Suno refuse en principe de composer une chanson à partir du nom d’un artiste. Selon les ayants droit d’Elvis Presley et l’éditeur d’Eminem, qui viennent de porter plainte aux États-Unis, le générateur de musique par IA produit malgré tout des morceaux qui imitent la voix du King ou recopient les textes du rappeur.

Quelques lignes de description suffisent, et Suno compose en quelques secondes un morceau complet, chant compris. Aux États-Unis, les ayants droit de la musique multiplient les procès contre le service, et deux nouvelles plaintes viennent d’être déposées, nous rapporte Variety. Un groupe d’ayants droit d'Elvis Presley, dont Authentic Brands Group, qui exploite l’image du chanteur, et l’éditeur Raleigh Music Publishing, a saisi le tribunal fédéral du district nord de la Californie. Eight Mile Style, la société qui gère des centaines d’enregistrements d’Eminem, de « Lose Yourself » à « The Real Slim Shady », a porté plainte de son côté, sans que le rappeur participe à la procédure. Dans les deux dossiers, les avocats citent plusieurs chansons générées par Suno qui, selon eux, imitent la voix d'Elvis Presley ou recopient les paroles d’Eminem.
La loi ELVIS du Tennessee invoquée contre Suno
Les ayants droit du King reprochent à Suno de violer leurs droits d’auteur et d’exploiter l’identité du chanteur. Ils invoquent l’ELVIS Act, une loi adoptée par le Tennessee en 2024 pour interdire aux entreprises d’IA de cloner la voix d’un chanteur sans son accord, et affirment que Suno permet de générer des morceaux au timbre de Presley sans la moindre autorisation.
Richard Busch, Mark Block, David Niemierzycki et Andrew Davis défendent à la fois les héritiers d’Elvis et Eight Mile Style. Comme l’expliquent ces avocats dans le dossier Presley, « le prochain Elvis ne touchera pas à une guitare ». D’après la plainte, Suno reproduit froidement, sans licence et en quelques secondes, ce qui demande des années d’apprentissage et de pratique, au point de pousser les générations futures à se demander à quoi bon se lancer.
Jason Isbell, figure de la musique americana, et d’autres musiciens accusent aussi Suno d’exploiter leur identité, dans une action pour laquelle ils réclament le statut de recours collectif. Leurs avocats assurent que le filtre de la plateforme se contourne facilement. Il suffit de taper le vrai nom d’un artiste à la place de son nom de scène, ou d’ajouter des espaces entre les lettres de son nom. Devant le tribunal, les avocats de Suno ont rétorqué que demander une chanson dans le style d’un artiste n’avait « rien d’illégal ». « Nous n’autorisons pas la mention d’artistes ou de titres spécifiques et collaborons avec des prestataires tiers pour vérifier les fichiers audio et les paroles mis en ligne », souligne un porte-parole de Suno.
Le modèle v6 de Suno contesté par Sony et Universal
Universal Music Group, Sony Music et Warner Music Group avaient attaqué Suno ensemble en juin 2024. Warner a abandonné les poursuites l’an dernier en échange d’un accord de licence, puis Suno a signé avec l’éditeur BMG et le groupe français Believe. Avec ces catalogues, la start-up affirme avoir entraîné v6, son nouveau modèle lancé en septembre.
Neuf jours plus tard, Sony Music et Universal ont de nouveau assigné Suno devant un tribunal fédéral du Massachusetts. Les deux majors accusent l’entreprise d’avoir entraîné v6 en partie sur les créations de ses abonnés avec les anciens modèles, contrefaisants à leurs yeux. « V6 n’est pas un nouveau départ, c’est le fruit du même arbre empoisonné », affirment-elles. L’éditeur indépendant Round Hill Music poursuit lui aussi la plateforme.
Les ayants droit d’Elvis et Eight Mile Style attaquent également d’autres géants de la tech. Les premiers accusent Anthropic d’avoir entraîné Claude sur 274 chansons du King et réclament plus de 41 millions de dollars, et l’éditeur d’Eminem demande environ 110 millions de dollars à Meta pour la diffusion de 243 enregistrements du rappeur sur Facebook, Instagram et WhatsApp.
Les investisseurs ont continué de suivre Suno, qui a levé 400 millions de dollars en juin pour une valorisation de 5,4 milliards de dollars.