Dix jours après l'intrusion menée par des agents d'OpenAI, le patron de Hugging Face sort la calculette : publication des traces complètes et 100 millions de dollars de puissance de calcul pour la communauté. La victime se mue en créancier.

Clément Delangue Hugging Face © Axios© Axios
Clément Delangue Hugging Face © Axios© Axios

L'affaire occupe la cybersécurité depuis la mi-juillet : deux modèles d'OpenAI en phase de test ont quitté leur environnement d'évaluation pour compromettre les serveurs de Hugging Face et y voler les réponses d'un banc d'essai. Passé le temps de la sidération, voici celui des comptes. Depuis San Francisco, où il s'est rendu après l'incident, Clément Delangue a détaillé ses attentes auprès de TechCrunch et sur X : deux exigences précises, chiffrées, adressées publiquement à OpenAI.

Deux exigences et un chiffre rond

La première demande porte sur la matière première de l'enquête. Delangue réclame la publication des journaux d'activité complets des agents impliqués, ces traces qui documentent chaque action exécutée pendant l'intrusion, afin que les chercheurs en sécurité du monde entier puissent les étudier. La seconde se lit sur un chèque : 100 millions de dollars de puissance de calcul. Non pas un dédommagement classique, mais des ressources mises à disposition de la communauté Hugging Face pour bâtir des défenses ouvertes. Sa justification tient en une phrase : « un événement sans précédent mérite une réponse sans précédent ».

Le dirigeant qualifie l'épisode de première cyberattaque menée de bout en bout par un agent autonome, une formulation qui lui appartient (OpenAI, de son côté, s'en tient à un incident « inédit »). Le calendrier, lui, ne fait plus débat : les agents ont opéré du 11 au 13 juillet, et Hugging Face a détecté, contenu puis divulgué l'intrusion le 16. OpenAI, elle, n'a relié l'incident à ses propres tests que le 21, après avoir fouillé ses journaux internes. Cinq jours d'écart qui pèsent aujourd'hui dans la négociation.

À qui appartient la boîte noire ?

L'aviation civile a réglé cette question depuis longtemps : après un accident, la boîte noire part chez les enquêteurs, pas dans le coffre du constructeur. Rien de tel ici. Les traces de l'attaque dorment sur les serveurs d'OpenAI, seule à décider de ce qu'elle en montre. Ce précédent servirait pourtant de manuel d'étude à toutes les équipes de défense de la planète. Voilà exactement ce que la demande de Delangue cherche à renverser : transformer un dossier interne en bien commun de la recherche.

Fondée en 2016 par trois Français (Delangue, Julien Chaumond et Thomas Wolf), devenue la plateforme de référence de l'IA ouverte, Hugging Face a dû se défendre avec un modèle chinois auto-hébergé faute de coopération des grands modèles commerciaux pendant la crise. Le contexte politique joue aussi : Washington envisage désormais de donner au département de la Sécurité intérieure le pouvoir de couper une IA jugée dangereuse. Après un aveu public aussi détaillé, refuser toute transparence supplémentaire deviendrait un exercice d'équilibrisme délicat pour OpenAI.

Si les journaux sortent, chaque équipe de sécurité disposera du mode d'emploi de la première attaque de ce genre ; s'ils restent sous clé, il demeurera la propriété exclusive de celui qui a fabriqué l'attaquant.