Interview - Pour Orange, l’arrivée de Stadia dans le cloud gaming est une bonne nouvelle

le 10 avril 2019 à 19h02
0
Orange
Crédits : Ksokolowska / Shutterstock.com

le 19 mars dernier, Google a révélé au monde Stadia, son service de cloud gaming à paraître plus tard dans l'année. L'occasion est belle pour les acteurs actuels de ce marché d'avenir de revenir sur les annonces du géant et d'y aller de leur analyse.

Orange est de ceux-là. Implanté depuis bientôt 6 ans sur le segment du cloud gaming par l'intermédiaire de son service Orange Jeux, le groupe français accueille la nouvelle d'un nouveau concurrent sans crainte particulière.

Mieux, pour Olivier Massière, directeur marketing de la division jeux vidéo d'Orange, l'arrivée de Stadia et donc de Google sur ce marché pourrait contribuer à démocratiser un service encore trop peu compris par le grand public.

Orange Jeux : le service de cloud gaming d'Orange fête ses six ans


Non, vous n'avez pas raté un épisode. Orange a compris très tôt le potentiel du cloud gaming et a lancé, en 2013, Orange Jeux, son propre service de streaming vidéoludique.

"À l'époque du lancement, nous avions plusieurs formules, nous raconte Olivier Massière, directeur marketing d'Orange Jeux. De la location, et de l'achat de jeux vidéo. Mais en raison des partenariats avec les éditeurs, l'achat se résumait finalement à de la location longue durée, et nous avons mis un terme à cette formule pour nous diriger - parmi les premiers - vers l'abonnement".

Orange Jeux
Orange propose le Pass jeux vidéo : contre 9,99€, accédez à plus de 200 titres en cloud gaming. Crédits : Orange

Depuis 2016, Orange Jeux propose à ses clients un tarif unique. Pour 9,99€ par mois, les abonnés bénéficient d'un accès illimité au catalogue de plus de 200 jeux du service. Le tout, sans engagement, et avec un mois offert. Mais ne vous attendez pas à pouvoir vous essayer aux derniers blockbusters en date. En effet Orange cible avec son service un public assez "casual" et très familial. Par conséquent, l'entreprise privilégie une offre accessible et peu onéreuse à un catalogue de première fraîcheur.

Ce qui n'empêche pas Orange Jeux de ramener de jolies prises dans son escarcelle. "Notre catalogue est très bien garni en matière de jeux LEGO et Disney ; les jeux de courses marchent très bien également. Mais plus récemment, on a ouvert notre catalogue notamment à Square Enix, et avons donc pu rajouter du Tomb Raider et du Just Cause à nos titres jouables".

Dans les faits, il s'agit de Tomb Raider (le reboot de 2013) et de Just Cause 2 (2010). Mais Olivier Massière nous annonce que Rise of The Tomb raider (2015) et Just Cause 3 rejoindront "cette année" les rayonnages d'Orange Jeux. Même chose pour Farming Simulator 2019, qui rejoindra le service d'ici l'été prochain.

Orange Jeux
Extrait du catalogue actuel de Orange Jeux. Crédits : Orange

Le catalogue d'Orange Jeux contient environ 200 titres


Et tous, sont consultables à cette adresse. On y retrouve une grande sélection de jeux familiaux comme les titres LEGO et Disney, et aussi une grande quantité de jeux mobiles siglés Gameloft.

Le catalogue inclut également une sélection grandissante de jeux édités par Square Enix. Tomb Raider et Just Cause donc, mais également Deus Ex Human Revolution et Life is Strange.


Orange Jeux : aussi accessible depuis un PC


Si Orange Jeux n'est accessible qu'aux clients de la TV d'Orange (environ 5 millions de foyers sont éligibles au service selon Olivier Massière), il est possible de retrouver le service ainsi que ses jeux sur un client PC. Dans un cas comme dans l'autre, les jeux s'exécutent actuellement en 720p à 50 images par seconde.

"On a mené des tests pour passer la résolution en 1080p, mais cela pose des problèmes en fonction de la connexion des clients. On a préféré privilégier la fluidité à la résolution", précise Olivier Massière. En effet Orange Jeux préconise une connexion d'au moins 10 MB/s pour profiter confortablement du service. Et quand au choix de préférer la fluidité de l'image à la résolution, Orange est plutôt malin.

Orange Jeux
Le service supporte la plupart des manettes du marché, mais Orange propose aussi la sienne, développée par Nacon. Crédits : Orange

L'idée du service est de faire entrer le jeu vidéo là où il n'y est pas déjà ; pas de se substituer à une console de jeu ou à un PC fixe.

"Sur le marché actuellement il y a deux offres à distinguer. D'un côté les offres de cloud computing ; on vous loue la machine, ça vous évite de payer un ordinateur à 1000€ en échange d'un abonnement mensuel comme Shadow, mais il n'y a aucun contenu dedans. Et d'un autre côté, vous avez les offres qui ne fournissent que le contenu. Ce sont les Xbox Game Pass ou les EA Access Premier... mais dans ces cas-là, il vous faut déjà avoir une machine susceptible de lire ces jeux (une Xbox ou un PC dans le cas présent, ndlr). La réalité c'est qu'il y a très peu d'acteurs du cloud gaming qui vous propose les deux : un abonnement qui regroupe et la machine et le contenu. Où vous n'avez pas besoin de vous préoccuper de la machine ou des contenus ; vous voulez jouer à un jeu, vous jouez à un jeu. Point. Ça c'est la promesse de Google avec Stadia. Et nous aujourd'hui cette promesse elle est tenue avec Orange Jeux. Vous lancez notre service en quelques secondes et vous retrouvez votre profil avec vos sauvegardes, vos jeux et votre partie en cours".

