Des chercheurs de l’ETH Zurich ont transformé une main robotique en petite machine capable de marcher sur ses doigts, de se relever après une chute et d'interagir avec son environnement. Une invention digne de la famille Addams, qui pourrait un jour travailler dans les espaces inaccessibles aux robots traditionnels.

La Chose de la famille Addams pourrait bientôt avoir de la concurrence. À l’École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), des chercheurs ont donné des jambes à une main robotique. Ou plutôt, ils lui ont appris à se servir de ses doigts pour marcher, garder l’équilibre et agir sur son environnement, sans avoir besoin d’un bras pour la déplacer.

Baptisé Fingers as Legs, le projet repose sur une idée aussi étrange qu’ingénieuse : pourquoi transporter une main au bout d’un robot entier lorsqu’elle pourrait se rendre elle-même là où l’on a besoin d’elle ?

Une main qui marche sur ses doigts et se relève toute seule

Pour parvenir à ce résultat, les chercheurs ont équipé une main robotique WUJI d’un Raspberry Pi Zero 2 W, de capteurs et d’une batterie. L’ensemble pèse 818 grammes et dispose de 20 articulations motorisées.

Son système de contrôle a été entraîné par apprentissage par renforcement dans un simulateur. À force d’essais et d’erreurs, il a appris à coordonner les doigts avant que les stratégies obtenues soient transférées au prototype. La main peut désormais avancer en prenant appui sur ses doigts, se redresser après une chute et évoluer sur 14 types de surfaces, du parquet au gravier. Elle est également parvenue à se redresser dans 21 tentatives sur 25 après avoir été retournée.

La main robotique de l'ETH Zurich utilise un clavier d'ordinateur. ©ETH Zurich
La main robotique de l'ETH Zurich utilise un clavier d'ordinateur. ©ETH Zurich

Mais elle ne se contente pas de se promener. Dans les démonstrations, elle actionne les quatre touches directionnelles d’un clavier pour jouer à Sokoban et pousse un cube jusqu’à une cible. Les doigts restés au sol doivent alors maintenir son équilibre pendant que les autres agissent sur son environnement.

Une solution pour intervenir dans les endroits les plus étroits

Derrière son allure de créature échappée d’un film fantastique, l’invention répond à un véritable problème de robotique. Un bras mécanique reste encombrant, même lorsque seule son extrémité doit intervenir.

Les chercheurs imaginent donc un robot capable de déposer cette main près d’une ouverture étroite. Elle pourrait s’y glisser, actionner une commande ou déplacer un objet, puis revenir vers son porteur. Les mêmes doigts serviraient ainsi à se déplacer et à travailler.

Il faudra néanmoins patienter avant de la voir partir seule en mission. Le prototype reçoit encore ses directions d’un opérateur, certaines manipulations nécessitent une préparation manuelle et une caméra extérieure intervient dans le guidage. L’équipe veut notamment lui ajouter une vision embarquée pour gagner en autonomie.

En France, Genesis AI développe également une main robotique pilotée par l’IA. Après avoir montré ses mains jouant du piano ou manipulant une pipette, Genesis AI les a depuis intégrées à Eno, son premier robot généraliste sur roues, dont les premiers déploiements sont annoncés d’ici à la fin de 2026.