Depuis le 20 juin 2025, les smartphones vendus en Europe doivent respecter les nouvelles règles d'écoconception de l'UE. Entre une batterie durable, les pièces détachées disponibles sept ans ou le score de réparabilité affiché sur l'étiquette cette règlementation devait être une petite révolution. Mais en pratique, plusieurs fabricants ont déjà trouvé comment cocher les cases sans toucher à leur design ni leurs habitudes.

En 2027, le règlement (UE) 2023/1542 sur les batteries imposera que les batteries portables soient retirables et remplaçables sans outil propriétaire, sans colle agressive ni chaleur, par un utilisateur ordinaire sans compétence particulière - ©Kaspars Grinvalds / Shutterstock
En 2027, le règlement (UE) 2023/1542 sur les batteries imposera que les batteries portables soient retirables et remplaçables sans outil propriétaire, sans colle agressive ni chaleur, par un utilisateur ordinaire sans compétence particulière - ©Kaspars Grinvalds / Shutterstock

Deux textes distincts régissent aujourd'hui les smartphones sur le marché européen. Le règlement (UE) 2023/1670, en vigueur depuis juin 2025, encadre l'écoconception : durabilité de la batterie, démontabilité, mises à jour logicielles pendant cinq ans, disponibilité des pièces de rechange pendant sept ans après la fin de commercialisation.

Le règlement (UE) 2023/1542 sur les batteries ira plus loin dès le 18 février 2027 en imposant que les batteries portables soient retirables et remplaçables sans outil propriétaire, sans colle agressive ni chaleur, par un utilisateur ordinaire sans compétence particulière.

La porte de sortie pour les modèles premium

Mais tous les appareils ne seront pas logés à la même enseigne. Le règlement 2023/1670 fait bien la part des choses.

Dans un cas, un « profane », comprenez Monsieur tout-le-monde, doit pouvoir remplacer lui-même la batterie de son smartphone ou le faire faire par un « non-spécialiste » avec des notions de réparation de base. Dans ce second cas, la batterie et le dispositif doivent également satisfaire à des exigences de durabilité plus strictes.

Et les constructeurs profitent de cette situation bien précise pour établir leurs propre lecture du règlement européen. Ils parient sur une durabilité supérieure de leur appareil plutôt que sur la réparabilité par l'utilisateur. Grâce à cela, ils peuvent par exemple maintenir des châssis scellés et un design « premium » tout en respectant la loi à la lettre.

Notre confrère GenerationNT rappelle qu'Apple certifie déjà ses iPhones récents IP68 et communique officiellement sur 1 000 cycles de batterie, les deux critères qui l'exonèrent. Ces modèles n'auront probablement aucune modification de design à apporter.

Le règlement interdit formellement l'usage de logiciels pour entraver le remplacement d'une batterie par une batterie compatible - ©Raja GamerXTC / Shutterstock
Le règlement interdit formellement l'usage de logiciels pour entraver le remplacement d'une batterie par une batterie compatible - ©Raja GamerXTC / Shutterstock

Un score de réparabilité affiché, mais calculé comment ?

Il y a une petite coquetterie qui se cache dans l'étiquette énergétique obligatoire depuis juin 2025.

Chaque smartphone affiche désormais un score de réparabilité, de A à E. Mais ce score se décompose en six paramètres, consultables pour chaque modèle sur le registre européen EPREL. Un fabricant peut décrocher un bon score global en excellant sur certains critères, prix raisonnable des pièces de rechange ou accès aux logiciels de diagnostic, mais être totalement nul en démontage ou remontage, ce qui est souvent le plus scruté.

Le règlement interdit formellement l'usage de logiciels pour entraver le remplacement d'une batterie par une batterie compatible. Pourtant, les notifications informant le consommateur qu'une batterie de rechange non originale est utilisée restent autorisées, à condition qu'elles n'affectent pas les fonctionnalités de l'appareil.

Autrement dit, un fabricant peut afficher un message d'alerte sans bloquer quoi que ce soit techniquement, et l'utilisateur peut hésiter à franchir le pas malgré tout.

Les changements seront surtout notables sur l'entrée et le milieu de gamme.

La soudure et la colle agressive, très répandues aujourd'hui pour maintenir les batteries en place, devront disparaître des appareils vendus en Europe. Les fabricants devront fournir les pièces détachées critiques pendant sept ans après l'arrêt de la commercialisation d'un modèle.

Selon les projections de la Commission, les consommateurs européens économiseront ainsi 20 milliards d'euros sur leurs achats d'ici 2030. À noter que ce règlement concerne les smartphones, téléphones mobiles, sans fil et tablettes.

Foire aux questionsContenu généré par l’IA
Que signifie exactement « disponibilité des pièces détachées pendant 7 ans » pour un smartphone vendu dans l’Union européenne ?

L’obligation porte sur la mise à disposition de pièces dites « critiques » pendant sept ans après la fin de mise sur le marché du modèle, pas forcément sept ans après l’achat. Cela implique que le fabricant doit pouvoir fournir ces pièces (et souvent la documentation associée) via des canaux définis, à des délais encadrés. Le texte vise surtout à éviter l’obsolescence par rupture d’approvisionnement, même si la liste des pièces concernées et les conditions peuvent varier selon les catégories. En pratique, cette exigence peut améliorer la réparabilité, mais ne garantit pas à elle seule une réparation simple si l’appareil reste très difficile à démonter.

Quelle est la différence entre « batterie durable » et « batterie remplaçable par l’utilisateur » dans les règles européennes ?

Une batterie « durable » renvoie à des critères de longévité et de performance dans le temps, typiquement évalués via des cycles de charge/décharge et le maintien de capacité. Une batterie « remplaçable par l’utilisateur » relève plutôt de l’architecture produit : accès à la batterie, type de fixations, absence de colle agressive et d’outils propriétaires, et procédure réalisable par une personne non spécialiste. Les règles d’écoconception peuvent permettre à un constructeur de privilégier la durabilité mesurée pour éviter d’imposer un design facilement ouvrable. À partir de 2027, la réglementation batteries renforce au contraire l’exigence de remplaçabilité “pratique”, en visant explicitement l’intervention d’un utilisateur ordinaire.

À quoi correspond le score de réparabilité (A à E) affiché sur l’étiquette énergétique, et où voir son détail ?

Le score de réparabilité est une note synthétique calculée à partir de plusieurs critères, et pas uniquement la facilité de démontage/remontage. Il agrège notamment des éléments comme l’accès aux informations de réparation, la disponibilité et le prix des pièces, ou encore la disponibilité d’outils/logiciels de diagnostic. Le détail des sous-scores peut être consulté dans la base européenne EPREL, modèle par modèle, ce qui permet de comprendre ce qui “fait” la note. Résultat : un appareil peut obtenir une bonne note globale tout en restant pénible à ouvrir, si d’autres critères compensent fortement.