Lightyear a fait faillite, Sono Motors a enterré sa Sion. Des étudiants de Clemson livrent à BMW un prototype qui tient enfin la promesse solaire, précisément parce qu'il ne cherche pas à se vendre.

BMW Luminetta - Deep Orange 17 © Clemson University/BMW
BMW Luminetta - Deep Orange 17 © Clemson University/BMW

La voiture solaire traîne derrière elle une histoire faite de promesses grandioses et de dépôts de bilan. La néerlandaise Lightyear, dont la berline de 700 km d'autonomie était couverte de cinq mètres carrés de panneaux, a sombré avant d'atteindre le grand public. Sono Motors a renoncé à sa Sion familiale, et l'américaine Aptera a été liquidée en 2011 avant de renaître en 2019. BMW a tenté autre chose en 2024 en confiant le problème à des étudiants de troisième cycle, sans leur demander de vendre quoi que ce soit. Deux ans plus tard, le prototype Deep Orange 17, baptisé Luminetta, roule et tient ses comptes.

Une carrosserie entièrement transformée en panneau

Le principe tient en une phrase : au lieu de poser des cellules sur le toit, on transforme toute la surface extérieure en générateur. Plus de 1 700 cellules photovoltaïques, développées avec l'institut allemand Fraunhofer ISE, tapissent ainsi chaque recoin de la carrosserie, capot et flancs compris. La silhouette, qu'on croirait dessinée par un poisson-coffre (c'est effectivement l'inspiration revendiquée par l'équipe), n'a d'autre fonction que de maximiser cette surface exposée. Les cellules récoltent de l'énergie à l'arrêt, en roulant, et jusque dans les embouteillages ; elles continuent même à produire à l'ombre, une caractéristique qui compte davantage sous un ciel européen que dans un argumentaire marketing. La teinte orange n'est pas une coquetterie mais un film de protection appliqué par-dessus les cellules.

Des angles qui donneraient le change au Cybertruck de Tesla © Clemson University/BMW
Des angles qui donneraient le change au Cybertruck de Tesla © Clemson University/BMW

Le reste de la fiche technique découle de cette logique. La Luminetta pèse 1 212 livres, soit environ 550 kilos, grâce à une cellule passager en acier complétée d'aluminium, de fibre de carbone et de jonctions métalliques imprimées en trois dimensions. Ce poids plume permet aux panneaux de regagner 31 miles d'autonomie par jour, autour de 50 kilomètres, quand l'équipe a calibré son exercice sur un trajet domicile-travail de 12 miles, une vingtaine de kilomètres. Le freinage régénératif et une distribution de couple optimisée complètent le bilan. Deux places, un écran, Apple CarPlay, et voilà pour le confort : on est loin du salon roulant, et personne n'a prétendu le contraire.

Ce que Bruxelles attend du solaire embarqué

L'exercice de Clemson entre en résonance avec un chantier européen autrement plus large. Le projet SolarMoves, commandé par la Commission européenne et mené par l'organisme néerlandais TNO avec ce même Fraunhofer ISE, a publié ses conclusions en mai. L'étude a passé au crible 23 catégories de véhicules et plus de 1,3 million de kilomètres parcourus, croisés avec des données satellitaires et météorologiques relevées à Amsterdam et à Madrid. Verdict : une voiture particulière équipée de photovoltaïque intégré couvrirait jusqu'à 55 % de ses besoins annuels en Europe centrale, et jusqu'à 80 % en Europe du Sud. Si tous les véhicules neufs immatriculés entre 2024 et 2030 en étaient dotés, la demande sur le réseau européen reculerait de 15,6 térawattheures à l'horizon 2030. Soit la production annuelle de quelque 2 200 éoliennes terrestres de 3 mégawatts.

Les chercheurs recommandent d'ailleurs d'intégrer cette production au protocole d'homologation WLTP et de la reconnaître dans la directive européenne sur les énergies renouvelables, ce qui ouvrirait la porte à des incitations fiscales nationales. La comparaison avec les tentatives commerciales éclaire le reste. L'Aptera à trois roues présentée au CES revendique une soixantaine de kilomètres quotidiens au prix d'une architecture tout aussi atypique. De son côté, le modèle grand public que Lightyear annonçait à 40 000 euros n'a jamais vu le jour. La constante saute aux yeux : le solaire embarqué fonctionne quand la voiture est légère et le trajet court, et se casse les dents dès qu'on lui demande de ressembler à une berline familiale.

BMW ne vendra pas de voiture recouverte de cellules et l'assume, la Luminetta partant simplement s'exposer au CES 2027. Pour vous, l'enseignement est moins spectaculaire mais plus solide : le soleil ne remplacera pas la borne de recharge, il rognera quelques kilomètres sur la facture, à condition d'accepter une voiture qui ressemble à un poisson-coffre.