En déplacement à Doha, Emmanuel Macron a dénoncé ce mercredi une manipulation étrangère de l’information après les manifestations du 17 octobre. Le président pointe les images générées par intelligence artificielle et s’en prend directement à Donald Trump.

Emmanuel Macron a dénoncé une manipulation étrangère de l’information après les manifestations du 17 octobre. © Oscar Gonzalez Fuentes / Shutterstock
Emmanuel Macron a dénoncé une manipulation étrangère de l’information après les manifestations du 17 octobre. © Oscar Gonzalez Fuentes / Shutterstock

Les images générées par intelligence artificielle qui ont accompagné les manifestations du 17 octobre ont fini par s'inviter au sommet de l'État. Devant la presse ce mercredi 21 octobre à Doha, dernière étape de sa tournée dans le Golfe, Emmanuel Macron a pris soin de séparer ce qui s'est passé dans la rue de ce qui s'est raconté ensuite en ligne, avec notamment la vague d'images IA. Le chef de l’État écarte l’hypothèse d’une ingérence étrangère visible dans les violences elles-mêmes, mais pas dans la manière dont elles ont été racontées en ligne. Il vise au passage plusieurs dirigeants étrangers, Donald Trump en tête.

Depuis Doha, Macron accuse des dirigeants étrangers de relayer des images IA sur la France

Sur les événements récents eux-mêmes, le président Macron dit ne voir « pas d'ingérence étrangère visible ». Pour la suite, donc après les violences et pillages du samedi 17 octobre, c'est une autre histoire. Le chef de l'État dénonce une « manipulation étrangère de l'information », qui a donné lieu à des commentaires « inacceptables autant que stupides », prononcées parfois par ses homologues. Dans son viseur, il y a d'abord des images générées par l'intelligence artificielle montrant « des scènes qui ne se sont jamais passées en France ». Il y a ensuite le récit d'un pays envahi par des « hordes de migrants et d'islamistes », qu'il qualifie de « totalement faux ».

Ces images, nous les décortiquions dès le 19 octobre. Depuis plusieurs jours effectivement, des comptes très suivis sur les réseaux glissent des visuels fabriqués ou retouchés par IA au milieu des vraies photos des manifestations. Le plus loufoque montre par exemple une Panthère rose arrêtée devant un camion de CRS. Il a notamment été relayé par Sprinter Press, un compte régulièrement épinglé pour avoir diffusé de la désinformation russe, et le détecteur SynthID de Google l'a démasqué.

Le plus insidieux, c'est peut-être d'un couple d'octogénaires en sous-vêtements, prétendument dépouillé place de la République. Sa photo, au mieux retouchée par IA, a frôlé le million de vues sur le réseau social d'Elon Musk, X. Au 20 octobre, le parquet de Paris n'avait été saisi d'aucune plainte. Certains de ces visuels ont même été partagés par des élus avides de récupération politique, et même un syndicat de police.

Les vérificateurs espagnols de Newtral ont obtenu un résultat positif sur les deux photos de la Panthère rose avec SynthID Detector, le 16 octobre, et CheckNews a obtenu pour chacune le verdict « ce média a été créé ou édité avec Google AI ».Capture d'écran © Javier Smaldone / Mélina LOUPIA / Clubic
Les vérificateurs espagnols de Newtral ont obtenu un résultat positif sur les deux photos de la Panthère rose avec SynthID Detector, le 16 octobre, et CheckNews a obtenu pour chacune le verdict « ce média a été créé ou édité avec Google AI ».Capture d'écran © Javier Smaldone / Mélina LOUPIA / Clubic

Donald Trump, cible d'un président agacé

Mais Emmanuel Macron ne s'en est pas tenu aux pixels mercredi. « Dans ces moments-là, on voit qui aime la France et qui ne l'aime pas », a-t-il glissé, avant de formellement acquiescer lorsqu'il était fut invité par un journaliste à confirmer que Donald Trump étaient parmi ceux qui « parlent mal de notre pays ». « Ces gens m'indisposent », a-t-il ajouté, visiblement très remonté. Dimanche, sur sa plateforme Truth Social, le président américain assurait que la France « brûle », accusait l'immigration et exhortait Paris à fermer ses frontières. Son vice-président, JD Vance, en a rajouté en reprochant aux progressistes occidentaux d'avoir « importé le tiers-monde » en France. Le Hongrois Péter Magyar et le Salvadorien Nayib Bukele ont, eux aussi, livré leur lecture des événements.

Le chef de l'État français déplore plus largement des dirigeants en campagne, « dans la région ou de l'autre côté de l'Atlantique », qui reprennent « parfois avec crédulité » ce que diffuse l'IA. « Ils font campagne sur notre dos », a-t-il tranché.

En ce qui concerne le maintien de l'ordre, il juge l'état d'urgence inutile à ce stade, sans l'exclure si la situation venait à le justifier. Les préfets peuvent déjà décréter des couvre-feux ou interdire des rassemblements. Les enquêtes se poursuivent et les premières décisions de justice sont tombées. Selon lui, c'est assez pour préserver le calme retrouvé depuis lundi. Signe des temps : une crise se gère désormais aussi image par image.