BMW intègre pour la première fois la technologie E Ink dans un panneau de carrosserie prêt pour la série. Quatre ans de concepts spectaculaires aboutissent enfin à quelque chose de concret.

Vous connaissez cet affichage un peu grisâtre, très lisible en plein soleil, qui ne consomme presque rien ? C'est l'encre électronique, la même technologie qui équipe les liseuses Kindle depuis plus de quinze ans. Imaginez-la maintenant sur le capot d'une voiture. C'est exactement ce que BMW vient de présenter au salon de Pékin 2026 avec l'iX3 Flow Edition, un concept basé sur son nouveau SUV électrique iX3. La différence avec les démonstrations précédentes, c'est que cette fois, le constructeur parle de « readiness for series production ». Autrement dit, ce n'est plus du spectacle pour journalistes automobiles, c'est de l'ingénierie prête à passer en usine.
Du concept au capot : quatre ans d'itérations
Rembobinons. En janvier 2022, BMW présentait l'iX Flow au CES de Las Vegas, un SUV entièrement recouvert de panneaux E Ink capables de passer du noir au blanc. Spectaculaire, mais composé de segments fragiles assemblés comme un puzzle. En 2023, l'i Vision Dee poussait le curseur avec 240 segments et 32 couleurs, ce qui revenait à coller 240 petits écrans sur une carrosserie (cauchemar de garantie, bonjour). L'iX3 Flow Edition change d'approche : la technologie E Ink Prism est directement intégrée dans la structure du capot, comme un circuit intégré dans un smartphone. Un seul panneau, pas de segments, pas de film rapporté.

Le résultat, tel que présenté par BMW et E Ink dans un communiqué commun, propose huit animations préenregistrées que le conducteur sélectionne depuis l'écran de bord. Les motifs représentent des silhouettes de bâtiments chinois (salon de Pékin oblige) et vont du discret au franchement expressif. Pour l'instant, tout reste en niveaux de gris. La couleur aurait exigé un processus de fabrication autrement plus complexe, et c'est précisément cette contrainte qui a permis le passage au stade industriel.
Gadget ou fonction utile ?
Le côté « personnaliser sa voiture comme un fond d'écran » peut faire sourire. Mais la technologie E Ink a une propriété qui intéresse les ingénieurs au-delà de l'esthétique : elle ne consomme de l'énergie qu'au moment du changement d'état. Une fois l'image affichée, la consommation tombe à zéro. Sur un véhicule électrique, où chaque watt compte, ce n'est pas anodin. BMW évoque aussi un usage thermique : un capot clair réfléchit davantage la lumière en été (moins de chaleur dans l'habitacle, moins de climatisation), un capot sombre absorbe la chaleur en hiver. C'est le genre d'application secondaire qui pourrait justifier le surcoût aux yeux d'un constructeur, bien plus que le changement de motif décoratif.
L'iX3 standard (sans le capot animé) arrivera aux États-Unis cet été avec 463 chevaux et une autonomie d'environ 600 km. Aucune date ni aucun tarif n'ont été communiqués pour l'option E Ink. BMW précise que l'iX3 Flow Edition « ouvre la voie à une adoption plus large sur les futurs modèles ». En clair : le capot d'abord, le reste de la carrosserie ensuite, quand le coût de production le permettra.
Après quatre ans de prototypes qui faisaient le tour des salons auto, l'encre électronique arrive enfin sous le vernis. Il ne manque plus qu'un prix pour savoir si c'est un gadget de salon de luxe ou le début d'un vrai changement.