Dans la fabrication de puces, inspecter un wafer peut prendre plusieurs semaines. QuantumDiamonds prétend le faire en deux minutes avec des capteurs quantiques. Bruxelles mise 76 millions d'euros sur l'idée.

Dans la fabrication d'une puce à 3 nanomètres, inspecter les interconnexions d'un wafer peut prendre plusieurs semaines avec les outils de métrologie disponibles. C'est précisément ce goulot d'étranglement que QuantumDiamonds entend attaquer. Cette startup munichoise, issue de la Technische Universität München (TUM), annonce une levée de 91 millions d'euros dont 76 millions de fonds non-dilutifs approuvés par la Commission européenne dans le cadre du Chips Act. Il s'agit du premier financement « manufacturing » du Chips Act ciblant une startup, après des enveloppes octroyées à Zeiss et Zadient plus tôt dans l'année.
91 millions d'euros et une distinction qui compte dans le Chips Act
La ventilation du financement mérite d'être précisée pour éviter la confusion classique dans les annonces de levées mixtes. Les 15 millions restants proviennent d'un tour equity mené par World Fund (fonds climatique allemand), avec la participation de Bayern Kapital, Earlybird et IQ Capital. Les 76 millions non-dilutifs viennent du Chips Act européen, opérationnellement fléchés via le ministère fédéral allemand de l'Économie et l'État de Bavière, et approuvés par la Commission le 23 juin 2026. Ce découpage (equity minoritaire, fonds publics très majoritaires) est une structure typique des projets d'infrastructure technologique que Bruxelles veut accélérer sans attendre que le marché seul finance la prise de risque.

QuantumDiamonds a été fondée en 2022 par Kevin Berghoff (CEO) et Fleming Bruckmaier (CTO) à Munich, et compte aujourd'hui 70 personnes. La société ne fabrique pas de puces : elle construit des systèmes d'inspection qui permettent de détecter les défauts dans les puces fabriquées ailleurs. Ce positionnement dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs est précisément l'angle mort que le Chips Act 1.0 n'a pas encore comblé, malgré ses investissements dans la fabrication proprement dite. En clair : Bruxelles s'est focalisé sur « fabriquer plus de puces », sans autant s'attarder sur « les inspecter plus vite ».
Comment un cristal de diamant voit ce que le microscope électronique rate
L'ambition du Chips Act européen est de faire passer la production de puces de 10 % à 20 % du marché mondial d'ici 2030. Mais produire plus de puces sans pouvoir les inspecter plus vite revient à fabriquer des voitures sans contrôle qualité en sortie de chaîne : le volume augmente, les défauts aussi. Les méthodes classiques de métrologie, la microscopie électronique à balayage en tête, requièrent du vide, sont lentes, et nécessitent souvent de découper la puce pour l'examiner en coupe, ce qui la détruit.
QuantumDiamonds exploite les centres NV (Nitrogen-Vacancy), des imperfections dans un cristal de diamant où un atome d'azote remplace un atome de carbone, laissant un site voisin vacant. Sous illumination laser, ces micro-défauts réagissent aux champs magnétiques locaux avec une précision extraordinaire. Or, quand un courant circule dans les fils de cuivre d'une puce (gravés à quelques nanomètres de large), il génère de minuscules champs magnétiques. En scannant la surface d'un wafer, le capteur détecte les anomalies de flux qui signalent un fil brisé ou mal formé, sans aucune destruction, à l'air libre. La startup avance un délai de deux minutes là où les méthodes habituelles requièrent plusieurs semaines.
La comparaison avec ASML revient souvent dans les présentations de la startup et dans celles de ses investisseurs. World Fund parle explicitement de faire de QuantumDiamonds le « prochain ASML ». La formule est plus un souhait d'investisseur qu'un fait établi (ASML a mis quarante ans à dominer la lithographie). Elle dit néanmoins quelque chose sur le segment que vise la startup : il n'existe pas d'équivalent européen dominant dans la métrologie des puces avancées. Pour les industriels du Vieux Continent, pris en étau entre les pressions américaines et chinoises, une chaîne d'inspection souveraine représente une variable supplémentaire dans la course à l'autonomie technologique.
Bruxelles a trouvé dans QuantumDiamonds une première brique quantique dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs. L'écart entre deux minutes en laboratoire et deux minutes en production industrielle reste le vrai test, mais c'est déjà l'écart qui sépare un champion européen d'un projet de recherche prometteur.