Un fournisseur indépendant vient de mettre en route au nord du Chili un parc solaire couplé à des batteries qui restituent l’électricité après le coucher du soleil. Le pays compte 3 072 mégawatts de stockage déjà raccordés et en attend 5 400 de plus avant décembre 2026.

La nouvelle ferme de batteries, Victor Jara est située dans la région de Tarapacá, au nord du Chili, en plein désert d'Atacama - ©Contour Global
La nouvelle ferme de batteries, Victor Jara est située dans la région de Tarapacá, au nord du Chili, en plein désert d'Atacama - ©Contour Global

Le désert d’Atacama bénéficie d’un ensoleillement record sur la Planète. Le producteur indépendant d’électricité ContourGlobal a été ébloui par l’idée et a inauguré la ferme solaire Victor Jara, située dans la région de Tarapacá, au nord du Chili, en plein désert d’Atacama. Et en présence de Ximena Rincón González, ministre chilienne de l’Énergie. Adossé au fonds KKR, le site combine 231 mégawatts-crête de panneaux photovoltaïques et une batterie de 1,3 gigawattheure. Avec cet équipement, ContourGlobal délivre jusqu’à 200 mégawatts pendant 6,5 heures une fois la nuit tombée, et revendique le système de stockage utilitaire à la plus longue durée de décharge d’Amérique latine. Le chantier a coûté près de 500 millions de dollars, soit environ 460 millions d’euros.

Le soleil de jour, l’électricité de nuit

À midi, le solaire chilien produit plus d’électricité que le réseau ne sait en absorber. Faute de débouché, les opérateurs du nord doivent brider leurs centrales. Cette électricité bridée porte un nom, l’écrêtement. En 2025, le Chili a perdu 6 084 gigawattheures d’électricité renouvelable de cette manière, 7,8 % de plus qu’en 2024. Depuis 2022, les producteurs ont laissé filer 562 millions de dollars de revenus, près de 520 millions d’euros, d’après l’association ACERA. D’où la solution de la batterie. Le matin, elle stocke le surplus, puis le renvoie le soir, quand la demande augmente et que les panneaux ne produisent plus. Sans les batteries déjà en service, l’écrêtement de 2025 aurait atteint 8 térawattheures d’après ACERA, soit une hausse de 43 % au lieu des 8 % constatés. Pour vendre cette électricité de nuit, ContourGlobal a signé un contrat d’achat de quinze ans avec Copec EMOAC, l’un des premiers négociants chiliens. Sur quinze ans, le producteur sait ce qu’il touchera à chaque cycle de décharge. Dès lors, il finance la batterie auprès des banques plutôt que de l’exposer au marché de gros.

Le parc Victor Jara vient en complément d’un premier site, Quillagua, dans la région voisine d’Antofagasta. Ensemble, ils totalisent 452 mégawatts-crête de solaire et 2,5 gigawattheures de stockage. ContourGlobal exploite désormais 850 mégawatts dans le pays. Mais il n’est pas le seul. AES Andes, Engie Energía Chile et Enel Green Power Chile pilotent leurs propres projets. Plus au nord, le développeur espagnol Grenergy construit le complexe Oasis de Atacama, le plus grand projet solaire couplé au stockage au monde, où le chinois BYD fournit 3 gigawattheures de batteries.

Le solaire-stockage rivalise désormais avec une centrale à gaz neuve dans la plupart des marchés - ©EvaL Miko / Shutterstock
Le solaire-stockage rivalise désormais avec une centrale à gaz neuve dans la plupart des marchés - ©EvaL Miko / Shutterstock

Il ne manque plus qu’une ligne à haute tension pour acheminer l’énergie

La demande en électricité de nuit vient du centre de la Terre. Pour extraire le cuivre et le lithium, les mineurs chiliens font tourner leurs sites jour et nuit, et consomment énormément d’électricité. Désormais, leurs clients et les régulateurs les poussent vers une alimentation propre et prévisible. Sans parler des data centers, gros consommateurs de courant constant.

Le solaire c’est propre, illimité et bon pour la planète. Les batteries stockent l’énergie du soleil pour la restituer, certes, mais comment la transporter pour couvrir tout un pays ?

Les centrales solaires occupent le nord désertique, tandis que la consommation se concentre plus au sud. Le réseau doit donc acheminer cette électricité sur de longues distances, et la congestion des lignes reste le premier facteur d’écrêtement. Pour désengorger le nord, le Chili construit la ligne Kimal–Lo Aguirre, longue de 1 400 kilomètres. Mais elle n’entrera pas en service avant la fin de la décennie.

En dix ans, le prix des batteries a baissé d’environ 90 %. Le solaire-stockage rivalise désormais avec une centrale à gaz neuve dans la plupart des marchés. Le Coordinador Eléctrico Nacional, gestionnaire du réseau chilien, table sur 5 400 mégawatts de stockage supplémentaires d’ici décembre. Les batteries pèsent déjà près de 42 % du portefeuille de projets énergétiques du pays par capacité. Avant la fin 2026, le Chili franchira la barre des 8 400 mégawatts de stockage raccordés, de quoi le hisser parmi les tout premiers marchés mondiaux.