Test Rage 2 : un monde ouvert générique, prétexte à un FPS enivrant

Pierre Crochart Contributeur
20 mai 2019 à 18h12
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La note de la rédac
Tumultueuse histoire que celle de Rage. Longtemps teasé comme le projet le plus ambitieux de id Software, le jeu n'a que peu marqué les esprits lors de sa sortie en 2011. Il n'a pas non plus alourdi les poches de son créateur qui, malgré des projets de licence à long terme, annonçait en 2013 que Rage 2 n'était plus d'actualité. Aussi de voir sortir ladite suite huit ans plus tard, et de surcroit développée par Avalanche, n'a pas manqué de nous dresser un sourcil.

L'un est connu pour être le père fondateur du FPS avec des titres comme Doom, Quake et Wolfenstein. L'autre développe la série des Just Cause et s'est révélé en 2015 avec une adaptation vidéoludique de Mad Max des plus réussie. Pour Rage 2, les Texans de id Software et les Suédois de Avalanche Studios joignent leur force et compensent chacun leurs faiblesses : les mondes ouverts pour le premier, et les gunfights pour le second.

Une alliance de raison, qui laisse maladroitement place à un mariage bancal sinon décevant.




Complexe d'autorité

Oh bah ça alors. L'Autorité est de retour. Mais siiiii, les méchants de l'univers de Rage quoi. Ceux qu'on pensait avoir trucidés jusqu'au dernier il y a 30 ans mais qu'en fait visiblement non. Pourquoi, comment ? On s'en cogne. Aller, passe-moi cette pétoire et commençons à dézinguer du monstre.

Vous l'aurez compris : Rage 2 ne brille certainement pas pour son scénario. Pas qu'on s'attendait à du Shakespeare, mais disons que le jeu en monde ouvert a quelques impératifs en matière d'écriture pour parvenir à captiver son joueur. Chose que Rage 2 échoue lamentablement à faire.

Rage 2 test
Lui, c'est le méchant. Et il veut tuer la gentille. Crédits : Bethesda

On n'en a jamais grand-chose à faire de tous ses personnages. Des pantins en réalité, qui si l'envie vous prend et que vous y mettez une pièce vous débiteront des âneries vaguement intéressantes.

Il faut toutefois reconnaître qu'en termes de lore, Avalanche parvient à donner un peu de densité au monde imaginé par id Software. Ça ne casse pas trois cornes à un démon, mais ça a le mérite d'exister. D'autant plus que de gros efforts ont été faits en termes de cohérence visuelle.

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Artistiquement, Rage 2 n'invente rien mais exécute à la perfection. Crédits : Bethesda]]

Vous qui craigniez de cette véritable débauche de rose fluo pendant la promo du jeu : soyez rassurés. Rage 2 est en vérité beaucoup plus sage qu'il n'y paraît, et ne donnera dans ses pires moments qu'une vague impression de Fallout sous acide.

Par chance, il ne faut pas gratter trop longtemps le vernis faussement sophistiqué de la narration pour trouver en Rage 2 un exutoire sublime. Car au coeur même de cet énième jeu en monde ouvert se cache en réalité un FPS de belle facture, rappelant à maintes reprises le Doom de 2016.

Walker Wasteland Ranger

Énième preuve que la boîte à idées du studio est restée vide une bonne partie du développement, votre héros (ou héroïne) s'appelle Walker. Et c'est un superhéros. Pourquoi ? Oh mais parce qu'il revêtit l'armure des Rangers du Wasteland pardi ! Et que grâce à elle, Walker peut manipuler les nanotrites, des bidules-scientifiques-posez-pas-trop-de-questions qui lui offrent des capacités surhumaines.

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Les combats sont le gros point fort du jeu. Crédits : Bethesda

Déjà sans cela, Rage 2 offre des sensations de jeu assez fortes lors des affrontements. Le feedback des armes est convaincant, et id Software n'a pas son pareil pour rendre unique la moindre pétoire de son arsenal.

« Un véritable gloubiboulga de chevrotine et de pouvoirs télékinésiques aux vertus cathartiques certaines. »



Mais ajouter à ce cocktail déjà bien chargé une myriade de pouvoirs permettant de varier les plaisirs, et c'est un véritable bac à sable que devient Rage 2. Un bac à sable qui se transforme la plupart du temps en bain de sang - l'approche furtive n'est pas seulement déconseillée, mais impossible. Le jeu veut que vous fonciez dans le tas et que vous vous sentiez invincible au milieu de ces ringards du désert en guenilles. Et c'est exactement ce que vous faites. Et c'est formidable.

