Un dirigeant concède publiquement que le MacBook Neo à 699 € secoue toute l'industrie des PC. Puis il tente de le dévaloriser. Ce double discours trahit une industrie qui ne sait pas encore comment répondre.

Cette semaine, Apple lance son MacBook Neo à 699 €, ravivant le souvenir du MacBook 12 pouces abandonné en 2019. La machine embarque une puce A18 Pro, la même que dans l'iPhone 16 Pro, et surpasse jusqu'à 50% les PC équipés des derniers Intel Core Ultra 5. C'est Nick Wu, directeur financier d'ASUS, qui a mis des mots sur ce que toute l'industrie ressent : ce tarif est « un choc ».
ASUS admet l'inconfort, mais nuance en façade
Lors d'un appel aux investisseurs, Nick Wu a qualifié le MacBook Neo de « choc » pour l'ensemble du secteur. Sa première réaction ? Rassurer les marchés en relativisant la menace. Selon lui, la machine n'est qu'un appareil de « consommation de contenu, comme une tablette », bridé par ses 8 Go de mémoire vive. Les tests indépendants racontent une autre histoire : montage 4K sous DaVinci Resolve, retouche photo sous Lightroom, navigation multi-onglets sans accroc. L'argumentaire s'effondre avant même d'avoir convaincu.
Wu a quand même reconnu que l'ensemble du secteur, Microsoft, Intel, AMD et les fabricants de PC, prend la menace « très au sérieux » et prépare des réponses. Ce qui ressemble à une mobilisation collective masque en réalité une difficulté structurelle que le CFO d'ASUS n'a pas mentionnée.
Pourquoi une riposte crédible restera difficile
Apple possède un avantage que ses concurrents ne peuvent pas simplement acheter : la maîtrise totale de sa chaîne, du silicium au système d'exploitation. La puce A18 Pro n'est pas commandée sur catalogue ; elle est conçue en interne, calibrée pour macOS, produite à des volumes qui absorbent les coûts de développement sur des centaines de millions d'appareils. ASUS, Lenovo ou HP assemblent des composants achetés à des tiers, sur un marché désormais en pleine surchauffe.
Car la pénurie de mémoire aggrave le problème. Selon TrendForce, les contrats DRAM pour PC ont plus que doublé au premier trimestre 2026. DDR5 est en rupture et les délais de livraison s'allongent. SK Hynix, Samsung et Micron réorientent leurs capacités vers les centres de données dopés à l'intelligence artificielle. Les grands constructeurs PC, dont ASUS, ont déjà prévenu leurs investisseurs de hausses de prix de 15 à 20% en seconde partie d'année. Proposer un PC Windows compétitif à 599 dollars dans ce contexte relève de l'équation impossible.
Il existe pourtant un écosystème qui pourrait tirer son épingle du jeu : les Chromebooks. Google prépare AluminiumOS, un système hybride qui fusionne ChromeOS et Android autour de Gemini, avec le soutien de Qualcomm et de ses puces Snapdragon X. La promesse : des machines ARM à prix contenu, capables de faire tourner des modèles d'IA en local. Mais même Google exige désormais 16 Go de RAM minimum pour AluminiumOS. Dans un contexte de flambée des prix mémoire, les tarifs pourraient bien grimper avant que la riposte ne prenne forme.