Vous pensez peut-être que votre PME est trop petite pour intéresser un service de renseignement étranger. C'est compréhensible, surtout si votre activité ne fait jamais la une de la presse. Mais ce n'est pas seulement ce qui attire les cyber espions.

Mais selon le bilan annuel 2025 de la Direction du renseignement et de la sécurité de la défense (DRSD), la part des intrusions physiques dans l'ensemble des menaces recensées sur des sites liés à la défense est passée de 18 % en 2024 à 24 % en 2025. Selon ce bilan, les entités de la base industrielle et technologique de défense et les centres de recherche liés à la défense ont fait l'objet de nombreuses tentatives d'intrusion. Pour la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), les pays étrangers peuvent en outre recueillir des informations sensibles dans les domaines économique, énergétique, militaire et stratégique, sur l'ensemble du territoire français. Alors si vous sous-traitez ou détenez un savoir-faire rare, vous êtes directement concerné.
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Le recrutement discret d'ingénieurs et de chercheurs sur les réseaux professionnels
Pour la DRSD, la menace humaine reste la plus significative des catégories recensées, même si sa part diminue d'une année sur l'autre. L'aérospatial, le spatial, les technologies quantiques et l'intelligence artificielle en sont les quatre domaines prioritaires. Début 2025, un directeur technique d'une entreprise aéronautique a par exemple annoncé son départ sur LinkedIn, et un cabinet de renseignement étranger l'a aussitôt contacté pour lui proposer un entretien rémunéré plusieurs centaines d'euros de l'heure. L'interlocuteur a posé des questions de plus en plus précises sur des programmes militaires sensibles, si bien que le technicien a fini par alerter les autorités.
Le Flash ingérence de la DGSI documente ce type de scénario depuis juillet 2012, sans jamais nommer les entreprises concernées, et paraît chaque mois depuis janvier 2016. Son édition de décembre 2025 rapporte qu'un salarié d'une entreprise stratégique a traduit des dossiers confidentiels au moyen d'un outil d'IA, et a ainsi exposé leur contenu à un service tiers. Cette édition décrit aussi une tentative de fraude au faux dirigeant construite avec une voix et un visage reproduits par IA, tandis qu'une édition antérieure avait rapporté la création d'un faux profil professionnel pour soutirer des informations confidentielles à des salariés.
Une PME de biotechnologie ou de recherche énergétique confie aussi, parfois, la traduction de ses dossiers techniques à des outils d'intelligence artificielle générative, et la fuite part alors d'un outil grand public plutôt que d'une intrusion informatique classique.
Les sous-traitants de la défense et de l'énergie en première ligne des attaques
Devant le Sénat, en juin 2024, Sébastien Lecornu, alors ministre des Armées, a cité une hausse de 25 % des attaques physiques contre des sites liés à la défense, dont le nombre est passé d'une quarantaine en 2021 à plus de cinquante en 2022 et 2023. Dans 80 % des cas, la cible était un sous-traitant, loin devant Dassault et Thales, alors qu'un service de renseignement peut tout autant rechercher, dans l'énergie ou les biotechnologies, une technologie à double usage civil et militaire, quelle que soit la taille de l'entreprise qui la détient. Une turbine énergétique ou une molécule brevetée compte alors davantage que le nom de l'entreprise qui la possède.
La préparation cyber des PME françaises, en chiffres
On vous avait d'ailleurs déjà parlé des vecteurs techniques les plus courants de l'espionnage industriel, du hameçonnage aux VPN mal configurés, en passant par les comptes d'anciens salariés jamais désactivés. Un rançongiciel ordinaire et un service de renseignement en quête d'un accès discret et durable passent tous deux par un VPN mal configuré ou un compte resté actif après un départ.
Selon le baromètre 2025 de Cybermalveillance.gouv.fr, réalisé avec l'institut OpinionWay, 49 % des TPE et PME françaises ne sont pas suffisamment préparées à une cyberattaque, et deux entreprises sur trois n'ont mis en place aucune procédure de réaction en cas d'incident. Le budget informatique reste d'ailleurs inférieur à 5 000 euros dans 78 % des cas, et le rôle informatique revient au chef d'entreprise dans 80 % des structures interrogées, faute de personnel dédié. Seules 9 % des entreprises sondées se considèrent malgré tout concernées par la directive européenne NIS2, dont la transposition en droit français doit étendre les obligations de cybersécurité à plusieurs milliers de PME sous-traitantes de secteurs stratégiques. Cette directive doit notamment imposer une notification des incidents significatifs sous 24 heures et une évaluation documentée des risques liés aux fournisseurs, deux obligations que la majorité des PME concernées n'anticipent pas encore.
Un an plus tard, selon son rapport d'activité 2025, il y a eu plus de 500 000 demandes d'assistance auprès de Cybermalveillance.gouv.fr, soit une hausse de 20 % en un an, avec des signalements d'hameçonnage en progression de 70 % et des compromissions de comptes professionnels en hausse de 45 %, un volume sans précédent depuis la création du dispositif en 2017. Aucun de ces chiffres ne sépare les intrusions liées au renseignement étranger des autres compromissions, mais la cybercriminalité ordinaire et le renseignement étranger exploitent tous deux ce terrain mal défendu.
Évitez une tentative d'ingérence économique
Signalez toute approche suspecte sur les réseaux professionnels à la DGSI, en particulier si votre entreprise travaille pour la défense, l'énergie ou la santé.
Consultez Cybermalveillance.gouv.fr en cas de piratage avéré. La plateforme oriente vers des prestataires informatiques labellisés. Ces prestataires peuvent intervenir sans personnel technique en interne côté client.
Signalez aussi tout incident avéré sur 17Cyber.gouv.fr. Cette plateforme de signalement a été lancée par Cybermalveillance.gouv.fr et les forces de sécurité intérieure. Pour un diagnostic préventif, utilisez MesServicesCyber. L'ANSSI réserve cette plateforme aux petites structures.
Rapprochez-vous également du service de l'information stratégique et de la sécurité économiques (SISSE), présent dans chaque région. Ce service accompagne gratuitement les PME des secteurs sensibles dans leur diagnostic de sécurité.
Encadrez par un accord de confidentialité toute visite de vos locaux par un prestataire, un client ou un chercheur extérieur. La DGSI documente régulièrement ce type de situation dans son bulletin.
Notifiez enfin toute fuite de données personnelles à la CNIL dans les 72 heures suivant sa découverte.