Un ingénieur en vision par ordinateur a développé un système laser piloté par une intelligence artificielle pour détecter et éliminer les moustiques. Après quatre mois de travail, il a débarrassé son domicile de tous les moustiques en une seule nuit.

Steven Cheng travaille en vision par ordinateur et en robotique. Il a passé quatre mois à construire ce qu’il appelle « le tueur de moustiques ultime », un laser guidé par une caméra et un modèle d’intelligence artificielle entraîné pour reconnaître les moustiques. La caméra repère l’insecte, le modèle confirme son identité, puis le laser ajuste sa position pour le neutraliser. L’ingénieur a présenté son projet sur X en mai avant de le tester chez lui pendant une nuit entière. Au matin, on n’entendait plus aucun moustique voler dans sa maison.
Pour nourrir son modèle, Steven Cheng a d’abord constitué sa propre base d’images, capturées avec un appareil photo Canon équipé d’un objectif à fort grossissement. En photographiant les moustiques de près, il a donné de sa personne en se faisant piquer à de nombreuses reprises, avant de réunir plusieurs milliers de clichés exploitables. Chaque image a ensuite été annotée une par une, une étape qui consiste à étiqueter le contenu visuel pour que l’algorithme distingue le moustique de tout autre insecte ou reflet lumineux.
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Steven Cheng entraîne un modèle à repérer le moustique dans le bruit visuel
L’algorithme a été élaboré à partir de techniques d’apprentissage profond, une méthode qui apprend à un réseau de neurones à reconnaître des formes à partir de milliers d’exemples annotés. L’ingénieur a lancé plusieurs cycles d’entraînement, en sollicitant intensément sa carte graphique à chaque itération. Le modèle a ensuite continué à ajuster ses paramètres de détection en fonction de la précision réelle des tirs, une boucle qui a progressivement réduit les erreurs de ciblage.
Après plusieurs semaines de calibrage, l’algorithme était capable de repérer un moustique en vol même dans un environnement chargé de reflets et de mouvements parasites. Cette phase itérative explique la durée totale du projet : la partie logicielle a demandé davantage de temps que l’assemblage mécanique.
Un laser rapide, sécurisé par une seconde caméra
Steven Cheng a réglé la puissance du laser pour carboniser un moustique presque instantanément. Il a fixé l’émetteur sur une platine rotative industrielle de haute précision, capable de pivoter par fractions de degré sans perdre sa cible. Le dispositif vise et tire sans trembler, même sur un insecte en plein vol. Une seconde caméra grand-angle surveille en parallèle la pièce. Si elle détecte une personne, un animal ou un matériau inflammable dans la zone de tir, elle coupe automatiquement l’alimentation du laser. L’ingénieur envisage d’ajouter un réseau de microphones, dans l’idée de localiser les moustiques dès leur entrée dans la pièce. Il prévoit par ailleurs de publier son jeu de données sur NenPower, sa propre plate-forme où il commercialise déjà des kits de robotique et partage le code source de ses projets, afin que d’autres bricoleurs puissent reproduire ou modifier le système.
Steven Cheng a de la concurrence, déjà en place. Jim Wong commercialise un produit comparable, le Photonmatrix. Son système utilise un scanner LiDAR associé à un miroir piloté par un galvanomètre, capable d’atteindre trente moustiques par seconde dans un rayon de six mètres. La campagne de financement participatif du projet a dépassé son objectif initial de 1 300 %, pour un prix de vente annoncé à 498 dollars, soit environ 435 euros. Contrairement aux lampes anti-moustiques vendues dans le commerce, qui attirent passivement les insectes, les deux dispositifs traquent activement chaque cible.
Avant eux, la fondation américaine Intellectual Ventures avait déjà exploré cette voie avec le projet Photonic Fence, imaginé pour la lutte contre le paludisme dans les régions les plus exposées. Le projet prévoyait un coût de fabrication proche de 50 dollars par unité, soit environ 44 euros, loin des prix pratiqués aujourd’hui par les produits grand public. Un déploiement à grande échelle resterait toutefois hors de portée d’un prototype individuel, faute d’une électricité stable et d'un financement coordonné dans les zones les plus touchées par les maladies transmises par les moustiques.
Quant à Steven Cheng, il travaille déjà sur une seconde version de son prototype, équipée d'un système d’imagerie thermique, de moteurs à entraînement harmonique et d'un gimbal en aluminium renforcé.