Stadia, Shadow, GeForce Now : le grand dossier du cloud gaming en France

Pierre Crochart
Spécialiste smartphone & gaming
01 mai 2019 à 18h30
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Crédits : Google

Après avoir passé en revue les services existants ou en cours de refonte, l'heure est à la prospective. Nous l'écrivions en préambule : le cloud gaming intéresse les géants du Web, et tous ou presque ont déjà fait part de leurs velléités à plus ou moins long terme en la matière.

Plusieurs ont même déjà fait la démonstration de leur service, à commencer par Google, avec son projet Stadia. Microsoft fait lui aussi partie des entreprises les mieux engagées dans la course au cloud gaming avec son Project xCloud.

Microsoft : le Project xCloud pour offrir plus de flexibilité aux joueurs

Project xCloud Microsoft
Crédits : Microsoft

Mise à jour du 11/06/2019 :
Ajout des informations partagées par Microsoft à l'E3 2019.


Annoncé formellement en octobre dernier, le Project xCloud est la proposition de Microsoft dans le domaine du cloud gaming.

Une plate-forme pensée par la firme de Redmond comme dans la continuité de ce qu'elle a entrepris avec le programme Xbox Play Anywhere. Un programme qui, pour rappel, permet de jouer aux exclusivités Xbox One sur sa console aussi bien que sur son PC.

Ainsi Microsoft ne souhaite pas se tirer une balle dans le pied et sortir progressivement du marché des consoles de salon. Comme le résume fort bien Kareem Choudhry, responsable de la division cloud gaming de l'entreprise :" Nous développons Project xCloud non pas pour remplacer les consoles de jeu, mais afin d'offrir les mêmes choix que les amateurs de musiques et de vidéos ont aujourd'hui. Nous voulons seulement proposer plus de possibilités pour jouer aux jeux Xbox".

De ce que l'on sait pour le moment, le service sera accessible sur smartphones et tablettes Android, mais également sur "d'autres appareils connectés", sans qu'il ne soit précisé ce que Microsoft a en tête. Mais souvenez-vous : il y a quelques semaines, Microsoft et Nintendo actaient un rapprochement inédit dans l'industrie vidéoludique, ce qui laisse supposer que la Switch pourrait être une plate-forme privilégiée du développement de xCloud.

Project xCloud : des tests publics auront lieu dès cette année

Comme l'a annoncé Microsoft au cours de son émission Inside Xbox du 12 mars dernier, des premiers tests grandeur nature du Project xCloud seront menés en 2019. De là à imaginer que le produit final pourra être commercialisé dans l'année ? Probable. N'oublions pas que Microsoft jouit d'une force de frappe dont seul Amazon peut actuellement se targuer en matière de data centers.

En effet, pour propulser sa technologie, Microsoft entend mobiliser son gigantesque parc de serveurs Azure. En octobre dernier, le géant du cloud revendiquait 54 data centers répartis dans 140 pays à travers le globe. De quoi assurer au futur service de Microsoft une latence minimum et une expérience optimale aux joueurs.

Project xCloud Microsoft data center Azure
Crédits : Microsoft

Pour l'heure, la seule démonstration qui ait été faite du service remonte également à l'émission Inside Xbox du 12 mars, où la présentatrice a été en mesure de s'essayer à Forza Horizon 4 depuis un smartphone Android auquel était appairée une manette Xbox One.



Tous les titres de la Xbox One seront jouables

Alors qu'il était attendu au tournant sur ce point à l'E3 2019, Microsoft s'est fait étrangement avare en informations au sujet de xCloud. Des bornes étaient pourtant présentes sur son stand pour permettre aux journalistes de s'essayer au service. Mais pour ce qui est des détails concernant le business model, il faudra se montrer patient.

Pour ce qui est du catalogue, la firme de Redmond a indiqué que l'intégralité du catalogue de la Xbox One sera disponible sur xCloud - soit environ 3 500 titres. Il y aura de quoi faire donc.

xCloud
Démonstration de xCloud lors de l'E3 2019

Autre information de poids : les tests publics de xCloud débuteront au mois d'octobre 2019. Du moins... pour une partie des fonctionnalités de la plate-forme.

En effet, Microsoft nous a appris que son service ne permettrait pas seulement d'avoir accès à un catalogue de jeux dématérialisés à la demande, mais aussi de se servir de sa Xbox One comme d'un serveur. En d'autres termes, il deviendra possible de jouer à ses jeux Xbox depuis un smartphone ou un ordinateur, et ce entièrement à distance.

