Treize ans après avoir ridiculisé Microsoft avec une vidéo culte sur le prêt de jeux PS4, Sony s’apprête à supprimer le support physique qui rendait ce geste pourtant si simple.
Il y a des archives qui vieillissent plus mal que d’autres. En juin 2013, Sony publiait une vidéo de 21 secondes devenue instantanément culte : Shuhei Yoshida, alors patron des studios PlayStation, tendait simplement un jeu PS4 à son collègue Adam Boyes, qui répondait : « Thanks ! ». Fin du tutoriel. À l’époque, la cible évidente de cette séquence était Microsoft, alors empêtré dans les restrictions prévues sur Xbox One autour de la connexion obligatoire, du partage et de l’occasion.
Sony avait alors trouvé le meilleur argument possible pour vendre sa PS4. Pas besoin de long discours ni de fiche technique. Un disque, une main tendue, et la promesse implicite qu’un jeu acheté restait un objet que l’on pouvait prêter, donner ou revendre.
Un coup de comm' qui se retourne contre Sony
La vidéo a depuis dépassé les 20 millions de vues et reste l’un des plus beaux tacles marketing de l’histoire récente du jeu vidéo. Microsoft finira d’ailleurs par reculer quelques jours après l’E3, abandonnant ses principales contraintes en ligne. Sony, lui, ressortait grandi de l’épisode, presque en défenseur naturel du jeu physique.
Le contraste avec la trajectoire actuelle est saisissant. À partir de janvier 2028, les nouveaux jeux PlayStation ne devraient plus être produits sur disque. Ils seraient proposés uniquement en version numérique, via le PlayStation Store ou des revendeurs vendant des codes de téléchargement. Les jeux déjà sortis ne seraient pas concernés, mais le symbole est immense.
Sony justifie ce virage par l’évolution des usages. Et les chiffres lui donnent une partie de l’argumentaire : les ventes dématérialisées représentaient 85% des jeux complets PS4 et PS5 écoulés au dernier trimestre de son exercice 2025.
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Sans disque, il ne reste plus grand-chose à prêter
Le problème, c’est que le numérique ne remplace pas vraiment le disque. Il remplace surtout la propriété par une licence attachée à un compte, une boutique et des règles que l’utilisateur ne maîtrise pas. Un jeu téléchargé ne se transmet pas de la main à la main. Il ne se revend pas librement. Il ne se prête pas sans devoir bidouiller sa console et son compte.
À Sony, désormais, de retrouver l’audace de 2013. Si le disque doit disparaître, rien ne l’empêche d’inventer un vrai prêt numérique, simple et encadré, qui permette aussi de donner ou de revendre un jeu sans céder son compte. En 2013, il suffisait de tendre une boîte. En 2028, le progrès ne pourra pas se résumer à retirer ce geste sans rien proposer à la place.
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