D'après des sources industrielles concordantes, NVIDIA envisagerait sérieusement de confier une partie de la production de ses GPU de génération « Feynman » à Intel Foundry d'ici 2028. Un virage stratégique qui marquerait la fin de l'exclusivité de TSMC et la validation tant attendue des ambitions de fondeur d'Intel.

C’est une image qui aurait fait sourire n’importe quel analyste il y a encore cinq ans : Jensen Huang, l’homme au blouson de cuir, toquant à la porte de Pat Gelsinger pour faire fabriquer ses puces. Pourtant, en ce début d'année 2026, la fiction semble rattraper la réalité. Alors que la guerre des semi-conducteurs redessine les cartes géopolitiques et technologiques, une fuite issue des chaînes d'approvisionnement taïwanaises, relayée notamment par DigiTimes, indique que le caméléon de Santa Clara préparerait un basculement historique.
NVIDIA, qui règne sans partage sur l'IA et le gaming, pourrait diversifier sa production en s'appuyant sur les usines de son rival historique, Intel. Loin d'être anecdotique, ce mouvement concernerait la mystérieuse architecture « Feynman », prévue pour succéder à Rubin en 2028.
Le projet Feynman : une architecture hybride pour 2028
Si l'information se confirme, l'année 2028 ne marquera pas seulement l'arrivée d'une nouvelle génération de GPU, mais l'avènement d'une production morcelée et stratégique. Selon les bruits de couloir insistants du côté de Taiwan, l'architecture « Feynman » — un hommage probable au physicien Richard Feynman — ne serait pas intégralement fondue par Intel. NVIDIA opterait pour une approche « multi-foundry » prudente. Le compute die (la partie qui effectue les calculs bruts), resterait la chasse gardée de TSMC, probablement gravé via le futur procédé A16 (1,6 nm) du géant taïwanais.

C'est sur les composants périphériques qu'Intel entrerait en jeu. Les rapports évoquent l'utilisation des nœuds Intel 18A et du futur Intel 14A pour les dies d'entrée/sortie (I/O) et, plus crucial encore, pour le packaging avancé. Intel pourrait ainsi récupérer jusqu'à 25 % du volume de production global de cette génération, notamment grâce à sa technologie d'interconnexion EMIB (Embedded Multi-die Interconnect Bridge), seule véritable alternative crédible au CoWoS de TSMC qui sature actuellement les lignes de production. Pour NVIDIA, c'est une manière habile de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, tout en testant la fiabilité des nouvelles fonderies américaines d'Intel sans risquer les performances brutes de ses puces phares.
Intel Foundry : le pari de la survie validé par le roi de l'IA
Depuis le lancement de sa stratégie IDM 2.0, la firme de Santa Clara peine à convaincre les gros clients qui n'ont pas leur propres lignes de fabrication de lui confier leurs designs les plus précieux. Voir NVIDIA, l'entreprise la plus valorisée du secteur, valider ses processus de fabrication 18A et 14A enverrait un signal rassurant aux marchés et aux autres acteurs comme Apple ou Qualcomm. Il faut dire que le contexte est particulier : en septembre 2025, NVIDIA avait déjà injecté 5 milliards de dollars dans Intel, un investissement perçu à l'époque comme une manœuvre politique pour sécuriser une chaîne d'approvisionnement sur le sol américain.
Cette collaboration technique serait donc la suite logique de ce rapprochement financier. En acceptant de produire des composants critiques pour son concurrent direct sur le marché des centres de données, Intel admet implicitement son changement de statut : il n'est plus seulement le concepteur de CPU dominant, mais un prestataire de service au service de plus grands que lui. Techniquement, cela prouverait également que les rendements des nœuds angström d'Intel sont enfin au niveau des exigences drastiques de Jensen Huang. Si Intel parvient à livrer ces composants I/O sans accroc, cela pourrait marquer le véritable début de son retour en grâce technologique face à un TSMC jusqu'ici intouchable.
La fin du monopole TSMC : une nécessité géopolitique
Au-delà de la technique, ce mouvement de NVIDIA est une lecture froide de la réalité géopolitique. La dépendance quasi-totale de l'industrie envers TSMC et l'île de Taiwan est devenue un risque que les régulateurs américains et les actionnaires ne tolèrent plus. En diversifiant sa supply chain vers Intel Foundry, NVIDIA répond à une double exigence : sécuriser ses volumes face à une demande en IA qui ne faiblit pas, et montrer patte blanche à Washington qui pousse pour une souveraineté technologique via le CHIPS Act.
Cependant, restons lucides : ce partenariat ne signifie pas que NVIDIA abandonne TSMC. Le fondeur taïwanais reste, de loin, le leader technologique sur la gravure de pointe. Ce que nous observons ici est une stratégie d'atténuation du risque chinois. En confiant les tâches moins critiques (I/O, packaging) à Intel, NVIDIA libère de la précieuse capacité de gravure fine chez TSMC pour ses cœurs de calcul. Reste à voir si Intel saura transformer cet essai en 2028, ou si les vieux démons des retards de production referont surface.
Et vous, feriez-vous confiance à une carte graphique NVIDIA dont une partie du cœur est gravée par Intel ? Voyez-vous dans ce rapprochement une alliance de raison ou le signe qu'Intel est définitivement relégué au rang d'usine pour les autres ? Le débat est ouvert dans les commentaires !