Un billet de blog. 31 milliards de dollars de capitalisation envolés en une journée. Anthropic dit pouvoir dompter le code qui fait tourner vos banques depuis Nixon.

Le COBOL, c'est le squelette numérique de l'économie mondiale. Conçu à la fin des années 1950, notamment par Grace Hopper, il traite encore 90% des transactions aux distributeurs automatiques en France. Des centaines de milliards de lignes tournent en production chaque jour dans les banques, les compagnies aériennes et les administrations. Le 23 février 2026, Anthropic a publié un billet détaillant comment son outil Claude Code peut automatiser la modernisation de ces bases de code. IBM a perdu 13% en séance. Sa pire journée depuis octobre 2000.
Ce que Claude Code propose concrètement
Selon le billet d'Anthropic, l'outil cartographie les dépendances entre des milliers de lignes de code. Il reconstitue des flux métier que personne ne documente plus, et identifie les zones à risque avant qu'une migration ne tourne mal. La promesse : un chantier de quelques trimestres, là où les approches traditionnelles nécessitaient des années de travail à prix prohibitif.

- Upload de fichiers pouvant aller jusqu'à 100 000 tokens (75 000 mots environ)
- Personnalisation avancée
- Conception éthique
Pour structurer cette démarche, Anthropic a également publié un « Code Modernization Playbook » à destination des équipes techniques. L'idée : migrer composant par composant, avec une validation systématique à chaque étape.
Le terrain est favorable à ce type d'annonce. Les développeurs COBOL vieillissent, et les universités ont pratiquement arrêté d'enseigner ce langage depuis des décennies. Former de nouveaux experts est un cercle vicieux : sans base de praticiens expérimentés, la transmission ne se fait plus. Comme le rapporte Le Monde, les difficultés de recrutement ne sont pas nouvelles, mais elles s'aggravent d'année en année.
Pourquoi la réaction des marchés est peut-être exagérée
Il faut ici ralentir. IBM a perdu 27% sur l'ensemble du mois de février, sa pire performance mensuelle depuis 1968 selon Bloomberg. Un contexte boursier déjà fragilisé, qui amplifie mécaniquement la réaction à chaque nouvelle perçue comme une menace.
Ce qu'Anthropic décrit n'a pourtant rien d'inédit. IBM propose son propre outil de conversion, le « watsonx Code Assistant for Z », depuis 2023. AWS, Microsoft, Kyndryl et NTT ont tous lancé des initiatives similaires ces dernières années. Et pourtant, le mois dernier encore, IBM affichait son chiffre d'affaires mainframe le plus élevé depuis vingt ans. Son PDG Arvind Krishna a attribué une partie de cette performance aux mêmes outils de conversion par IA que Big Blue commercialise.
La crédibilité technique de Claude n'est pas en cause. La conception d'un compilateur C avait déjà attesté de ses capacités sur des projets exigeants. Et Anthropic affirme que presque la totalité de son propre code est aujourd'hui produit par Claude. Ça n'est pas anodin.
Mais un compilateur de démonstration n'est pas un système bancaire en production depuis quarante ans. Le vrai obstacle est institutionnel. Migrer une infrastructure critique ne se décrète pas dans un billet de blog. Cela implique des régulateurs, des équipes de gouvernance, des audits et des plans de retour arrière. L'IA accélère la partie technique. Elle n'a pas encore de siège dans les comités de risque.
Il reste une question que personne ne résout vraiment : qui validera le code migré quand les derniers experts COBOL auront pris leur retraite ? L'urgence de migrer est réelle, mais les seules personnes capables d'en vérifier la fiabilité sont aussi les plus rares sur le marché. Plus le temps passe, plus ce verrou humain se resserre.