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Pas de doute : id Software est à la manoeuvre. Crédits : Bethesda

Rage 2 se pose alors comme un menu Maxi Best-of de Crysis, de Bulletstorm et de Doom. Un véritable gloubiboulga de chevrotine et de pouvoirs télékinésiques aux vertus cathartiques certaines.

Là où le protagoniste du jeu originel était balourd et pataud, Walker est d'une agilité sans pareille. Vous pouvez dasher, glisser par terre, vous envoler à plusieurs mètres au-dessus du sol et vous figer en l'air pour mieux viser vos adversaires avant de retomber violemment et déclencher une vague d'énergie qui les repousse au loin. Vous dégainez alors votre fusil à fléchettes gravitationnelles (qui ravive le vieux rêve du Gravity Gun de Half-Life 2 ou du grappin de Just Cause) pour les ramener à vous et les terminez en un coup de crosse bien placé entre les deux yeux.

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Le fusil à fléchettes gravitationnelles permet les mises à mort les plus créatives. Crédits : Bethesda

Chaque type d'ennemi requiert sa chorégraphie ; toutes les armes et pouvoirs ne sont pas efficaces contre tout le monde. Aussi les punks des sables, aussi colorés que mal protégés, seront vos souffre-douleur favoris.

Dommage que ce sentiment de toute puissance se perde, comme tout le reste du jeu, dans une lassitude certaine une fois les quatre premières heures de l'aventure bouclée.

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L'overdrive permet de démultiplier sa puissance de feu et de modifier le mode de tir des armes. Crédits : Bethesda

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Crédits : Bethesda

Le mal du siècle

Rage 2 est un FPS en monde ouvert s'inspirant allègrement de Far Cry. La formule est bien rodée et la terre soigneusement battue pour éviter toute sortie de route. Il ne faudrait pas être trop audacieux. L'aire de jeu de Rage 2 se divise en plusieurs biomes que se partagent trois personnages clés de l'intrigue dont il va falloir gagner la confiance. Il va donc s'agir de devenir leur trimard en les débarrassant d'ennemis divers ou en gagnant des courses (en dépit de son patronyme, Walker passera une bonne partie de l'aventure dans un véhicule).

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La carte est dense et bardée d'activités annexes à n'en plus pouvoir. Crédits : Bethesda

Et la conduite, c'est comment ?

Véritable plaie (en plus d'être inutile) dans le premier opus, la conduite de Rage 2 est très agréable. Une grosse dizaine de véhicules répondent à l'appel, et une myriade d'améliorations peuvent y être apportées.

Les combats motorisés sont eux aussi particulièrement grisants. Les séquences de chasse aux convois, allègrement copiées-collées de Mad Max, offrent de jolies sensations et des montées d'adrénaline certaines. Bref : une réussite.

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Les véhicules sont nombreux et leur conduite est plutôt réussie. Crédits : Bethesda.


Chaque personnage dispose de sa barre de confiance qui monte en fonction de vos accomplissements. Et chaque montée en niveau vous octroie une monnaie d'échange vous permettant de débloquer de nouveaux bonus pour votre armure, vos armes, vos pouvoirs ou vos véhicules. Mais tout votre équipement est aussi améliorable grâce à une autre monnaie d'échange que vous récupérez en jouant, et par d'autres moyens encore que je n'ai ni eu la patience de creuser en jeu, ni le courage de raconter ici.

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Rage 2 dispose d'un nombre incalculable de monnaies d'échange et d'amélioration à acheter auprès de divers protagonistes. Crédits : Bethesda

En d'autres termes : Rage 2 est régulièrement pris en flagrant délit de remplissage pur et simple. N'ayant pas grand-chose à raconter pour temporiser entre deux moments où l'on ira vider des chargeurs sur des streums, le jeu d'Avalanche et d'id Software essaie de brasser du vent pour en faire une bourrasque. Malheureusement ça ne prend pas, et on évite le plus souvent de se rendre dans le dédale de menus permettant d'améliorer ses caractéristiques. Il faut dire aussi que le titre souffre de gros problèmes d'ergonomie, faisant apparaître une profusion d'infobulles pour chaque objet vaguement important ramassé.

