La guerre en Iran et la fin d'une ristourne fiscale chinoise ont fait exploser les exportations solaires. Les ordres de grandeur donnent le vertige.

La Chine tire les marrons du feu après un mois de mars mouvementé du côté de l'approvisionnement énergétique. © Shutterstock
La Chine tire les marrons du feu après un mois de mars mouvementé du côté de l'approvisionnement énergétique. © Shutterstock

Pour se faire une idée de ce que représentent 68 gigawatts, il suffit de regarder l'Espagne. C'est un pays ensoleillé, engagé depuis des années dans le photovoltaïque, et il lui a fallu plus d'une décennie pour installer l'équivalent de cette capacité sur son territoire. La Chine, elle, a exporté autant en 31 jours. Le think tank Ember, qui a analysé les données douanières chinoises de mars 2026, ne mâche pas ses mots : les volumes sont « absolument gigantesques ». Depuis le 28 février, la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran a fait bondir les cours du pétrole et mis sous tension l'ensemble des chaînes d'approvisionnement énergétiques. Et quand le pétrole flambe, le solaire accélère.

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Deux accélérateurs, pas un seul

La guerre en Iran n'explique cependant pas tout, et c'est là que l'histoire devient intéressante. Le 1er avril 2026, la Chine a supprimé une ristourne fiscale à l'exportation sur les panneaux solaires, ajoutant 9 % au prix des modules. Résultat : les acheteurs du monde entier ont anticipé leurs commandes pour profiter des derniers tarifs avantageux, un phénomène classique (quiconque a déjà fait le plein la veille d'une hausse annoncée connaît le mécanisme). Le record de mars résulte de la collision entre ces deux accélérateurs, l'un géopolitique, l'autre fiscal.

Côté géographique, les régions les plus dépendantes des hydrocarbures du Moyen-Orient ont absorbé l'essentiel de la hausse. Les exportations vers l'Afrique ont bondi de 176 % par rapport à février pour atteindre 10 GW, avec des records absolus au Nigeria (+519 %), au Kenya (+207 %) et en Éthiopie (+391 %). Trois pays qui ont chacun importé plus d'un gigawatt de technologie solaire en un seul mois pour la première fois de leur histoire. Les exportations vers l'Asie ont doublé pour atteindre 39 GW, tirées par l'Inde. Au total, 50 pays ont battu leur record historique d'importation solaire chinoise en mars, et 60 autres ont atteint leur plus haut niveau en six mois.

Les États-Unis prévoient en deux ans ce que la Chine exporte en un mois

Remettons les chiffres en perspective, parce qu'ils sont du genre à échapper au radar du débat public. Les États-Unis prévoient d'installer environ 70 GW de capacité solaire sur l'ensemble des années 2026 et 2027 combinées. La Chine a expédié autant en un mois. Porté justement par la Chine, le solaire poursuivait déjà une croissance record en 2025. La crise iranienne accélère un mouvement déjà lancé, et les batteries suivent le même chemin : les exportations chinoises de batteries ont grimpé de 44 % en mars pour atteindre 10 milliards de dollars.

Les exportations chinoises de cellules et de wafers ont dépassé celles de panneaux assemblés depuis octobre 2025. En mars, elles représentaient 36 GW contre 32 GW pour les modules finis. De nombreux pays d'Asie et d'Afrique ne se contentent plus d'acheter des panneaux clé en main et importent les composants pour assembler eux-mêmes.

Les fabricants solaires chinois eux-mêmes estiment toutefois que cette demande liée à la guerre ne suffira pas à absorber la surcapacité chronique du secteur. Plus de 40 entreprises solaires ont quitté le marché ces dernières années. Et tant que les négociations entre Washington et Téhéran piétinent, personne ne sait si mars 2026 marquera le début d'un nouveau régime énergétique ou un pic que la géopolitique pourrait refermer aussi vite qu'elle l'a ouvert.