Le Rassemblement national confirme avoir subi une cyberattaque contre l’outil qui gère ses adhésions, avec à la clé une fuite de données personnelles. Un pirate avait diffusé quelques jours plus tôt 150 000 fiches présentées comme celles de ses membres.

Le Rassemblement national confirme qu’une cyberattaque a visé l’outil qui gère ses adhésions et entraîné une fuite de données. © Alexandre Boero / Clubic
Le Rassemblement national confirme qu’une cyberattaque a visé l’outil qui gère ses adhésions et entraîné une fuite de données. © Alexandre Boero / Clubic

Le Rassemblement national a reconnu, le 4 novembre, qu'une cyberattaque visant son outil de gestion des adhésions avait entraîné une fuite de données personnelles touchant une partie de ses adhérents. L'annonce intervient après la diffusion, le 31 octobre, de 150 000 fiches attribuées au parti par un pirate, que FrenchBreaches a analysées et signalées au RN. Le parti a saisi la CNIL et porté plainte, sans préciser combien de personnes exactement sont concernées.

Le RN confirme la cyberattaque, sans donner le moindre chiffre

Le RN s'est exprimé dans un communiqué de quelques lignes, signé Bruno Bilde et publié le mercredi 4 novembre. Le parti de Marine Le Pen explique que l'outil qui sert à gérer les adhésions a été visé par une attaque informatique, et qu'une partie des informations de certains adhérents a été divulguée sans autorisation. Le Rassemblement national dit avoir vite contenu l'intrusion et mis fin à l'accès non autorisé. Il assure aussi que son fichier n'est pas touché en entier. Le nombre de personnes concernées, lui, n'apparaît nulle part.

Le parti se montre en revanche plus précis sur la nature des données. Il cite le nom, le prénom, l'e-mail, le téléphone, l'adresse postale et la profession, ainsi que l'année d'adhésion, le montant de la cotisation et la fédération de rattachement.

Le communiqué n'évoque pas de pièces d'identité ni de numéros de sécurité sociale dérobés. Il signale lui-même un risque sérieux, celui forcément attendu de l'utilisation abusive de l'appartenance politique de ses adhérents, une information que le RGPD classe parmi les données sensibles.

Notons que le gendarme des données, la CNIL, a été saisie et qu'une plainte a été déposée auprès du parquet de Paris, précise le RN. Ce dernier renvoie les adhérents inquiets vers son délégué à la protection des données et leur demande surtout de se méfier des appels et des messages inhabituels. Un escroc qui connaît votre nom, votre fédération et le montant de votre cotisation peut facilement se faire passer pour le parti, puis vous réclamer un paiement ou d'autres informations.

Le fichier attribué au RN, partiellement flouté par FrenchBreaches. © FrenchBreaches
Le fichier attribué au RN, partiellement flouté par FrenchBreaches. © FrenchBreaches

150 000 fiches publiées par un pirate, et autant de questions

L'affaire a éclaté au grand jour quelques heures avant Halloween, le 31 octobre, sur un forum de pirates. Un certain « shin0bi » affirme y détenir 432 597 enregistrements liés au RN et en publie 150 000 pour appuyer ses dires. Les champs qu'il annonce comprennent même des dates de naissance, absentes du communiqué. FrenchBreaches, qui avait alerté le parti avant ce communiqué, a fait le tri dans l'archive. Une fois les 28 420 doublons retirés, il reste 121 580 lignes distinctes, sans garantie qu'elles correspondent à autant de personnes.

Ce tri fait aussi apparaître quelques incohérences. Par exemple, des fiches dont les adresses sont situées dans divers départements sont rattachées à des cantons toulousains, et d'autres regroupent plusieurs cantons dans un seul champ. S'agit-il d'une extraction authentique, de bases différentes fusionnées, ou d'erreurs de croisement ou de données retouchées ? Pour le moment, aucune piste n'est écartée, et l'authenticité de l'ensemble des 150 000 fiches reste à démontrer.

Une cyberattaque a bien eu lieu, et un fichier circule bel et bien. Mais rien ne prouve encore que l'un soit la copie de l'autre. Le RN n'a pas dit si les données publiées par le pirate étaient celles qui lui ont été dérobées, et le fichier contient des informations, comme les dates de naissance, qui ne figurent pas dans la liste du parti. Une partie des fiches pourrait donc venir de cette attaque, et une autre d’ailleurs. Ce n'est pas la première alerte, puisqu'en juillet, le site du parti avait été piraté et le compte X de Marine Le Pen détourné. Le RN assurait alors que les données de ses adhérents n'avaient pas été exposées. Le parti d'extrême droite n'est pas le seul parti visé. Fin octobre, outre le site des Républicains, à l'autre bout de l'échiquier politique, le PCF avait lui aussi confirmé une fuite touchant ses adhérents. À quelques mois de la présidentielle, les fichiers de militants attirent plus que jamais les pirates.