear Elite. Cette nouvelle puce gravée en 3 nm en dit finalement beaucoup de l'avenir de ces accessoires que vous portez déjà (ou porterez bientôt) au quotidien.

Le Snapdragon Wear Elite a été officiellement présenté ce 2 mars. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
Le Snapdragon Wear Elite a été officiellement présenté ce 2 mars. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

Présent en force au MWC 2026, Qualcomm se prépare déjà au déploiement de la 6G, à l'horizon 2030, mais aussi à l'arrivée du nouveau standard Wi-Fi 8 pour la connectivité domestique de demain. La semaine dernière, la firme a également dévoilé son nouveau Snapdragon Wear Elite.

Chargé de prendre la relève des puces Snapdragon W5 Gen 2 / W5+ Gen 2 (consacrées principalement aux montres connectées), mais aussi Snapdragon AR1 Gen 1 / AR1+ Gen 1 (dédiés aux lunettes intelligentes), ce nouveau SoC à très basse consommation s'installera dans les prochains mois à bord de toute une flopée de wearables, qu'il s'agisse de montres et de lunettes connectées, ou de la première vague d'objets émergeants (épingles et pendentifs dopés à l'IA)… avec l'objectif de créer des ponts entre ces différents appareils à travers un « réseau d'IA distribué », mais aussi de les rendre toujours plus indépendants du smartphone.

Vers des wearables de plus en plus variés et indépendants

Avant de parler du Snapdragon Wear Elite, des nouveautés qu'il apporte et de la vision qu'il y a derrière ce nouveau SoC, il est peut-être utile de rappeler que les puces Qualcomm motorisent actuellement la quasi-totalité des wearables « non Apple » commercialisés. Il suffit d'ailleurs de parcourir le stand du concepteur américain au MWC pour se rendre compte de sa prédominance sur ce terrain… et par conséquent de la force de frappe qu'il détient en la matière. Quand Qualcomm bouge, c'est tout le marché qui est instantanément influencé.

Et pour bouger, le Snapdragon Wear Elite bouge. Au-delà de son passage à la gravure en 3 nm de TSMC et de la montée en puissance qu'il propose (CPU jusqu'à 5 fois plus rapide, GPU jusqu'à 7 fois plus véloce), cette nouvelle puce pour montres connectées signée Qualcomm fait tout mieux en consommant beaucoup moins.

Les principales spécificités du Snapdragon Wear Elite. © Qualcomm
Les principales spécificités du Snapdragon Wear Elite. © Qualcomm

Cela passe notamment par l'utilisation de la 5G RedCap pour une connectivité cellulaire rapide et peu gourmande, ou le recours au Wi-Fi Micro-Power, bien plus frugal en termes de dépense énergétique lui aussi.

Cela passe également par l'intégration d'un eNPU : un accélérateur d'IA à très basse consommation énergétique permettant de conserver en permanence un filet de traitement par IA (pour la détection d'activité ou de mots-clés, l'amélioration dynamique de la qualité de son durant un appel…), tout en ayant là aussi un impact minime sur la consommation globale du SoC.

Si certains appareils devraient profiter de ces améliorations pour gagner nettement en autonomie (Qualcomm communique d'ailleurs sur une « multi-day battery life », avec en prime la possibilité de recharger 50% de la batterie en seulement 10 minutes sur certains produits), on peut aussi penser que la firme libère ici du « budget » énergétique pour le réaffecter aux tâches d'IA les plus lourdes, gérées cette fois par le NPU Hexagon « plein format ». Et pour cause, ce dernier est désormais capable de gérer jusqu'à deux milliards de paramètres localement, directement sur l'appareil équipé d'un Snapdragon Wear Elite, le tout à une cadence pouvant atteindre les 10 tokens/seconde.

Un NPU solide au poignée, autour du cou ou sur le nez... © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
Ce nouveau SoC est gravé en 3 nm © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
L'IA personnelle, au quotidien et localement. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

En économisant l'énergie partout où c'est possible, Qualcomm a aussi les mains libres pour exploiter une partie GPU (beaucoup) plus performante, nous l'avons vu, désormais capable de prendre en charge une entrée vidéo et du streaming pour nourrir localement des IA multimodales (capables de « voir » et « d'entendre » ce que vous faites pour avoir du contexte sur votre activité), ainsi qu'une sortie vidéo 1080p/60 FPS.

L'idée est ici d'absorber et traiter de la donnée via les caméras installées sur toute une ribambelle de futurs accessoires équipés du Snapdragon Wear Elite (on pense par exemple au concept de casque connecté Project Motoko de Razer, que nous avons essayé au MWC sur le stand d'un certain… Qualcomm, et qui devrait justement aboutir à un produit commercialisable d'ici quelques mois), mais aussi, et plus prosaïquement, de gérer les écrans d'une paire de lunettes connectées dopées à l'IA, entre autres.

Le Project Mawell de Motorola, dévoilé au CES. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic
Les pendentifs IA, la tendance de 2026 ?
Une caméra partout avec vous...
Les lunettes connectées chinoises étaient nombreuses sur le stand de Qualcomm. © Clubic

Au final, les gains et optimisations en termes de maîtrise énergétique pourraient vite être contrebalancés par la relative gourmandise de ces traitements vidéo toujours plus avancés, opérés par le GPU, mais aussi des opérations menées par le NPU sur ces flux vidéo captés par les accessoires dotés de caméras. Un type de wearables qui devrait d'ailleurs se faire de plus en plus courant.

Récemment, au CES 2026, Motorola a par exemple dévoilé un concept de « pendentif » Project Maxwell équipé justement d'une caméra capable de servir « d'œil » à une IA qu'il est ensuite possible d'interroger. Sur une tonalité un peu différente, les dernières lunettes de réalité augmentée de Meta Ray-Ban Display, attendues en 2027, sont également équipées de caméras pour l'AR, mais aussi pour comprendre votre environnement. Ces appareils « pionniers » ouvriront sans aucun doute la voie à d'autres du même type, plus avancés et motorisés par le Snapdragon Wear Elite.

L'IA partout, tout le temps et localement (pour l'instant ?)

La vision de Qualcomm pour le marché des wearables est donc celle de produits beaucoup plus variés et puissants, capables d'offrir des performances nettement supérieures à celles des précédentes puces de l'entreprise, mais aussi de traiter localement une énorme quantité de données grâce à de nouvelles capacités NPU… sans commune mesure pour cette catégorie de produits.

Qualcomm et ses partenaires de Motorola, Google et Samsung. © Nathan Le Gohlisse pour Clubic

L'idée ? Permettre à l'IA d'envahir littéralement notre quotidien, avec la promesse d'un traitement local de toutes les données collectées par nos futures montres, lunettes et pendentifs connectés. Tant à des fins de respect de la vie privée que de praticité quand la connexion n'est pas disponible.

Une promesse sans aucun doute sincère à l'heure où nous écrivons ces lignes, mais qui nous incite à une certaine circonspection pour le long terme. Comment traiter localement la masse insondable de contenus que les capteurs, caméras, micros de ces différents accessoires collecteront heure après heure, jour après jour, pendant de longs mois et de longues années ?

Qualcomm, mais aussi ses partenaires Motorola, Google et Samsung invités sur scène (et tous les autres), pourraient à long terme être tentés de décharger une part de ce traitement au cloud, avec à la clé le risque de confier des données potentiellement très personnelles et privées à des tiers pas forcément toujours très transparents.

Source : Conférence de presse Qualcomm au MWC