Une fois les principaux pouvoirs et armes débloqués (en activant les nombreuses "Arches" présentes dans le Wasteland), tout le reste paraît superflu. De toute façon aucun ennemi ne vous résiste. Car là aussi les fans purs et durs de id Software pourraient trouver à redire : Rage 2 ne représente jamais un défi de taille et, comme dans son prédécesseur, il propose même au joueur défunt de retenter sa chance instantanément via le défibrillateur. Du gâteau, on vous dit.

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Même en difficile, le défi n'est pas particulièrement relevé tant votre héros est surpuissant. Crédits : Bethesda

Certes, les combats sont grisants et les sensations très bonnes. Mais l'absence totale d'intérêt du monde ouvert conjuguée à la facilité générale du titre fait qu'on s'ennuie vite et ferme en jouant à Rage 2.

Visiblement conscients du problème, les développeurs coupent court à l'intrigue au terme de 9h de jeu ; dans l'une des conclusions les plus expéditives jamais vues dans un jeu vidéo. On aura rarement vu aussi peu de temps passer avant le démarrage de la cinématique de fin et l'affichage des crédits de fin. Le endgame ? Simple : retournez dans le monde ouvert, continuez de vider des chargeurs sur les mêmes ennemis, améliorez tout ce qui peut être amélioré à fond. Recommencez. Bâillez.

Un enrobage technique généreux

S'il n'y a plus personne au sein du projet Rage pour nous bassiner avec la MegaTexture (le processus créatif révolutionnaire imaginé par John Carmack pour le premier opus), son successeur parvient sans mal à offrir de vrais moments de grâce visuelle.

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Artistiquement, Rage 2 est très réussi. Crédits : Bethesda

Parfois inégal techniquement, Rage 2 s'affiche la plupart du temps comme un très beau FPS, et notamment grâce à sa proposition artistique. On l'a dit plus haut : le shooter d'Avalanche est très coloré (moins que Far Cry : New Dawn, on vous rassure). Des teintes audacieuses qui s'intègrent parfaitement aux différents environnements du jeu, beaucoup (beaucoup beaucoup) plus variés que dans Rage premier du nom.

Déserts, marécages, jungle, ville abandonnée... le dépaysement est de mise à chaque nouvelle région découverte. Le cycle jour/nuit parvient quant à lui à offrir une palette de couleurs donnant souvent envie de s'arrêter quelques instants pour observer le panorama.

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Les environnements de Rage 2 sont très variés. Crédits : Bethesda

Si elle n'est pas aussi tonitruante que celle de Doom, la bande originale composée par Johan Nilsson et ses compères est de très bonne facture. Variée, elle se marie à un sound design et un doublage anglais extrêmement convaincant. Vous l'imaginez : le son de chaque arme a été finement pensé pour en améliorer encore les sensations.

Côté optimisation, Rage 2 s'en sort aussi très bien. Assez peu gourmand, le jeu tient sans mal ses 60 images par seconde en 1440p en Ultra avec une RTX 2070. Sur PS4 Pro et Xbox One X, Rage 2 tourne en 1080p à 60 images par seconde (30 fps seulement sur les consoles "standard").

Rage 2 : l'avis de Clubic

Il y a du bon et du moins bon dans Rage 2. Indéniablement meilleur (bien que plus générique) que son prédécesseur, il n'empêche qu'il se dégage un goût de déjà vu du FPS d'id Software et Avalanche Studios. Peu écrit, Rage 2 est avant tout un défouloir qui rend chaque affrontement unique grâce à des gunfights au cordeau et une profusion de pouvoirs surnaturels.

Alors oui on s'y amuse, dans Rage 2. Mais on ne s'y amuse pas longtemps. On passe d'une activité à une autre comme une prendrait une nouvelle chips dans un paquet. On la déguste sans plaisir et on passe à la suivante jusqu'à ce qu'il n'en reste plus. Dommage, pour un jeu à l'esthétique si soignée et aux sensations aussi grisantes.

Rage 2

Les plus
+ Des gunfights grisants
+ Belle proposition visuelle
+ Agréable à regarder et à écouter
+ Une carte bien remplie...
Les moins
- ... de façon artificielle
- Un quoi ? Un scénario ?
- Gros soucis d ergonomie
- Boucle de gameplay par variée pour un sou
Graphismes
Ecriture
Jouabilite
Durée de vie
Ambiance
3


Test réalisé sur PC à partir d'un code fourni par l'éditeur
Modifié le 29/05/2019 à 12h05
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