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Live Japon : on ne triche pas aux examens avec son mobile

01 juin 2018 à 15h36
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Au Japon, la compétition scolaire pour rallier les meilleurs établissements commence dès le jardin d'enfants et se poursuit jusqu'à l'université. Les élèves, poussés par leurs parents et enseignants, cherchent donc par tous les moyens à réussir les concours en tête, ce qui peut les amener à déployer des astuces que les adultes peinent à imaginer, comme le montre le manga du dessinateur japonais Jean-Paul Nishi, inspiré par l'affaire dite du « problème des examens d'entrée à l'université. »

Ce scandale a ouvert les yeux du grand public nippon, qui vient de comprendre à quel point les mobiles, Internet, l'adresse IP et le GPS étaient des outils aussi pratiques au quotidien que dangereux en cas d'inconduite... la police sachant aussi très bien s'en servir.

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L'affaire du « problème des examens d'entrée à l'université » a mis les médias nippons sur les dents tout au long de la semaine, reléguant sans ménagement au second plan le sort des victimes japonaises du séisme en Nouvelle Zélande.

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Que s'est-il passé? Un postulant aux portes des prestigieux établissements de Tokyo (Waseda et Rikkyo) et Kyoto (Doshisha et l'Université de Kyoto) a eu la malice, ou plutôt l'imprudence, de faire appel, via internet, à des aides extérieures pour répondre aux difficiles questions d'anglais et de mathématiques posées lors des examens d'admission.

Il a posté les énoncés des problèmes sur lesquels il butait sur un site collaboratif du portail Yahoo! Japan, appelé chiebukuro (la bourse de l'intelligence).

Ces demandes ont été mises en ligne par un certain aicezuki durant les sessions d'examen, depuis un téléphone portable, comme le signalait d'ailleurs le pictogramme associé. Les réponses sont vite arrivées.

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La tricherie a d'abord été signalée par une université de Kyoto, puis repérée ensuite par les trois autres établissements, lesquels faisaient passer leurs concours à des dates différentes.

Les journaux, radios, TV se sont précipités sur cette affaire qui a viré au scandale, suscitant une avalanche de questions.

  1. Pourquoi les universités laissent-elles les canditats entrer dans les salles d'examen avec leur mobile, leur demandant seulement de l'éteindre et de le laisser dans leur sac?


  2. Comment a-t-on eu la certitude que les problèmes avaient été postés à partir des documents remis en salle d'examen, et non grâce à des fuites préalables?


  3. Comment la police a-t-elle procédé pour retrouver le fautif (question qui se posait avant qu'il ne soit arrêté jeudi 3 mars) ?


  4. Par quels moyens techniques l'individu est-il parvenu à poster ses questions en ligne sans que personne ne s'en rende compte dans la salle?


  5. Comment éviter la récidive et est-on sûr en outre que d'autres petits malins n'ont pas déjà fait de même(pas un biais ou un autre), ni vu, ni connu?


Réponses
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  1. Les universités nippones font a priori confiance à ceux qui ambitionnent de les rejoindre et ont vraisemblablement la naïveté de croire qu'aucun n'osera utiliser un quelconque moyen illégal pour se faire accepter, y compris un mobile que tous ont et qui donne pourtant accès à la plus gigantesque encyclopédie du monde.

    Depuis quelques jours et la révélation de l'affaire, c'est donc le branle-bas de combat, chaque établissement faisant désormais passer son concours usant de sa méthode: portable posé sur la table, batterie retirée pour l'un, enfermé dans une enveloppe spéciale pour l'autre, etc. L'interdiction est apparemment une mesure que n'osent pas encore prendre la plupart des établissements, pour deux raisons:

    Primo, il faudrait consigner les mobiles à l'entrée et noter pour chaque le nom du propriétaire, lui faire éventuellement signer une décharge, et vérifier qu'un autre appareil n'est pas dissimulé quelque part dans ses affaires. Bref, trop de logistique pour cette fois.

    Deuxio, cela causerait encore plus de stress pour les postulants qui sont déjà mis sous pression depuis des années, sommés d'entrer dans une des meilleures universités, unique sas vers les plus importantes entreprises. La clef du problème et de la tentation de tricher est d'ailleurs peut-être là.


  2. Les enquêteurs ont compris que les problèmes d'anglais et de mathématiques mis en ligne l'avaient été depuis la salle d'examens en raison d'un changement de dernière minute dans un énoncé. Cette coquille n'a été signalée qu'aux candidats dans les salles après la remise des documents. C'est la bonne version qui est pas apparue en ligne et non la transcription erronée comme cela aurait été le cas si les formulaires avaient fuité avant.


  3. La police est remontée jusqu'au coupable très vite grâce à la coopération de Yahoo! Japan et de l'opérateur de téléphonie mobile NTT Docomo, le premier communiquant à la police (sur requête) le numéro IP de celui qui avait posté les questions, et le second donnant le numéro de mobile et le nom de l'abonné correspondants. Il s'agissait en l'occurence des parents du lycéen interpelé. Grâce à ces éléments, et à quelques maladroits messages postés dans les jours précédents les examens, le fautif a vite été retrouvé, d'autant qu'il fut rapidement confirmé qu'il avait pris part à tous les concours universitaires concernés.

