La Plateforme des données de santé s'apprête à tourner la page Microsoft après avoir choisi Scaleway, du groupe Iliad, pour héberger les données médicales de millions de Français. Une décision historique pour la souveraineté numérique.

Les données médicales des Français vont très vite quitter Microsoft pour un cloud souverain français. © MillaF / Shutterstock
Les données médicales des Français vont très vite quitter Microsoft pour un cloud souverain français. © MillaF / Shutterstock

Ce jeudi 23 avril 2026, Scaleway a été choisi pour devenir le futur gardien numérique de la Plateforme des données de santé (PDS), autrement dit, l'endroit où seront stockées et sécurisées les informations médicales de millions de Français, que l'on appelle aussi parfois le Health Data Hub. Une nouvelle qui met fin à des années de polémique autour de Microsoft, et qui prouve qu'une alternative cloud européenne, indépendante des géants américains, existe vraiment. On rappelle que Scaleway est une filiale du groupe Iliad, propriétaire de Free notamment, aux mains de Xavier Niel.

Microsoft et les données de santé françaises, une polémique qui prend fin avec Scaleway

Pendant des années, le Health Data Hub a cristallisé toutes les tensions autour de la protection des données médicales françaises. Confier ces informations ultra-sensibles à Microsoft avait mis le feu aux poudres. Et si les autorités américaines réclamaient un accès à ces données, malgré leur hébergement sur sol français ?

Le 20 mars dernier, le Conseil d'État avait pourtant tranché en faveur du statu quo, rejetant les recours de plusieurs associations, dont la Ligue des droits de l'homme et Interhop. Que ce soit sur la pseudonymisation des données, les clauses contractuelles strictes ou les audits réguliers de Microsoft Ireland, les garanties avaient convaincu les juges de la plus haute autorité administrative française. Mais le dispositif était affiché comme transitoire dès le départ, un nouveau « prestataire » devant être trouvé pour 2027.

La suite, sans mauvais jeu de mots, vient justement d'être officialisée. À l'issue d'un processus de sélection couvrant plus de 350 critères techniques (sécurité, résilience, performance, capacité à opérer à grande échelle), c'est donc le Français Scaleway qui a décroché le contrat dans un cadre strictement européen.

Le Français Scaleway a été choisi pour héberger les données de santé des citoyens. © Axel Reghis / Shutterstock
Le Français Scaleway a été choisi pour héberger les données de santé des citoyens. © Axel Reghis / Shutterstock

Pourquoi Scaleway a convaincu là où d'autres solutions souveraines ont échoué

Ce qui a fait pencher la balance, c'est, on schématise, la vraie indépendance. Car toutes les solutions dites « souveraines » ne se valent pas. S3NS, par exemple, est certes une entreprise française, mais elle reste une coentreprise entre Thales et Google, autrement dit, un pied en Europe, un pied aux États-Unis. Scaleway, lui, maîtrise l'ensemble de sa technologie en interne, sans dépendre d'aucun acteur étranger. C'est précisément cette garantie d'autonomie totale que la Plateforme des données de santé recherchait.

Depuis 2021, l'État français applique une règle simple baptisée « Cloud au centre » : tout nouveau projet numérique des administrations doit obligatoirement passer par le cloud, et de préférence un cloud européen. En 2025, cette politique a généré 84 millions d'euros de commandes, en hausse de 62 %, avec 99 % des projets confiés à des fournisseurs européens. Scaleway en est l'un des grands bénéficiaires puisque quelques jours avant cette annonce, la Commission européenne l'avait déjà retenu dans le cadre d'un appel d'offres cloud souverain de 180 millions d'euros.

Pour Damien Lucas, le directeur général de Scaleway, ce contrat est comparable à un message adressé à toute une industrie. « Une alternative européenne crédible et compétitive existe », déclare-t-il aujourd'hui. En d'autres termes, il n'est plus nécessaire de se tourner vers les Amazon, Microsoft ou Google pour disposer d'un cloud performant et sécurisé. Sur ce point, les faits semblent lui donner raison.