Google Stadia : menace ou opportunité ?


Malgré le poids médiatique de Google qui, avec Stadia, se lance lui aussi dans la course au cloud gaming, Olivier Massière accueille avec enthousiasme son futur nouveau concurrent.

"Le premier point positif de Stadia c'est qu'ils ont un budget communication sur le sujet (du cloud gaming, ndlr) qui est colossal. Ça va forcément aider à démocratiser la chose. Même si chez Orange on essaie de démocratiser plein de services, le jeu vidéo ce n'est pas notre terrain de base, et on ne peut pas communiquer sur tout", explique Olivier Massière. "Concernant leur offre, je pense que leur point fort - qui n'est pas si éloigné du nôtre - c'est la simplicité. Ce qu'on attend de Google c'est de pouvoir lancer un jeu en deux clics sur YouTube. Et nous c'est ce qu'on permet, mais sur la télévision."

Stadia
Stadia va-t-il permettre de démocratiser le cloud gaming ? Crédits : Google

Seulement on le répète : Orange Jeux n'est actuellement proposé qu'aux clients de la TV d'Orange, ce qui réduit comme peau de chagrin le nombre de prospects du service. Une tare de laquelle notre interlocuteur est bien conscient, même s'il admet que l'hypothèse d'un service étendu à l'ensemble des clients Orange (Internet et/ou mobile donc) est régulièrement mise sur la table en interne.

Pourtant Orange ne se fait pas d'illusion. L'objectif n'est pas de faire de l'ombre aux géants du jeu vidéo. Olivier Massière le dit d'ailleurs sans ambages :"si Stadia venait à devenir suffisamment bon, on pourrait envisager de le distribuer (comme Netflix ou Deezer, ndlr) sur nos boitiers Orange". Signe d'un manque d'ambition chez Orange Jeux ? Plutôt une bonne dose d'humilité. "On a beau être très développés en Europe de l'ouest et en Afrique, on est bien conscients chez Orange de pas avoir l'aura mondiale d'un GAFA"

Le cloud gaming signe-t-il l'arrêt de mort des consoles de jeu ?


La question "tarte à la crème", comme on dit. Et sur ce point, Olivier Massière ne déroge pas à la ligne directrice qui anime le service duquel il est responsable. Pour lui, le cloud gaming est un moyen détourné d'amener les gens vers le jeu vidéo. Pas le grand méchant loup qui va dévorer toutes les consoles du marché.

consoles jeu
Les consoles de jeu traditionnelles survivront-elles à l'avènement du cloud gaming ? Crédits : The Xomil / Pixabay.com

"Les éditeurs sont bien conscients qu'avec le cloud gaming ils touchent une nouvelle audience. Ils ne sont pas inquiets. C'est notamment pour ça que nous arrivons à avoir certains jeux dès le jour de leur sortie chez Orange Jeux, comme le dernier Astérix (Astérix et Obelix XXL2, ndlr). Leur présence dans un abonnement de cloud gaming permet d'attirer des curieux, des personnes qui ne sont pas forcément fans de la licence au départ... Il est évident que ça ne cannibalise pas le marché traditionnel. Si on compare le cloud gaming à l'audiovisuel : les gens qui sont abonnés à Netflix ne limitent pas à Netflix. Ça ne les empêche pas d'aller au cinéma ou de louer une VOD s'ils ne veulent pas attendre 4 mois la sortie d'un film en DVD".

Pas d'inquiétude donc. D'autant qu'Olivier Massière est sûr de son produit. Le seul, nous rappelle-t-il, a proposer une offre tout inclus. "Pour 10€ par mois vous avez accès à la "console" et aux jeux. La simplicité est un critère essentiel". D'autant que dans les prochains mois, l'interface va subir un lifting d'envergure, mettant encore plus en avant l'éditorialisation des recommandations. Un espace réservé aux enfants est également au programme, et ne laissera accès à vos têtes blondes qu'à 70 jeux du catalogue, garantis sans violence.
Cet article vous a intéressé ?
Abonnez-vous à la newsletter et recevez chaque jour, le meilleur de l’actu high-tech et du numérique.

Dernières actualités

Beesexual, la nouvelle campagne de Pornhub pour aider à sauver les abeilles
Le redémarrage du Large Hadron Collider (LHC) pourrait nous donner des clés sur la matière noire
Twitter : Jack Dorsey a rencontré son plus grand « fan »... Donald Trump
Après le vélo électrique, Xiaomi présente un cyclomoteur électrique de 120 km d'autonomie
Tesla dévoile une voiture sans volant, qui serait commercialisée dès 2021
Les trottinettes Lime piratées en Australie pour dire des phrases salaces
Revue de presse - Le Samsung Galaxy Fold plie... sous le poids des critiques
Comparatif 2019 : Quelle est la meilleure trottinette électrique pour votre usage ?
GTX 1650 : côté multimédia, la puce entrée de gamme de NVIDIA hérite de la génération Volta
Razer ajoute une dalle OLED 4K à son Blade 15 et revoit le design du Blade Pro 17
Oppo lance le Reno 10x zoom : un smartphone haut de gamme avec Snapdragon 855 pour 799€
Contre toute attente, Samsung travaillerait sur deux smartphones pliables supplémentaires
Tesla dévoile Robotaxi, son service de voitures autonomes en autopartage
Projet Wing : Google obtient l’autorisation de faire voler ses drones de livraison aux US
Accusé à tort par la reconnaissance faciale, un étudiant réclame 1 milliard à Apple
scroll top