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    Le jeune homme porteur du mobile coupable a finalement été arrêté près de la gare de Sendai jeudi, en étant localisé grâce au signal GPS de son portable couplé aux données du réseau cellulaire. Il faut savoir que depuis plusieurs années, les mobiles vendus dans l'archipel doivent être dotés d'un module spécial qui permet de les situer géographiquement, un moyen initialement pensé pour permettre aux services d'urgence de localiser une personne qui les appelle depuis son portable même si elle est incapable de donner sa position exacte. Cela est aussi censé facilité le repérage des victimes lors des catastrophes naturelles, les séismes étant fréquents au Japon.


  4. Les moyens mis en oeuvre par le surnommé aicezuki étaient encore inconnus jusqu'à vendredi matin, lendemain de l'arrestation du lycéen de 19 ans qui a reconnu les faits, et dont l'avenir universitaire est désormais sans doute ruiné.

    Du coup, pendant une semaine, on a eu droit à un étalage d'hypothèses, des plus probables aux plus farfelues, le jeune homme prenant dans l'imaginaire collectif la figure d'un héros digne de James Bond, avec lunettes-caméra ou stylo-appareil photo, le tout transmettant les données via un mobile dissimulé sous ses vêtements. On supputa aussi qu'il portait au poignet une montre avec un écran reproduisant celui du portable, pour afficher les pages internet. On a aussi plus sagement pensé à une transmission vocale des données du problème à une tierce personne, par murmures dans un micro Bluetooth, l'interlocuteur distant saisissant tout en ligne. L'option du stylo Bluetooth n'a pas circulé, mais elle aurait pu, même si cet objet est moins connu au Japon qu'en Occident. On vous passe d'autres loufoques suppositions, car la liste est bien trop longue.

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    L'option la plus souvent évoquée était toutefois la transmission à un tiers de photos des énoncés avec un smartphone (via un logiciel permettant de couper le son émis ou en ayant obstrué le haut-parleur). D'aucuns ont aussi avancé le fait qu'il avait probablement utilisé la reconnaissance de caractères à partir d'une photo, fonction dont sont dotés en standard des mobiles japonais comme ceux de Sharp. Les chaînes de télévision ont testé le système, chronomètre en main, jurant que cela était très efficace pour les questions portant sur l'anglais mais inutilisable pour les problèmes de mathématiques postés.

    Finalement (et comme pouvait l'imaginer sans peine tout fin observateur des jeunes Japonais maniant leur mobile avec une dextérité époustouflante), le coupable a tout bêtement tapé les énoncés sur le clavier de son portable traditionnel, sans utiliser la moindre fonction avancée autre que la saisie prédictive (un terme déjà entré une fois est proposé en entier dès que les premiers caractères sont introduits, et le mot suivant aussi). Le fait d'émettre des hypothèses techniques ahurissantes prouve à tout le moins que les médias ont volontairement fait mousser l'histoire et que les adultes nippons ne se rendent pas toujours compte des capacités physiques et cognitives nouvelles qu'ont développées les plus jeunes nés avec un téléphone greffé dans la main.


  5. Désormais, les universités et autres établissements d'enseignement sont affolés, craignant que d'autres cas aient eu lieu sans qu'ils ne s'en rendent compte, et se demandant comment faire en sorte que cela ne se reproduise pas. Si ces hauts-lieux de l'enseignement décident de consigner les portables à l'entrée et de contrôler qu'aucun ne pénètre dans la salle, il leur faudra, pensent-ils, déployer des moyens techniques importants et onéreux (portiques de sécurité par exemple), comme cela est le cas en Corée du Sud. Les fabricants de brouilleurs d'ondes, eux, ont flairé le filon, qui ont immédiatement fait connaître leurs offres de service.


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Conclusion: cette affaire, qui a mis en émoi le pays entier, enseigne au moins quatre choses:

  1. Les administrations et enseignants n'ont pas suffisamment conscience de l'ingéniosité et de la capacité des jeunes à utiliser les technologies avec lesquels ils ont grandi.


  2. Les avantages et risques liés aux nouvelles technologies ne sont pas suffisamment connus du grand public (le jeune en question ignorait sans doute comme beaucoup de ses compatriotes qu'il pouvait être aisément retrouvé avec l'adresse IP associée à son portable dont toutes les communications sont conservées par l'opérateur, lequel est en outre tenu de les fournir à la police en cas d'enquête).


  3. Les méthodes japonaises d'enseignement et d'examen ne sont plus adaptées au contexte actuel.


  4. La pression exercée sur les lycéens, pour qu'ils entrent dans les établissements supérieurs les plus prestigieux et soient recrutés presque automatiquement par les entreprises les plus renommées, les pousse à la faute.
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