La mémoire n'est plus la seule menace. Un métal méconnu, dont la Chine contrôle 98 % de la production mondiale, vient s'ajouter à l'équation. Et cette fois, la facture pourrait toucher bien plus que les barrettes de RAM.

Vous pensiez que la pénurie de DRAM et de NAND suffisait à plomber le marché du PC ? Détrompez-vous. Comme le rapporte Digital Trends, le prix du gallium a atteint environ 2 100 dollars le kilogramme début mars 2026, soit plus du double de son niveau début 2025. Ce métal, sous-produit du raffinage de la bauxite et du zinc, est un composant clé des semi-conducteurs dits « composés ». Et son envolée tarifaire pourrait se répercuter, à terme, sur le prix de nos appareils électroniques.
Ce métal invisible qui fait tourner vos appareils
Le gallium n'apparaît sur aucune fiche technique de PC portable. Pourtant, il est partout. Sous forme d'arséniure de gallium (GaAs), il équipe les modules radiofréquences de nos smartphones et les antennes 5G. Sous forme de nitrure de gallium (GaN), il équipe les chargeurs compacts, les LED et les convertisseurs de puissance. On le retrouve aussi dans les véhicules électriques et les composants haute fréquence des datacenters. Bref, chaque appareil connecté lui doit une part de son fonctionnement.
Le problème tient en un chiffre : 98 % de la production mondiale de gallium brut provient de Chine. Pékin a déjà imposé des restrictions d'exportation sur ce matériau et le germanium dès 2023. Une mesure prise dans le cadre de la guerre des semi-conducteurs qui l'oppose à Washington. Les tensions géopolitiques actuelles, notamment au Moyen-Orient, ajoutent une couche d'incertitude logistique sur l'ensemble des métaux industriels. DigiTimes signale d'ailleurs que le tungstène, le tantale et le molybdène, eux aussi utilisés dans la fabrication de puces, connaissent des hausses comparables.
Deux crises, une seule facture
Face à la flambée du gallium, les fabricants de puces ont trois options : absorber la hausse, repenser leurs composants ou répercuter les coûts. Dans la majorité des cas, c'est la troisième voie qui l'emporte, avec un effet domino du fournisseur de wafers jusqu'au constructeur de PC. Le timing est cruel. Cette pression sur les matériaux s'ajoute à la crise de la RAM qui menace déjà les PC d'entrée de gamme, avec des prix de DRAM en hausse de plus de 100 % sur un trimestre. Le consommateur se retrouve pris en tenaille entre deux crises distinctes, mais convergentes.
D'autres matériaux critiques pourraient suivre la même trajectoire par effet de bord. Le germanium, indispensable aux fibres optiques et à la vision nocturne, est soumis aux mêmes restrictions chinoises. Le carbure de silicium (SiC), concurrent du GaN dans l'électronique de puissance, dépend lui aussi de chaînes d'approvisionnement sous tension. Chaque maillon fragile peut, à tout moment, devenir le prochain goulot d'étranglement.
Les hausses de prix ne seront sans doute pas immédiates en boutique : les stocks existants et les contrats en cours offrent un tampon de quelques mois. Mais si la tendance se confirme, le second semestre 2026 pourrait marquer le début d'une nouvelle ère tarifaire pour l'électronique grand public.
Le gallium rejoint la RAM au rang des matériaux que le grand public ignorait, mais dont il paiera bientôt le prix.