Stadia : quand Google imagine le futur du jeu vidéo

stadia
Crédits : Google

Mise à jour du 11/06/2019 :
Ajout de la sous-partie dédiée au prix et à la disponibilité de Google Stadia en France


Le mardi 19 mars 2019 est une date qui mériterait probablement d'être marquée d'une pierre blanche. En direct de la Game Developers Conference de San Francisco, Google a officiellement dévoilé Stadia : son service de cloud gaming.

Comme Microsoft, Google compte bien s'appuyer sur son énorme réseau de data center pour propulser sa plate-forme de jeu. À en croire Sundar Pichai, CEO de la firme, Google dispose d'infrastructure dans plus de 200 pays du globe. Suffisant, selon lui, pour permettre à tout un chacun de profiter de Stadia dans d'excellentes conditions.



Sur le papier, Stadia nous apparaît d'ailleurs comme l'un des services les plus prometteurs de sa catégorie. Totalement dématérialisé, ce service de cloud gaming met un point d'honneur à réduire toute friction entre l'envie de jouer à un jeu et le fait d'y jouer.

Illustration la plus parlante de ce concept : imaginez regarder une vidéo d'un jeu sur YouTube, et être suffisamment intrigué pour vouloir vous y essayer. Imaginez maintenant qu'un bouton "Play Now" soit situé sous cette vidéo, et qu'un simple clic vous permette de jouer véritablement au jeu, tout en "reprenant" la partie là où la vidéo l'avait laissée. C'est en tout cas la promesse, la belle promesse de Stadia.

Stadia cloud gaming
Lancer une partie de jeu vidéo via un bouton intégré sur YouTube ? C'est l'une des promesses de Stadia. Crédits : Google

Stadia : une plate-forme visant à rapprocher développeurs, créateurs de contenus et joueurs

Toujours dans cette optique de réduire les frictions, Google ambitionne de faire tomber les barrières qui séparent encore développeurs, créateurs et joueurs.

Grâce à Stadia, les premiers auront l'opportunité de développer des jeux sans se soucier des limitations techniques de la plate-forme sur laquelle ils développent. Grâce à des machines surpuissantes (on parle d'un GPU custom développé par AMD offrant une puissance théorique de 10,7 téraflops) et aux composants évolutifs, Stadia s'avance comme la boîte à outils rêvée pour les développeurs.

Stadia cloud gaming
Avec Stadia, les développeurs auront toute la puissance nécessaire pour mener à bien leurs projets. Crédits : Google

Les créateurs pourront quant à eux profiter de la fluidité de l'expérience offerte par Stadia pour développer leur communauté de façon inédite. Grâce à des fonctionnalités telles que "State Share" ou "Crowd Play", les YouTubeurs auront la possibilité de partager un moment-clé, un extrait jouable de leur session de jeu pour que leurs viewers puissent eux aussi y jouer. "Crowd Play" permettra quant à lui aux créateurs d'offrir la possibilité à leur audience de les rejoindre en jeu via un simple bouton intégré à l'interface YouTube.

Les joueurs, enfin, n'auront plus à se soucier de quel type de machine ils utilisent, de toute notion d'exclusivité et encore moins de se poser la question de savoir si leur ordinateur sera capable de faire tourner tel ou tel jeu dans un niveau de détails suffisant. Avec Stadia, tout est géré côté serveur, et la puissance sera toujours au rendez-vous. Actuellement, Google est capable de produire du 1080p à 60 images par seconde. Mais au lancement, la firme promet de la 4K HDR à 60 fps, et encore plus dans les années à venir.

De plus, Stadia sera disponible sur PC, tablettes, smartphones et téléviseurs connectés ou non, via un simple Chromecast. Notons par ailleurs que, lors de sa conférence, Google a aussi présenté son Stadia Controller : une manette développée en interne et censée réduire la latence à son minimum grâce à une connexion Wi-Fi.

Stadia cloud gaming
Lancer une partie sur PC, la reprendre sur smartphone puis permuter votre partie sur un téléviseur : la puissance du cloud illustrée par Stadia. Crédits : Google

Stadia : prix et disponibilité du service

En amont de l'E3 2019, Google a mis en ligne une vidéo détaillant une partie du catalogue ainsi qu'une fenêtre de sortie et la politique tarifaire de Stadia.

Le service de cloud gaming sera disponible dans 14 pays du monde, dont la France, à partir du mois de novembre 2019. Au lancement, seule une formule par abonnement à 9,99€ par mois sera proposée.

