Derrière des appels aux dons pour les civils de Gaza, les responsables de deux petites associations françaises auraient envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à un commandant de la branche armée du Hamas. Cinq personnes ont été mises en examen à Paris le 2 octobre, jour où le Trésor américain a sanctionné leurs fondateurs.

Au bout de la chaîne, des combattants du Hamas auraient récupéré près d'un million d'euros, issus pour l'essentiel de petits dons convertis en cryptomonnaies - ©carlos castilla / Shutterstock
Au bout de la chaîne, des combattants du Hamas auraient récupéré près d'un million d'euros, issus pour l'essentiel de petits dons convertis en cryptomonnaies - ©carlos castilla / Shutterstock

À l’origine du dossier, les autorités américaines ont transmis au parquet un signalement sur deux associations. Ces autorités suivent de près les mouvements de fonds vers Gaza. Le 21 avril, une enquête a été ouverte. Pendant plusieurs semaines, les fonctionnaires ont épluché la téléphonie et les images de vidéosurveillance des suspects.

Les enquêteurs de la DGSI ont ensuite interpellé deux hommes et trois femmes le mardi 29 septembre. Tous sont soupçonnés, entre autres, de financement du terrorisme en bande organisée et de blanchiment, pour des collectes menées à Saint-Étienne (Loire) et à Saint-André-de-Cubzac (Gironde) entre septembre 2024 et juillet 2026.

Au bout de la chaîne, des combattants du Hamas auraient récupéré près d’un million d’euros, issus pour l’essentiel de petits dons convertis en cryptomonnaies.

Un circuit en cryptomonnaies jusqu’aux bureaux de change de Gaza

Ensemble C Mieux est une toute petite amicale, sans locaux et quasiment sans membres. Sa dirigeante appelait à la solidarité contre les « atrocités commises sur les civils ». « Elles jouent sur les images du conflit et les souffrances des familles pour collecter de l’argent », explique une source au fait du dossier, avant d’ajouter que « les dons sont des petites sommes, mais au final le financement se révèle important ».

D’après le Trésor américain, Faouzi Barika et Amel Oualid ont envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à Saleem Abdallah Saleem al-Zaq, commandant d’un bataillon de la branche ARMée du Hamas à Gaza. Faouzi Barika a fondé l’Association Baraka avec Saleem Abdallah Saleem al-Zaq, et Amel Oualid a créé Ensemble C Mieux. Le commandant relayait les cagnottes des deux structures sur ses réseaux sociaux. Il supervisait aussi un réseau de sociétés de transfert d’argent et de portefeuilles de cryptomonnaies, mais Washington n’a précisé ni les jetons ni les blockchains utilisés. Une fois à Gaza, les fonds ont été retirés en espèces dans des bureaux de change locaux, puis remis à des combattants du Hamas, selon les enquêteurs français.

Un mois après l’ouverture de l’enquête, plus de 70 délégations réunies à Bercy ont adopté une déclaration commune pour couper les cryptofinancements du terrorisme. Les signataires ont demandé au GAFI de mieux encadrer les portefeuilles de cryptomonnaies non hébergés et les cagnottes en ligne détournées au profit de groupes terroristes.

D'après le Trésor américain, Faouzi Barika et Amel Oualid ont envoyé des centaines de milliers de dollars en cryptomonnaies à Saleem Abdallah Saleem al-Zaq, commandant d'un bataillon de la branche armée du Hamas à Gaza - ©zmotions / Shutterstock

Sanctions américaines et contrôle judiciaire en France

Le Trésor américain a inscrit Saleem Abdallah Saleem al-Zaq, Faouzi Barika, Amel Oualid et leurs deux associations sur sa liste noire antiterroriste vendredi 2 octobre. Pour Washington, ces trois personnes auraient collecté plus de 2 millions de dollars pour le Hamas entre 2020 et 2026, dont 1,5 million après l’attaque du 7 octobre 2023 contre Israël. Leurs avoirs situés aux États-Unis ou détenus par des Américains sont gelés, et les citoyens et entreprises américains n’ont plus le droit de traiter avec eux. Les établissements financiers étrangers peuvent également écoper de sanctions secondaires s’ils facilitent sciemment une transaction importante pour leur compte. « Les organisations terroristes comme le Hamas s’appuient sur des intermédiaires financiers sophistiqués et des stratagèmes frauduleux conçus pour exploiter le public afin d’assurer leur fonctionnement », a prévenu Scott Bessent, secrétaire au Trésor. En parallèle, le FBI pilote une opération multinationale contre les réseaux de financement du Hamas. Le ministère américain de la Justice a d’ailleurs saisi en septembre plus de 560 000 dollars en cryptomonnaies liés à sa branche ARMée.

En France, les cinq suspects ont nié tout soutien à une organisation terroriste pendant leur garde à vue à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine). « Ma cliente est engagée contre le génocide à Gaza, elle n’a aucun lien avec le Hamas », a plaidé l’avocat de l’une des suspectes. Cette femme de 39 ans a un casier judiciaire vierge et une santé très fragile. Le juge des libertés et de la détention l’a donc placée sous contrôle judiciaire pour raisons médicales. Le juge d’instruction a placé trois autres suspects sous contrôle judiciaire, tandis que le cinquième a été incarcéré après avoir demandé un débat différé. Son avocate, Me Lucie Simon, ne souhaite faire aucun commentaire à ce stade. Les ordinateurs et téléphones saisis lors des perquisitions doivent être exploités dans les prochains jours.