SiFive vient de lever 400 millions de dollars avec NVIDIA parmi les investisseurs. La start-up ne fabrique aucun processeur. Elle vend les plans pour en construire. Et les géants de l'IA font la queue.

3,65 milliards pour un vendeur de plans de puces : SiFive parie que l'ère du CPU sur étagère est terminée. © SiFive
3,65 milliards pour un vendeur de plans de puces : SiFive parie que l'ère du CPU sur étagère est terminée. © SiFive

Le modèle ressemble à celui d'ARM à ses débuts : concevoir des architectures de processeurs, les licencier, ne jamais produire soi-même. SiFive, fondée en 2015 par les ingénieurs de Berkeley qui ont créé l'architecture ouverte RISC-V, vient de boucler un tour de table de 400 millions de dollars en série G. La valorisation atteint 3,65 milliards.

La liste des investisseurs raconte l'histoire. NVIDIA figure aux côtés d'Apollo Global Management, Point72, T. Rowe Price et Atreides Management. Quatre ans après l'échec du rachat d'ARM pour 40 milliards, NVIDIA finance un concurrent direct de son propre partenaire.

Les hyperscalers ne veulent plus de processeurs génériques

Le message est clair : les acheteurs de puces IA ne veulent plus de CPU « sur étagère ». Google conçoit ses TPU avec Broadcom depuis 2016. Meta développe ses accélérateurs MTIA. OpenAI a signé un contrat de 10 milliards avec Broadcom pour son propre silicium. Anthropic prévoit 3,5 gigawatts de capacité de calcul sur puces Broadcom d'ici 2027.

Le paradoxe, c'est que Broadcom lui-même doute de la capacité de ses clients à s'en passer. Lors de ses résultats du premier trimestre 2026, son PDG Hock Tan a été catégorique. Concevoir une puce dans un labo, tout le monde sait faire. Attirer les talents, organiser la production, maîtriser le packaging, câbler le tout à grande échelle : c'est une autre affaire. Tan ne voit aucun hyperscaler y parvenir seul « avant de nombreuses années ».

SiFive se positionne exactement dans cet interstice. L'entreprise fournit les briques de conception, le client assemble le processeur adapté à ses besoins. Plus de 500 designs intègrent déjà ses cœurs. Plus de 10 milliards de cœurs RISC-V SiFive ont été livrés à ce jour. Le tout sur une architecture ouverte, sans royalties, contrairement à ARM.

NVIDIA joue les chevaux de Troie dans l'écosystème ouvert

L'investissement de NVIDIA n'est pas philanthropique. En janvier 2026, SiFive a annoncé l'intégration de NVLink Fusion, l'interconnexion haut débit propriétaire de NVIDIA. Les CPU RISC-V de SiFive peuvent désormais communiquer directement avec les GPU NVIDIA à très haute bande passante. CUDA, la plateforme logicielle de NVIDIA, a été portée sur RISC-V. Red Hat et Ubuntu ont suivi.

Pendant qu'Intel et AMD tentent de concurrencer ses GPU, NVIDIA s'infiltre dans les écosystèmes ouverts pour y rester indispensable. Peu importe le CPU choisi par le client, x86, ARM ou RISC-V : tant que les GPU NVIDIA restent au centre du rack, l'écosystème tient. SiFive ne menace pas NVIDIA. SiFive étend sa surface d'influence.

Le marché du CPU datacenter se joue désormais à quatre : x86, ARM propriétaire, RISC-V ouvert, et les ASIC sur mesure de Broadcom. Intel avait tenté de racheter SiFive pour 2 milliards en 2021. L'entreprise vaut aujourd'hui presque le double, et ce n'est plus Intel qui investit.

Pour un fabricant de plans sans usine, 3,65 milliards de valorisation, c'est le prix que l'industrie met sur une conviction : le datacenter IA de demain ne ressemblera pas à celui d'hier.