Celle-ci donnera accès à la plate-forme sur un téléviseur par l'intermédiaire d'un Chromecast et d'une manette Stadia (69,99€) ou via un smartphone Google Pixel 3 ou Pixel 3a. Baptisée Stadia Pro, cette offre permettra de profiter des jeux dans leur qualité maximale (jusqu'en 4K à 60 images par seconde, ainsi qu'un son 5.1) si tant est que vous disposiez d'une connexion d'au moins 35 Mb/s (le jeu en 720p est accessible à partir de 10 Mb/s).

Google Stadia
Détail des deux formules d'abonnement à Stadia. Crédits : Stadia

Si des réductions régulières seront proposées aux abonnés, aucun jeu n'est a priori inclus dans la formule. Il vous faudra les acheter afin de pouvoir en profiter sur Stadia. En cela, le service de cloud gaming de Google s'éloigne d'un modèle "à la Netflix", et vient se substituer à une console de jeu ou un ordinateur.

À date, 31 jeux ont déjà été annoncés pour Stadia :
  • Baldur's Gate 3 (Larian Studios)
  • Mortal Kombat 11 (NetherRealm)
  • Ghost Recon : Breakpoint (Ubisoft)
  • Gylt (Tequila Works)
  • Get Packed (CoatSink)
  • The Division 2 (Ubisoft)
  • Destiny 2 édition complète (Bungie)
  • Assassin's Creed Odyssey (Ubisoft)
  • Rage 2 (Avalanche, id Software)
  • Dragon Ball Xenoverse (Dimps)
  • DOOM Eternal (id Software)
  • Wolfenstein: Youngblood (Machine Games)
  • Power Rangers : Battle For The Grid (Lionsgate)
  • Metro Exodus (4A Games)
  • Thumper (Drool)
  • GRID (Codemasters)
  • Samurai Shodown (SNK)
  • Football Manager 2020 (Sports Interactive)
  • The Elder Scrolls Online (Bethesda)
  • The Crew 2 (Ubisoft)
  • Trials Rising (Ubisoft)
  • NBA 2K (Visual Concept)
  • Borderlands 3 (Gearbox Software)
  • Farming Simulator 19 (Giants Software)
  • Final Fantasy XV (Square Enix)
  • Tomb Raider Trilogy (Eidos Interactive, Crystal Dynamics)
  • Darksiders Genesis (Vigil Games)
  • Just Dance 2020 (Ubisoft)

Bien d'autres rejoindront les rangs d'ici le lancement du service, et notamment ceux qui sortiront des usines de Stadia Entertainment and Games - le studio créé par Google et chapeauté par Jade Raymond.

Courant 2020, Google prévoit aussi de lancer une version gratuite de Stadia, mais limitée à une résolution de 1080p et à un son stéréo. Les utilisateurs de cette formule intitulée "Stadia Base" pourront en revanche acheter des jeux et en profiter sur leur téléviseur via un Chromecast, exactement comme s'ils lançaient un jeu depuis une console.

Google précise aussi que tous les achats de jeux effectués par un utilisateur permettent d'en profiter même dans le cas où l'abonnement Stadia Pro serait résilié. En d'autres termes : un jeu acquis vous reste acquis, peu importe votre statut auprès de Stadia.



Quel futur pour le cloud gaming ?

On l'a dit : on attend encore des déclarations concrètes de la part de Amazon, Apple, et bien d'autres acteurs qui - n'en doutons pas - ne manqueront pas de s'engouffrer dans cette nouvelle brèche.

Mais alors que nous refermons cet épais dossier, plusieurs incertitudes demeurent encore vis-à-vis du cloud gaming. Aux questions relatives à la propriété des jeux qui s'en retrouvera chamboulée se mêle aussi celle de l'avenir des revendeurs de jeux. Nul doute que si le cloud gaming venait à se démocratiser, nombreuses sont les boutiques qui seraient amenées à mettre la clé sous la porte.

Incertitudes encore quant à l'impact énergétique et donc écologique du déploiement massif (mais dans tous les cas inéluctable...) des data centers de par le monde.

Il y a donc fatalement un équilibre à trouver entre tous ces éléments. Une balance fragile entre les pour, les contres ; entre cette promesse d'une pratique vidéoludique plus démocratique et celle d'une industrie plus saine.

Lancer un jeu vidéo comme on démarre une série sur Netflix ; sans plus de cérémonie. Et dire que cela fait quarante ans qu'on nous rabâche que le jeu vidéo n'est pas un produit culturel comme les autres. Avec le cloud gaming, le médium vidéoludique est en passe de rejoindre l'audiovisuel et la musique, qui depuis 10 ans déjà ont opéré leur mue vers un modèle dématérialisé. Au risque que celui-ci devienne fade ? L'avenir nous le dira.
Modifié le 11/06/2019 à 14h13
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