Le PDG de Siemens, Roland Busch, a averti depuis la foire de Hanovre que l'AI Act et le Data Act européens pousseraient le groupe à investir massivement dans l'IA industrielle aux États-Unis plutôt qu'en Europe.

Un milliard d'euros. C'est le budget que Siemens prévoit d'injecter dans l'intelligence artificielle industrielle, et l'essentiel risque fort de prendre la direction des États-Unis, plutôt que celle de l'Europe. Roland Busch, le PDG du groupe munichois, n'a pas mâché ses mots depuis la foire de Hanovre, qui a lieu cette semaine. D'après le dirigeant, sans réforme sérieuse des textes européens, le continent perdra la course à l'IA. Un avertissement en bonne et due forme, relayé par nos confrères de Bloomberg.
Le patron de Siemens très critique envers la réglementation européenne sur l'intelligence artificielle
Depuis la foire de Hanovre, Roland Busch n'a pas tourné autour du pot ni ronchonné dans son coin. Le patron du géant industriel Siemens s'en est pris directement à l'AI Act et au Data Act, les deux grands textes européens sur l'intelligence artificielle et les données, qu'il accuse de traiter une chaîne de production exactement comme une appli de rencontres ou un réseau social. Une aberration selon lui, pour un groupe qui mise tout sur l'automatisation de ses usines.
Ce qui énerve vraiment Busch, c'est l'amalgame entre données personnelles et données industrielles. Pour lui, une machine-outil qui génère des données de fonctionnement n'a strictement rien à voir avec un smartphone qui collecte vos habitudes de consommation. « C'est du pur non-sens de traiter les données industrielles et de machines de la même façon que les données personnelles », a-t-il tranché. D'autant que les industriels sont déjà tenus de respecter le Règlement européen sur les machines, un texte qui les oblige à anticiper et encadrer les risques liés aux systèmes automatisés. Leur ajouter l'AI Act par-dessus, c'est, d'après le boss de Siemens, une couche de trop.
La Commission européenne avait bien tenté de calmer le jeu en novembre dernier, en proposant entre autres de repousser de 16 mois l'entrée en vigueur de certaines règles sur les systèmes d'IA jugés à haut risque. Trop peu, trop tard, répond Roland Busch, qui n'y voit qu'un replâtrage. Et il n'est pas seul de cet avis : le chancelier allemand Friedrich Merz a lui aussi pris la parole depuis Hanovre, réclamant qu'on sorte l'IA industrielle de ce qu'il a appelé le « carcan réglementaire » imposé par Bruxelles.
Siemens lance un agent IA industriel autonome et vise 50 % de productivité en plus
Et pendant que l'Europe débat de ses textes, Siemens avance. Depuis Hanovre, le groupe a dévoilé l'Eigen Engineering Agent, l'un des tout premiers systèmes d'IA commerciaux conçus pour travailler seul dans un environnement industriel. Concrètement, là où un logiciel classique attend qu'un ingénieur lui donne des instructions, cet agent identifie ce qu'il y a à faire, écrit le code nécessaire, configure les équipements et contrôle lui-même ses résultats. Tout ça en autonomie.
Siemens annonce des gains de productivité qui peuvent atteindre 50 % grâce à cet agent. Et Siemens le rappelle volontiers, l'IA industrielle, ce n'est pas un chatbot. Les exigences de précision et de fiabilité y sont sans commune mesure avec les usages grand public, ce qui rend le défi technologique d'autant plus sérieux… et la valeur ajoutée d'autant plus réelle.
Il est à noter que ce lancement nourrit une transformation entamée il y a près de vingt ans chez le mastodonte allemand. Siemens a posé les premières pierres de son virage numérique en 2007 avec le rachat d'UGS Corp, un spécialiste du logiciel industriel. Sous la direction de Roland Busch, le groupe a ensuite mis le turbo en acquérant Altair et Dotmatics pour environ 15 milliards de dollars au total. Le logiciel pèse aujourd'hui plus d'un tiers des revenus de sa division numérique, et Siemens chercherait même à faire de nouvelles acquisitions.