Jinko, une plateforme française d'accompagnement dédiée aux malades du cancer, confirme avoir été victime d'un piratage. Des données personnelles et, pour certains patients, des informations médicales sensibles, ont été dérobées, contraignant la start-up à s'expliquer.

Les données dérobées concerneraient notamment des patients atteints de cancer, l'une des catégories d'informations les plus sensibles qui soient. © Rawpixel / Shutterstock
Les données dérobées concerneraient notamment des patients atteints de cancer, l'une des catégories d'informations les plus sensibles qui soient. © Rawpixel / Shutterstock

On le sait depuis longtemps, les pirates n'ont aucun remord à pirater certaines structures dans le domaine de santé, les hôpitaux figurant au premier rang. Ici, c'est Jinko, une application française d'accompagnement des patients atteints du cancer, qui en fait les frais, et le bilan pourrait être lourd, comme pour ajouter de la peine à la peine. Après la publication d'une revendication sur un forum cybercriminel lundi 7 septembre 2026, Jinko a réagi cette nuit auprès de Clubic, par l'intermédiaire de sa cofondatrice. L'entreprise reconnaît un accès non autorisé à ses systèmes et l'exfiltration de données personnelles, incluant pour certains utilisateurs des informations de santé et de parcours de soins. On fait le point sur l'ampleur de la fuite revendiquée et la réponse de la société.

Des données médicales de patients atteints de cancer exposées après le piratage de Jinko

Hier, un utilisateur d'un forum cybercriminel a mis en ligne une archive présentée comme exfiltrée de Jinko.care, comme le révèle FrenchBreaches. Le pirate annonce environ 3,7 Go de contenu. 85 tables sont issues de la base Firestore de l'application, soit plus de 883 000 lignes exportées en CSV et en JSON, accompagnées d'une archive Firebase Storage regroupant plus de 2 600 fichiers. Mais il reste une inconnue, à savoir la méthode d'intrusion.

Dans le détail, la base regrouperait environ 3 552 comptes utilisateurs, selon le pirate, avec des noms, dates de naissance, adresses e-mail, numéros de téléphone et adresses postales. Mais le plus sensible concerne les données de santé. On retrouve des informations sur le type de cancer, le stade de la maladie, les métastases éventuelles, les récidives, les traitements en cours ou passés, les hormonothérapies, les antécédents chirurgicaux et familiaux, ou encore les symptômes rapportés par les patients au fil de leur parcours.

S'y ajouterait une masse de communications internes à la plateforme, plus de 20 000 messages éclatés en plus d'un millier de fils de discussion, auxquels il faudrait encore ajouter plusieurs centaines d'échanges avec un assistant utilisant l'intelligence artificielle. Des informations sur des médecins et professionnels de santé (spécialités, établissements, coordonnées) apparaîtraient également, tout comme des documents médicaux, images et fichiers audio issus du suivi clinique des patients. On retrouve aussi de nombreux photos dans les dossiers récupérés par le hacker.

Capture d'écran du site internet de Jinko. © Alexandre Boero / Clubic

La réponse de Jinko, qui présente ses excuses et explique sa réaction

Contactée par Clubic lundi, Jinko n'a pas cherché à minimiser les faits. L'entreprise confirme avoir identifié « un incident de cybersécurité ayant entraîné l'accès non autorisé et l'exfiltration de données personnelles », précisant que ces données concernent l'identité et les coordonnées de ses utilisateurs, ainsi que, « pour certaines personnes », des informations de santé et de parcours de soins. Dans sa réponse, la plateforme présente ses excuses. « Nous sommes profondément désolés que des informations aussi personnelles aient pu être compromises », écrit-elle.

Sur le fond, la plateforme affirme avoir réagi vite, expliquant avoir « immédiatement engagé une investigation, sécurisé nos systèmes » et informé directement les personnes concernées. Une communication de crise assez classique dans ce genre de dossier, mais qui a au moins le mérite, à ce stade, de ne pas se dérober.

L'entreprise dit aussi travailler avec les autorités compétentes pour remplir ses obligations légales et réglementaires, et prévoit de déposer plainte. De quoi rassurer, en théorie, mais l'incident s'inscrit dans une série d'incidents ayant déjà touché le secteur de la santé en France ces derniers mois, comme Almerys et d'autres. De quoi rappeler, une fois de plus, la fragilité des données médicales hébergées en ligne. Pour les patients concernés, le risque va au-delà du simple spam par e-mail ou SMS, dont il faudra forcément se méfier. Car à l'horreur des moments traversés pendant ou après la maladie, vient s'ajouter le cynisme le plus total des cybercriminels.