Le gouvernement britannique veut imposer à Apple et Google de bloquer les contenus à caractère sexuel sur tous les appareils utilisés par des mineurs. Signal a répondu le jour même en dénonçant une infrastructure de surveillance potentiellement incontrôlable.

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Keir Starmer a présenté ce projet le 8 juin lors du London Tech Week, en donnant aux entreprises technologiques un délai de trois mois pour agir. Passé cette échéance, une loi pourrait les y contraindre, avec des amendes et, en dernier recours, des poursuites pénales contre les dirigeants récalcitrants.

Un blocage à la source

Concrètement, il s'agit d'agir au niveau du système d'exploitation du téléphone ou de la tablette, pas du côté de la plateforme ou du réseau social. Toutes les applications seraient concernées : caméra, messageries tierces, moteurs de recherche. Le contenu serait bloqué avant même d'être capturé ou transmis. Par défaut, tous les utilisateurs mineurs seraient protégés. Les adultes pourraient déverrouiller l'accès aux contenus pour adultes via une vérification d'âge.

La technologie existe déjà. La société britannique SafeToNet a développé un logiciel appelé HarmBlock, lequel fonctionne directement sur l'appareil, en temps réel, y compris sur les flux en direct. Il bloque la capture et l'envoi de contenus explicites sans transmettre aucune donnée hors de l'application. Le gouvernement cite ce cas pour montrer que l'objectif est atteignable.

Le Home office explique qu'en 2024, 91% des signalements d'abus sexuels sur mineurs contenaient des contenus auto-générés par les victimes elles-mêmes. L'âge moyen du premier visionnage de pornographie serait de 13 ans. Apple avait déjà activé des contrôles d'âge sur iPhone, mais sans couvrir la caméra ni les applications tierces. Le gouvernement veut désormais combler ces lacunes.

Les prémices d'une surveillance de masse

Signal a publié une déclaration officielle en début de semaine. L'application ne conteste pas la nécessité de protéger les enfants, mais les moyens proposés pour atteindre cet objectif. Pour Signal, créer une infrastructure de scan généralisé, même pour un usage initial précis, revient à ouvrir une porte que les gouvernements pourront franchir pour d'autres motifs. Ce qui cible des images à caractère sexuel aujourd'hui peut être reconfiguré pour surveiller des contenus politiques demain. Signal rappelle que ce type d'élargissement est documenté historiquement.

La fondation affirme ainsi :

"L'histoire nous enseigne qu'une fois en place, ces dispositifs connaissent inévitablement une expansion autoritaire : le type de contenus et de personnes surveillés s'élargit progressivement. Nous savons également que ces outils seront utilisés pour signaler automatiquement des individus aux autorités gouvernementales. Nous avons déjà vu des forces de l'ordre réclamer des pouvoirs similaires à large spectre, particulièrement propices aux abus dans un climat politique de plus en plus fragile."

La vérification d'âge pose un problème supplémentaire. Pour accéder à du contenu légal, les adultes devront prouver leur identité. Signal y voit une contrainte imposée à l'ensemble des résidents britanniques pour exercer leur droit élémentaire à communiquer. L'organisation Big Brother Watch parle d'une "exigence d'identité numérique par une porte dérobée". Signal souligne par ailleurs que ce dispositif renforcerait la position dominante d'Apple, Google et Microsoft sur les données personnelles de leurs utilisateurs.

Signal ne menace pas de se retirer du marché britannique. L'application préconise plutôt des investissements dans l'éducation, les services sociaux et l'encadrement des plateformes d'IA - des pistes qui, selon elle, protégeraient davantage les enfants sans créer les conditions d'une surveillance incontrôlable.

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