TSMC veut desserrer l’étau chinois. Le géant des puces explore des équipements sans terres rares, ces métaux sur lesquels Pékin détient un quasi-monopole. Et l’enjeu est vital.

Les terres rares forment un groupe de 17 métaux. Dans la croûte terrestre, elles sont dispersées, mélangées entre elles, et très difficiles à extraire comme à séparer. Un domaine dans lequel la Chine a pris une avance monumentale : selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), elle assurait en 2024 environ 60 % de l’extraction mondiale des terres rares, ainsi que 91 % de leur raffinage et 94 % de la production d’aimants. Un atout économique qui peut devenir une véritable arme diplomatique.
Un levier redoutable pour la Chine
Car ces métaux offrent une puissance environ dix fois supérieure à celle des aimants classiques, pour un poids et une taille réduits. On les retrouve donc partout : dans les smartphones, les voitures électriques, les éoliennes, les avions de chasse ou encore les moteurs des machines d’usine.
Et justement, d’après Reuters, TSMC, numéro 1 mondial de la fabrication de semi-conducteurs, a sondé ses fournisseurs sur des moteurs sans terres rares pour l’automatisation de ses usines. Car aujourd’hui, ils fonctionnent grâce à des aimants fabriqués à partir de ces métaux. Une initiative qui fait suite aux larges restrictions imposées par la Chine ces dernières années.
En avril 2025, en réponse aux droits de douane de Donald Trump, le pays a mis en place des licences d’exportation pour sept terres rares dites lourdes, ainsi que pour les aimants qui en contiennent. Chaque expédition dépend donc du feu vert des autorités, avec des délais d’approbation qui atteignent parfois plusieurs mois.
En octobre de la même année, Pékin a approuvé plusieurs mesures encore plus drastiques, mais des négociations avec Donald Trump les ont suspendues jusqu’au 10 novembre 2026.
Taïwan cherche à raffiner ses propres terres rares
Ainsi, dans quelques jours, si la Chine ne fait pas marche arrière, cinq éléments supplémentaires devraient être ajoutés à la liste. De même, certains produits fabriqués à l’étranger devront obtenir le feu vert pour être exportés, dès lors qu’ils contiennent au moins 0,1 % de terres rares chinoises.
Les exportations liées à la fabrication de puces avancées seront en outre examinées au cas par cas. Selon l’AIE, jusqu’à 6 500 milliards de dollars d’activité hors de Chine seraient menacés si les restrictions s’appliquaient pleinement.
Or, une pénurie pour TSMC risquerait de perturber lourdement sa production de puces. Son ambition de se passer de terres rares s’inscrit d’ailleurs dans un mouvement plus large à Taïwan. Le pays soutient l’ITRI, un organisme public de recherche afin qu’il développe ses propres technologies de terres rares. L’objectif est de lancer d’ici trois ans une ligne pilote capable de couvrir environ la moitié des besoins de l’île. Une ambition qui attire aussi les convoitises de Washington.