Deux jours après l'officialisation de son rachat, Micromania répond à nos questions sur les emplois, la rupture avec GameStop et sa position face à la fin du disque PlayStation. Son directeur marketing, Philippe Renaudin, détaille la stratégie de l'enseigne.

Le rachat de Micromania par un consortium franco-québécois, officialisé le 16 juillet 2026, a mis fin à plus d'un an d'incertitude pour l'enseigne française de jeu vidéo. Mais l'annonce a aussi laissé plusieurs questions en suspens, sur les emplois notamment, ou sur le lien qui subsiste, ou non, avec l'ancienne maison mère GameStop. Nous avons interrogé Philippe Renaudin, directeur marketing et communication de Micromania, qui a accepté de répondre à nos quelques questions. Une exclusivité Clubic.
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Micromania répond sur l'emploi et la gouvernance, après le rachat
Évidemment, lorsqu'on parle du rachat de Micromania, dont nous ne connaissons pas le montant, mais dont on sait qu'il est porté par l'entrepreneur québécois Stephan Tétrault, beaucoup pensent, et c'est bien légitime, au sort réservé aux 1 200 salariés (un nombre qui circule depuis la mise en vente initiale de l'enseigne). Philippe Renaudin botte légèrement en touche sur l'évolution des effectifs à terme, mais il se veut plutôt rassurant. Ce dernier va même jusqu'à nous dire que « des recrutements sont en cours et certains déjà pourvus », évoquant même des postes de « chef de projet, acheteurs, développeurs IT et data, équipe événementiel… », pour garnir les rangs de Micromania. Une dynamique de recrutement, donc, plutôt qu'un plan social, même si la question du maintien des 300 boutiques physiques reste sans réponse.
Autre question que nous nous posons, qui pilotera la maison désormais ? Là encore, pas de grand bouleversement en vue. « Comme indiqué dans le communiqué (d'annonce du rachat), l'équipe de direction reste en place et aux commandes », nous répond le directeur marketing, avant de préciser que « Stephan et Jean-François », comprendre Stephan Tétrault et Jean-François Chenail, sont « très impliqués » dans le quotidien de l'enseigne.
Ce choix de conserver l'équipe en place est assez courant lors d'un rachat, mais pas toujours dans le monde du retail, où un changement de propriétaire peut s'accompagner d'une purge managériale bruyante, façon nouveau patron, nouvel organigramme. En misant sur la continuité plutôt que sur la rupture, les nouveaux actionnaires semblent vouloir éviter le scénario catastrophe déjà vécu par d'autres enseignes rachetées dans la précipitation, où le turn-over managérial a parfois fait plus de dégâts que la crise financière elle-même.
La rupture est consommée avec GameStop
Après des années sous pavillon GameStop, Micromania a-t-elle gardé, ne serait-ce que discrètement, des liens avec sa désormais ex-maison mère américaine ? Philippe Renaudin est catégorique, « il n'y a aucun lien. » Concrètement, la logistique, les outils de caisse, le site web ou encore la gestion des stocks tournent sur des systèmes informatiques propres à Micromania, jamais partagés avec GameStop. « Micromania s'appuie sur ses propres systèmes depuis sa création », nous confirme le dirigeant.
Et côté marque, même son de cloche. « La marque reste un actif de la société Micromania et l'enseigne reste Micromania-Zing », insiste Philippe Renaudin. Si vous en doutiez, le nom Micromania n'est pas une licence prêtée par GameStop que l'enseigne devrait continuer à payer ou pourrait perdre du jour au lendemain : c'est une propriété à part entière de la société française, comme l'était déjà le cas avant le rachat. Contrairement à un simple changement d'actionnaire qui laisserait subsister des liens contractuels avec l'ancien propriétaire, la rupture avec GameStop semble donc bien totale.
Ce que Micromania a prévu pour survivre à la fin du disque PlayStation
Reste une autre question importante : comment Micromania compte-t-elle réagir à l'annonce de Sony, qui a confirmé l'arrêt de la production de jeux PlayStation sur disque à partir de 2028 ? On sait que l'enseigne, qui a survécu au virage du numérique, reste encore très dépendante de la vente de boîtiers physiques, que ce soit pour du neuf ou du jeu d'occasion. Philippe Renaudin refuse pourtant de dramatiser : « L'évolution du marché vers le digital n'est pas une surprise », rappelle-t-il. Depuis plusieurs années déjà, Micromania mise sur d'autres relais de croissance, comme les produits dérivés, les cartes à collectionner, les ventes en ligne, regroupés sous le terme de « leviers de différenciation », et qui lui auraient permis, selon le boss du marketing et de la communication, de conserver son leadership sur la distribution du jeu vidéo en France. Des leviers appelés, précise-t-il, à être encore renforcés grâce aux synergies avec les autres sociétés du groupe Tétrault.
Pour expliquer les synergies, la direction évoque auprès de nous le moment de la précommande du jeu Wolverine sur PS5, où Micromania avait proposé aux joueurs un bundle, c'est-à-dire un pack associant le jeu à un objet exclusif, une figurine signée McFarlane Toys, introuvable ailleurs. Une offre rendue possible parce que McFarlane Toys appartient au même groupe que Micromania, celui de Stephan Tétrault. Les deux enseignes ont donc pu s'associer sans négociation, ni intermédiaire. Selon Philippe Renaudin, l'opération a permis à Micromania de « gagner en part de marché sur les précommandes », autrement dit d'attirer chez elle des joueurs qui auraient pu réserver leur exemplaire ailleurs. Voilà qui donne une idée de la stratégie que le groupe compte déployer plus largement à l'avenir.
Le digital retail, c'est-à-dire la vente de produits numériques directement en magasin ou en ligne (abonnements de jeu, cartes prépayées (« wallets ») pour recharger un compte PlayStation ou Xbox, forfaits mobiles, ou encore jeux à télécharger sans aucune boîte physique), est un autre atout dans la manche de Micromania. Un segment sur lequel l'enseigne se dit « leader depuis de nombreuses années ». Le principe de fidélisation fait que chaque achat numérique fait gagner des points, convertis ensuite en bons d'achat utilisables plus tard en magasin, pour une remise pouvant grimper jusqu'à 6 % de la valeur dépensée. De quoi, espère la direction, amortir le choc de la fin du disque annoncée pour 2028, même si « de nouvelles initiatives » restent promises, sans calendrier précis pour l'instant. Mais qu'on se rassure : Micromania est loin de mettre pied à terre.