Trois-cents millions. Ce n’est pas le nombre d’écoutes du dernier tube de l’été, mais la quantité astronomique de comptes SoundCloud dont les données circulent désormais librement. Une fuite massive qui transforme vos simples habitudes d'écoute en un potentiel cauchemar de cybersécurité.

Soundcloud © Shutterstock
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Les alertes de Troy Hunt, le fondateur du célèbre site Have I Been Pwned, ont souvent l’effet d’une douche froide pour l'industrie, mais celle-ci ressemble davantage à un bain glacé. Ce n’est pas une faille de sécurité classique où un serveur a été forcé par des attaquants encagoulés, mais une agrégation massive de données qui dormait probablement depuis un moment avant de refaire surface. SoundCloud, pilier historique du streaming audio, se retrouve aujourd’hui sous les projecteurs pour des raisons dont la plateforme se serait bien passée. Pour comprendre la gravité de la situation, il ne faut pas regarder ce qui a été volé, mais comment cela a été collecté.

Une hémorragie de données à l'échelle industrielle

Le chiffre donne le vertige : 298 millions d'enregistrements. C’est le volume exact que contient cette base de données fraîchement indexée par le service de surveillance des fuites. Concrètement, cela signifie qu'une portion gigantesque de la base utilisateurs de SoundCloud a été siphonnée. Contrairement à une attaque par rançongiciel qui bloque les systèmes internes d'une entreprise, ici, c’est l’aspiration méthodique de tout ce qui était visible qui pose problème. On parle de scraping, cette technique qui consiste à utiliser des bots pour copier automatiquement les informations publiques des profils.

SoundCloud
  • Accès direct pour artistes
  • Découverte d'émergents
  • Fonctions sociales intégrées
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La nuance est importante, mais le résultat est le même pour l'utilisateur final. Les données incluent des identifiants uniques et potentiellement des informations de profil associées qui, une fois agrégées, permettent de lier une identité numérique à une adresse email ou un pseudonyme utilisé ailleurs. Si la plateforme pourrait être tentée de minimiser l'impact en arguant qu'il s'agit de « données publiques », la réalité technique est bien plus sombre. L'agrégation permet de croiser des identifiants et des métadonnées temporelles pour dresser un portrait robot effrayant de précision.

Le mythe de la donnée publique inoffensive

Il faut arrêter de se voiler la face sur la nature réelle de ces incidents de scraping. Dire que ces données étaient « accessibles à tous » est une défense juridique commode, pas une réalité technique acceptable en 2026. Ce n’est pas un simple vol opportuniste, c’est une cartographie comportementale offerte sur un plateau aux acteurs malveillants. Pour les pirates, cette base est une mine d’or pour affiner leurs campagnes de phishing ciblé. En connaissant vos goûts musicaux, vos interactions et la date de création de votre compte, un attaquant ne tire plus à l'aveugle : il possède le contexte nécessaire pour vous tromper.

SoundCloud paie ici le prix d’une protection contre les bots probablement trop laxe par le passé, une négligence qui coûte cher à la confiance des utilisateurs. Cela rappelle étrangement les déboires d'autres géants sociaux qui ont vu leurs annuaires pillés de la même manière. Le danger ne réside pas dans la perte d'un mot de passe — qui n'est généralement pas inclus dans ce type de scraping — mais dans la permanence de l'exposition. On peut changer un code d'accès, mais on change difficilement l'historique de son identité numérique. Cette affaire démontre que dans l'économie de l'attention, votre profil utilisateur vaut souvent bien plus cher sur le marché noir que le prix de votre abonnement mensuel.