En Slovaquie, l'agence nationale de cybersécurité a identifié une porte dérobée russe dans les radars routiers NERO R-ONE. L'alerte vise plusieurs modèles de caméras, financés en partie par des fonds européens.

Selon un avis publié le 14 août 2026, l'agence slovaque de sécurité informatique a mené une analyse de sécurité sur un exemplaire du radar NERO R-ONE, pourtant officiellement assemblé à Chypre. Les résultats ont révélé des incohérences entre le matériel déclaré et celui réellement présent dans l'appareil, ainsi que des mécanismes d'accès à distance non maîtrisés par les utilisateurs. Le fameux radar dissimulerait en réalité des composants russes.
En Slovaquie, des radars routiers piégés par une cyberfaille liée à la Russie
Dans son communiqué, le NBÚ, donc l'organisme de cybersécurité slovaque, vise les familles de radars routiers NERO R-ONE (SODASUS, Chypre) et les gammes Cordon, fabriquées par le russe Simicon et le croate NEROline. L'analyse a été menée sur un exemplaire emprunté du NERO R-ONE, à la demande du ministère de l'Intérieur. Il a été relevé un net décalage entre la configuration officiellement documentée des interfaces de communication de l'appareil et celle réellement détectée sur le terrain.
À cela s'ajoutent des mécanismes d'accès distant préconfigurés, qui échappent en partie au contrôle de l'utilisateur, un logiciel de traitement des mesures différent de celui officiellement déclaré, et une sécurité globale jugée insuffisante. Sur LinkedIn, Samuel Kohen, fondateur de la société cyber lyonnaise Akenatech, précise même que ce logiciel ne correspondrait pas à celui certifié par l'institut de métrologie, et évoque « 12 numéros de téléphone russes codés en dur dans le firmware », ainsi qu'un module de communication mobile non documenté, capable de dialoguer discrètement avec l'extérieur.
Et cerise sur le gâteau, toujours selon le consultant, le flux vidéo de l'appareil serait accessible « sans mot de passe à quiconque connaît l'IP », via le protocole RTSP. Samuel Kohen affirme même que plusieurs de ces radars auraient déjà été démontés en Slovaquie, une information qui, à ce stade, n'est pas confirmée noir sur blanc par le communiqué officiel du NBÚ.

La promesse trahie du « made in UE »
Le scandale prend évidemment une tournure politique, puisque toujours selon Samuel Kohen, ce parc de radars aurait été financé à hauteur de 30 millions d'euros par le plan de relance européen. Le ministère slovaque de l'Intérieur, d'abord dans le déni total sur toute origine russe des appareils, aurait fini par admettre la présence de composants russes avant de rompre avec son fournisseur, Soitron.
Au-delà du cas slovaque, on a ici une affaire qui fait état des risques encourus par les équipements connectés assemblés dans l'UE sur le papier, mais dont la chaîne d'approvisionnement réelle reste opaque. « Un certificat et une adresse à Chypre ne remplacent jamais l'audit technique du produit », résume de façon assez juste Samuel Kohen, lui qui est habitué à accompagner les industriels sur ce type de problématiques.
En attendant, le NBÚ recommande à tous les opérateurs d'infrastructures essentielles de vérifier si ces radars équipent leur réseau, et les invite à le contacter directement dès qu'un exemplaire est repéré, afin de coordonner la marche à suivre. Une invitation à la prudence, sans doute pas uniquement sur les routes slovaques. La prochaine caméra estampillée made in EU pourrait, elle aussi, cacher son petit secret bien à elle.
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