Le succès commercial du MacBook Neo pourrait bientôt poser problème à Apple. En attendant, il place la firme devant un dilemme industriel majeur, qui pourrait contraindre la marque à réduire ses marges… ou à augmenter le prix de l'appareil. On vous explique pourquoi.

Le MacBook Neo est un carton. Moins d'un mois après son lancement, le petit ordinateur portable à prix contenu d'Apple fait recette, dépassant même allègrement les prévisions initiales du groupe. Tim Cook s'en est d'ailleurs récemment félicité, évoquant « la meilleure semaine de lancement jamais enregistrée auprès des nouveaux utilisateurs de Mac ». Une petite phrase qui confirme que l'appareil a pleinement atteint sa cible : les consommateurs qui auraient, sans lui, acheté un PC portable Windows abordable.
La botte secrète d'Apple : des puces « binned »
Pour parvenir à commercialiser un MacBook à moins de 700 euros, et atteindre ce public, Apple a toutefois fait plus que se livrer aux quelques arbitrages techniques évoqués en détail dans notre test du MacBook Neo. La marque a en effet exploité des puces A18 Pro déclassées, mises de côté car de qualité inférieure à celles utilisées il y a deux ans pour les iPhone 16 Pro.
Ces puces, surnommées « binned » dans le jargon industriel, sont le résultat normal du procédé de fabrication des semi-conducteurs employé, dans le cas présent par TSMC, mais que l'on retrouve chez les autres fondeurs, comme Intel ou Samsung.
Loin d'être une science exacte, la gravure des semi-conducteurs aboutit dans certains cas à des défauts de fabrication. Une puce peut ainsi sortir d'usine avec un ou plusieurs cœurs en moins que ce qui était normalement prévu. Ces dernières sont alors déclassées, parfois détruites, mais souvent réutilisées au sein d'une gamme de produits inférieure. Car après tout, elles restent la plupart du temps parfaitement fonctionnelles. Il leur manque simplement un petit quelque chose pour atteindre les spécifications techniques ou le standard de qualité initialement visé.

Le MacBook Neo se vend, en fait, presque « trop » bien
C'est exactement le cas des puces A18 Pro employées par le MacBook Neo. Fabriquées initialement pour l'iPhone 16 Pro, ces dernières sont sorties des usines de TSMC non pas avec les 6 cœurs GPU voulus pour l'ancien iPhone haut de gamme d'Apple… mais avec 5 cœurs GPU seulement.
C'est la raison pour laquelle l'A18 Pro du MacBook Neo est légèrement moins performant sur le plan graphique que l'A18 Pro logé dans les anciens iPhone 16 Pro. Et c'est aussi pour cela que le MacBook Neo coûte peu cher à produire : Apple y installe des puces qui auraient autrement été mises au rebut.
Pour forcer le trait, et le dire de manière très caricaturale, le MacBook Neo utilise en quelque sorte des « déchets de fabrication » de l'iPhone 16 Pro. Sauf que voilà, ces fameuses puces « binned », très utiles au bout du compte, viennent à manquer… car le MacBook Neo se vend trop bien.
Derrière le succès… un dilemme
Dans la dernière édition de sa newsletter Culpium, le journaliste Tim Culpan (ancien de chez Bloomberg basé à Taïwan) explique que le projet initial d'Apple était de faire fabriquer environ cinq à six millions d'unités du MacBook Neo… avant d'arrêter la production de ce premier modèle pour mieux travailler au lancement d'un nouveau modèle équipé cette fois de puces A19 Pro, « binned » là aussi.
Une stratégie contrariée par le succès commercial du MacBook Neo. En l'état, la demande serait si forte qu'Apple pourrait manquer de puces A18 Pro pour équiper son actuel MacBook Neo… et ce avant que la deuxième génération de l'appareil ne soit prête à prendre le relai. Pour éviter de se heurter trop vite à des ruptures de stocks, Apple pourrait donc être contraint de prendre une décision qui nuirait à ses marges : payer une prime substantielle à TSMC pour l'encourager à relancer la production de puces A18 Pro malgré la saturation complète de ses lignes de production N3E (3 nm).
Tim Culpan explique qu'Apple réfléchirait alternativement à réaffecter une partie de sa production de puces prévue pour d'autres appareils, afin de relancer plus facilement la fabrication de SoC A18 Pro… qu'il castrerait après coup pour les limiter à 5 cœurs GPU. Cette approche éviterait d'engorger un peu plus encore les chaînes de production de TSMC, mais aurait pour conséquence de pénaliser la disponibilité d'autres appareils Apple.
Un dilemme que la firme n'avait visiblement pas vu venir, signe que le succès d'un produit peut aussi conduire à des tracas. Dans tous les cas, le géant de Cupertino risque d'être contraint de rogner sur ses marges pour le MacBook Neo, ou d'augmenter son prix. La première piste semble toutefois privilégiée, ne serait-ce que pour continuer de positionner le petit Neo comme un redoutable produit d'appel vers l'environnement macOS et l'écosystème fermé de la marque à la pomme.