Qwant : le moteur de recherche revisite son design et met le cap sur le mobile (Interview)

Le navigateur Qwant a franchi une nouvelle étape de son développement, en s'offrant une refonte de son design, davantage axé sur les utilisateurs et le mobile. L'entreprise française, qui vise l'équilibre en 2021, justifie et explique ses choix et sa stratégie graphiques.

Le 23 mars, Qwant a progressivement dévoilé sa refonte graphique, qui s’est achevée aux alentours du 19-20 avril. Le moteur de recherche français s’est donné un coup de jeune en retravaillant certaines formes et en misant sur une stratégie dite mobile first.

Clubic s'est intéressé à cette refonte graphique et à la façon dont elle s'est articulée entre UX/UI designers, développeurs et dirigeants. Pour nous expliquer les choix esthétiques de Qwant ainsi que les bénéfices attendus pour l’utilisateur final, nous avons discuté avec Nam Ma Kim, directeur Marketing et Produit du navigateur Web , arrivé il y a un an dans l’entreprise après être passé par Microsoft et Facebook.

L'interview de Nam Ma Kim, directeur Marketing et Produit de Qwant

Clubic : Quelles ont été, dans les grandes lignes, les principales étapes de la refonte graphique de Qwant ?

Nam Ma Kim (© Qwant)

Nam Ma Kim : La réflexion a été lancée par les équipes, et pas par le management, ce qui a été intéressant. J'ai rejoint Qwant il y a un an exactement, et le projet de refonte était déjà lancé. Le point de départ n'a pas été le design en lui-même, ça a été plutôt le fait de mettre à jour le « design system ». C'est un peu comme un Photoshop, sauf qu'on ne travaille que sur une librairie de composants graphiques qui sont ceux du site.

D'ailleurs, l'interface ressemble à celle d'une interface de travail graphique. L'équipe UX/UI a constaté qu'il fallait refondre le design system, parce que ça a des impacts au niveau de la manière de travailler. On utilise de meilleurs outils, ce qui fait que les équipes travaillent plus vite, et de manière plus fluide - d'autant plus que nous avons des bureaux dans différents endroits en France. Le design n'avait pas changé depuis quelques années.

"Le nom de code du projet, en interne, c'est Phénix. C'est plein de sens"

Lorsque je suis arrivé, le but a été de mettre le tout sur une « road map », de vérifier l'alignement, car il y a forcément des impacts techniques. Ce qui est intéressant, au niveau design, c'est que tous les choix techniques nous permettent de faire plus facilement de l'A/B testing (technique qui consiste à comparer les usages de navigation sur plusieurs versions d'une page web) : il y a des A/B tests en permanence, on ne s'en rend parfois même pas compte. Les équipes ont donc gagné en rapidité dans la mise en place de nouveaux tests et fonctionnalités. La génèse, ce fut le design system, le design et, au final, la refonte de l'ensemble de méthode de travail.

© Qwant

Lorsque vous évoquez de nouveaux outils, vous parlez de quoi, très concrètement ?

Nous avons par exemple l'outil ReactJS (une bibliothèque JavaScript dédiée à la construction d’interfaces utilisateur), qui est directement branché sur le design system et qui fait qu'entre la génération d'une idée et sa mise en production, il ne faut que quelques jours, et cela se fait presque en quelques clics. Tout cela crée un langage commun entre les équipes design et celles de développement front et back, et tout va très vite. Le nom de code du projet, en interne, c'est « Phénix ». C'est plein de sens.

"Il y a eu la volonté d'alléger les interfaces"

A-t-on une idée du nombre de personnes qui ont été mobilisées sur ce nouveau design ?

Sur certaines étapes, nous avons fait appel à tous les collaborateurs. La finance et les RH, par exemple, des fonctions qui ne sont habituellement pas dédiées au développement et à la production, ont été impliquées à un moment donné ou à un autre, sur Phénix.

En ce qui concerne les choix esthétiques : on sait qu’il y a le mode sombre, que la barre de recherche a été revisitée, qu’il y a des suggestions de réponses, que les réponses sont de plus en plus fournies et détaillées… Pourquoi ces choix-là ? Comment en vient-on à décider de tout cela ?

Il y a eu cette volonté de vouloir alléger les interfaces. Certaines choses devaient être changées. L'élément de design, s'il y en a un à retenir sur la partie mobile et desktop, c'est la volonté de rajouter la notion de lumière, de rendre l'interface plus lumineuse. L'idée, c'est que lorsqu'on pointe sa souris dans le champ de recherche, il y a un petit halo qui s'illumine. Les suggestions de requêtes ont aussi un halo autour.

Qwant en mode sombre (© Qwant)

Cela rend l'interface plus agréable, lumineuse, aérée. Il y a aussi beaucoup de formes arrondies, même sur les résultats d'image, pour rendre l'interface plus légère, plus agréable, moins agressive, presque « moins tech », et plus humaine. Nous préparons également d'autres idées en termes de design, qui iront un peu plus dans la direction des micro-interactions, avec le projet un peu secret, « Unicorn », à partir duquel nous développerons de plus en plus d'interactions.

© Qwant

Sur le mobile, il y avait une inquiétude sur le fait de mettre la barre de recherche en bas de l'écran, ce qui n'est pas commun. Nous avons pris la décision de le faire, sans pourtant être sûrs que ça fonctionnerait. Et ça marche finalement très bien !

