Fin octobre, Stellantis suspendra pendant plusieurs jours la production de ses usines de Sochaux et de Rennes. Les clients professionnels commandent en nombre les SUV électriques à grande autonomie de Peugeot et de Citroën, mais le fabricant de batteries ACC, dont le constructeur est coactionnaire, ne parvient pas à suivre le rythme.

On nage en plein paradoxe. Les salariés de l’usine Stellantis de Sochaux ont travaillé en équipes supplémentaires le samedi 26 et le dimanche 27 septembre pour sortir davantage de Peugeot 3008 et 5008. Mais hier, coup de théâtre, Les Echos rapportent que la direction du groupe a annoncé aux syndicats la mise au chômage partiel de trois usines françaises. Les chaînes de Sochaux seront à l’arrêt du 23 au 30 octobre. Celle de Rennes, où Citroën assemble le C5 Aircross, le sera du 22 au 30 octobre. Stellantis stoppera aussi le site de Mulhouse du 15 au 30 octobre, faute d’une demande suffisante pour les modèles qui en sortent. À Sochaux et à Rennes, le constructeur manque en revanche de batteries pour honorer des commandes en hausse.
À Sochaux et à Rennes, Stellantis manque de batteries Long Range
« Cette décision est liée à une disponibilité insuffisante de certaines batteries destinées aux versions Long Range de nos véhicules électriques. La demande pour ces versions est soutenue, en particulier de la part des clients professionnels, et reste supérieure aux capacités actuelles d’approvisionnement », a indiqué la direction France de Stellantis. Le groupe cite aussi le Citroën C5 Aircross, dont la version High Range est en cours de déploiement commercial sur plusieurs marchés.
Depuis la flambée des prix du carburant, de nombreux automobilistes européens ont franchi le pas de l’électrique. En août, 29 % des voitures neuves vendues en Europe étaient électriques, soit 243 207 immatriculations et une hausse de 52,2 % sur un an. À Sochaux, près de 4 000 salariés de production assemblent chaque jour un peu plus d’un millier de 3008 et 5008, et la direction supprimera sept tournées entre le 23 et le 30 octobre. Stellantis ne veut pas produire en attendant des versions à plus faible autonomie. « Nous adaptons temporairement notre programme de production afin de rester alignés avec les besoins du marché et d’éviter la constitution de stocks de véhicules qui ne correspondent pas à la demande des clients. Cette mesure est ponctuelle », a expliqué sa direction.
Ces batteries sont produites par ACC dans sa gigafactory de Billy-Berclau et Douvrin, dans le Pas-de-Calais. Stellantis a fondé cette coentreprise avec Mercedes-Benz et Saft, filiale de TotalEnergies, et en est aujourd’hui le principal client. Depuis le démarrage de l’usine, ACC peine à augmenter sa production et à réduire son taux de rebut. « Nous sommes seulement à la moitié aujourd'hui de ce que nous visions en début d’année. Évidemment, cela est coûteux pour nous et je connais trop bien l’industrie automobile pour savoir tout le mal que cela fait à notre client Stellantis », a confié fin 2025 aux Echos Yann Vincent, alors directeur général d’ACC. L’entreprise a fait venir en France plus d’une centaine d’experts du fabricant chinois EVE. Début mai, Allan Swan, ancien président de Panasonic Energy en Amérique du Nord, a ensuite succédé à Yann Vincent.
Pour un salarié d’ACC, l'entreprise respecte ses engagements envers Stellantis. « Notre niveau de production sur le seul mois de septembre sera proche de celui de toute l’année dernière. L’industrialisation et la mise à l’échelle sont clairement en marche », a-t-il fait valoir. Début septembre, Renault a lui aussi imposé plusieurs demi-journées de chômage partiel à son usine de Douai, où est produite la R5, faute de moteurs électriques livrés en quantité suffisante par son site de Cléon.
À Mulhouse et à Poissy, Stellantis ajuste sa production aux ventes
Il y a un an, Stellantis a mis à l’arrêt six usines européennes parce que la demande était trop faible. À Mulhouse, le groupe arrêtera la production du 15 au 30 octobre pour ce motif. Les Peugeot 308 et 408, assemblées sur le site avec la DS7, sont en fin de cycle et leurs ventes sont en baisse. « Mais c’est plus compliqué que prévu, la nouvelle 308 ne se vend pas bien », a observé Jean-Paul Guy, délégué syndical central adjoint de la CFTC. Dès novembre, Stellantis fera tourner l’usine avec une équipe et demie, contre deux aujourd’hui.
Le 26 mai, Emmanuel Macron a annoncé un investissement de plus d’un milliard d’euros de Stellantis à Mulhouse. Le groupe prévoit de produire de nouveaux modèles électriques sur ce site alsacien à partir de 2029.
Plus à l’ouest, Stellantis a aussi programmé un arrêt à Poissy du 19 au 23 octobre, « pour adapter la production à la demande du marché dans une logique de gestion fine des stocks ». Hordain, où sont assemblés les utilitaires Peugeot Expert et Citroën Jumpy, est la seule usine française du groupe qui n’aura pas de chômage partiel en octobre.