Un récent décret autorise EDF à moduler le prix du kilowattheure selon les heures de la journée pour un échantillon de clients au tarif réglementé. Le test se déroule jusqu'au 1er octobre 2027. Les participants n'ont rien à débourser de plus que leur tarification habituelle.

C'est officiel et ça n'a rien d'une figure de style, puisque le décret n° 2026-339 du 30 avril 2026 a été publié au Journal officiel le 5 mai dernier.
Le prix du kilowattheure pourra fluctuer selon les moments de la journée et le niveau de tension sur le réseau, plus cher lors des pics de consommation hivernaux en début de soirée et moins coûteux quand la demande faiblit ou que la production solaire est abondante.
Jusqu'ici réservé aux abonnés Tempo ou Heures Pleines/Heures Creuses, ce principe de modulation touche pour la première fois des clients en option base, ceux qui paient le même prix du kWh à toute heure.
Environ 6 600 foyers seront tirés au sort parmi les clients EDF abonnés au tarif bleu en option base, avec une puissance de 3 kVA ou 6 kVA et un compteur Linky. Ces caractéristiques sont celles d'usagers qui habitent de petits logements ou des foyers équipés d'un mode de chauffage au gaz ou au bois.
Chaque participant sera averti au moins quatre mois avant le démarrage effectif et disposera de trois mois pour refuser. La collecte de ses données s'arrêtera dans un délai maximal de cinq jours ouvrés après sa demande de sortie.
Un groupe témoin mesure l'effet réel du signal tarifaire
EDF va appliquer deux grilles tarifaires différentes, avec des heures de pointe légèrement plus chères que le prix actuel, des heures normales facturées au même tarif que la base, et des heures creuses moins chères. La protection financière est encadrée dans le décret. La facture finale de chaque participant ne pourra pas dépasser le montant qu'il aurait payé en restant sur son offre classique. EDF absorbera l'écart si un foyer ne décale pas ses usages.
À l'issue du test, EDF devra remettre un rapport d'évaluation au ministre chargé de l'Énergie et à la Commission de Régulation de l'Énergie au plus tard le 1er janvier 2028. Enedis collectera la courbe de charge des compteurs Linky par tranches de trente minutes.
L'expérimentation produit ainsi un audit comportemental financé par EDF, dont les résultats conditionneront une éventuelle extension à des millions de petits compteurs.
Les 6 600 foyers seront répartis en trois groupes de 2 200 clients, le premier sur une grille tarifaire, le second sur une autre, et le troisième en groupe témoin sans aucun signal tarifaire. Ce dernier tiers sert de base de comparaison pour garantir la pertinence scientifique des résultats. EDF mène ici une mesure d'effet causal, bien plus qu'une diffusion d'offre tarifaire. Pour que les résultats aient une valeur exploitable, il faut isoler ce qui relève du signal de prix de ce qui tient aux comportements spontanés des foyers. Sans ce troisième groupe, impossible de savoir si les 4 400 foyers exposés ont modifié leurs habitudes grâce aux variations tarifaires ou pour d'autres raisons.

EDF choisit des abonnés en 3 kVA pour savoir si même les petits consommateurs peuvent décaler leurs usages
Les programmes de flexibilité énergétique sont habituellement testés sur les gros consommateurs, foyers avec chauffage électrique, pompe à chaleur ou véhicule à recharger. Un abonné en 3 kVA, souvent locataire d'un studio chauffé au gaz, dispose a priori de peu d'appareils à décaler dans son quotidien.
Alors pourquoi EDF a changé son fusil d'épaule ?
La réponse se trouve dans le décret. L'expérimentation est en effet menée « dans le but d'analyser leur capacité à modifier leur comportement de consommation ». La CRE avait déjà identifié ce sujet dans une délibération de janvier 2025, évoquant l'intérêt d'une nouvelle option pour les clients de 3 à 6 kVA, « pour lesquels le signal HP/HC est moins adapté ».
Ce test pourrait engendrer de nouvelles offres heures creuses pour des millions de petits compteurs, à condition que les résultats soient jugés concluants.