"On tend vers une approche de la donnée utilisateur complètement différente"

La barre de recherche en bas sur mobile, c'est un vrai décalage par rapport à ce qu'on voit chez d'autres navigateurs. Avez-vous lu des études, par exemple, sur le potentiel de ce revirement ?

En ce qui concerne l'UX et l'UI, il y a beaucoup de littérature. Mais ici, on s'est dit que le pouce a tendance à être vers le bas, et les écrans sont de plus en plus grands. Sur certains appareils, le pouce peut difficilement atteindre le haut de l'écran. Regardez : lorsqu'on écrit des textos, le champ est en bas, et non l'inverse. Nous n'avons rien inventé en fait, on ne fait que suivre une tendance, qui donne un confort à l'utilisateur. Il n'est pas nécessaire de mener des études sur certaines choses, mais juste de regarder ce qui se fait dans certaines applications très utilisées aujourd'hui, comme les réseaux sociaux ou les messageries instantanées.

Sur mobile, la barre de recherche est bien en bas d'écran au moment de taper sa requête (© Alexandre Boero pour Clubic)

Sur le mobile, un vrai travail a été fait pour que Qwant devienne « mobile first ». Le mobile représente plus d'une connexion sur deux aujourd'hui, davantage encore sur certaines cibles. L'entreprise a, là aussi, franchi un cap semble-t-il.

Complètement. Avant, l'entreprise n'était clairement pas mobile first : nous avons un usage encore prédominant sur ordinateur. Sur le mobile, il est très difficile pour un moteur de recherche sur la plateforme Android, détenue par un moteur de recherche, où l'on peut parler d'abus de position dominante, de s'imposer. Nous avons beaucoup progressé là-dessus depuis un an.

"Qwant est une entreprise qui a un potentiel populaire"

C'est peut-être un peu tôt, mais avez-vous déjà noté une tendance sur l'utilisation de la version mobile revisitée de Qwant ?

C'est un peu tôt. Et il y a un second chantier sur lequel je travaille : l'analyse de l'usage de nos produits. Par essence, on ne traque pas les utilisateurs. Je viens d'une entreprise, Facebook, où on peut avoir beaucoup d'informations sur les interactions des utilisateurs, parce que l'entreprise traque ces derniers. Chez Qwant, il n'y a pas de cookies et autres, pas de tracking. C'est une force, mais au moment d'analyser l'usage, c'est une faiblesse. Il faut donc trouver des solutions intermédiaires, qui nous permettent de mieux mesurer l'usage et la pertinence de ce que nous réalisons. Ce qui est intéressant, c'est qu'on tend vers une approche de la donnée utilisateur complètement différente. On espère que dans les mois et années à venir, des solutions d'analytics nous permettront de mieux mesurer l'usage sur notre site, tout en restant bien dans nos baskets par rapport à notre respect de la vie privée.

Le nouveau Qwant mobile (© Qwant)

Est-ce que vous comptez sur des retours de la communauté pour juger des fonctionnalités et usages nouveaux ?

C'est une excellente question. C'est effectivement une réflexion que nous avons au marketing. Qwant est une entreprise qui a un potentiel populaire. On doit assumer le fait que nous ne sommes pas Google, que nous n'avons pas leurs moyens ni la masse de leurs effectifs. Il faut rappeler que 70% des Français voudraient avoir des solutions alternatives aux GAFAM. En revanche, on propose une autre solution, et pour qu'on puisse amener un niveau de service suffisant, on doit se demander comment amener nos utilisateurs à contribuer au projet Qwant de manière totalement volontaire, et non pas de façon involontaire avec du tracking. Nous préparons des choses dans cette direction, pour faire appel à notre communauté afin qu'elle nous aide à améliorer le produit.

"De meilleures vitesses de chargement aujourd'hui sur Qwant"

Un travail a aussi été fait sur la vidéo, un pan important également de votre stratégie on imagine, au regard de la consommation des Français sur le genre ?

Les coins arrondis sont là aussi présents. Ce choix semble être dérisoire, mais ça s'intègre totalement dans la lecture. Tout comme le fond noir qui s'incruste durant le visionnage d'une vidéo.

Images ou vidéos, les coins arrondis sont de sortie chez Qwant désormais (© Qwant)

Au final, quels sont les bénéfices attendus pour l’utilisateur ?

Il y a une vraie clarté de lecture, avec des zones mieux définies, des images mieux séparées du texte, en sachant que nous sommes dans un temps de lecture rapide. Sur les résultats d'un moteur de recherche, nous sommes sur une lecture de quelques secondes. Les différents composants d'une page de résultats de recherche, les petits ou les grands, comme les réponses enrichies, tout cela est mieux agencé, pour une lecture simplifiée.

Ensuite, c'est quasi imperceptible, mais il y a des vitesses de chargement qui sont beaucoup plus rapides aujourd'hui, avec du x1,5 à x2, selon les cas d'utilisation. C'est imperceptible car ça reste inférieur à une seconde, mais à la mesure, il y a une vraie différence en termes de chargement, que ce soit sur le web, sur l'image, sur mobile ou ordinateur. L'utilisateur ne va pas être capable de dire, de façon intelligible, pourquoi il trouve que maintenant, c'est mieux qu'avant. C'est parce que ça se passe dans des temps d'intelligence du cerveau qui sont extrêmement rapides.

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