La société française de cybersécurité Synacktiv lance REVEL·IO, une solution de criminalistique numérique destinée aux forces de l'ordre européennes, qui pourront déverrouiller les smartphones saisis lors d'enquêtes criminelles.

Les enquêteurs le savent bien : un téléphone verrouillé peut potentiellement représenter des mois d'attente et laisser une enquête au point mort. Pire, ce sont parfois des preuves qui s'évaporent, des complices qui disparaissent, des victimes qu'on ne retrouve pas. Pour inverser la tendance, l'entreprise française de cybersécurité Synacktiv, spécialiste dans les tests d'intrusion, dévoile aujourd'hui REVEL·IO, un système qui promet de débloquer ces coffres-forts numériques bien plus rapidement que tout ce qui existe.
Les téléphones verrouillés deviennent le principal frein des enquêtes criminelles
Imaginez un trafiquant arrêté, son téléphone confisqué. À l'intérieur dorment des conversations compromettantes, des photos de transactions, des contacts de complices. Mais il est impossible d'y accéder sans le code de déverrouillage. Les enquêteurs doivent alors tester des milliers, voire des millions de combinaisons possibles. Une opération qui peut s'éterniser pendant des semaines.
La solution REVEL·IO, dévoilé ce jeudi 15 janvier 2026 par Synacktiv, change la donne en déportant ce travail titanesque sur des serveurs dédiés équipés de processeurs graphiques surpuissants, les mêmes qui font tourner l'intelligence artificielle. Selon les modèles de téléphones et les configurations, le déverrouillage peut être jusqu'à 400 fois plus rapide qu'avec les solutions concurrentes actuelles. Impressionnant.
Le principe est simple. Le téléphone reste physiquement dans les locaux de la police, sous scellés. Mais il est connecté à distance à des serveurs ultra-performants qui testent les combinaisons de codes à une vitesse folle. Synacktiv annonce un gain jusqu'à 93,8 % de temps économisé sur ces opérations de déchiffrement. Une fois l'appareil déverrouillé, REVEL·IO extrait toutes les données contenues, sans les analyser. Libre ensuite aux enquêteurs de les exploiter.

Une interface de pilotage et une carte à jouer pour l'Europe
Concrètement, les enquêteurs peuvent tout gérer depuis un tableau de bord unique. Ils visualisent les terminaux en cours de traitement, suivent l'avancement en direct, reçoivent des alertes dès qu'un appareil est cracké. Ils peuvent aussi enrichir les listes de codes les plus probables en fonction des profils criminels rencontrés sur le terrain.
Derrière cette prouesse technique, il y a un vrai enjeu géopolitique. Le marché de la criminalistique mobile est aujourd'hui trusté par des entreprises nord-américaines et israéliennes. Pour les services de police et de renseignement européens, cette dépendance pose question : que se passe-t-il si l'accès aux outils est coupé ? REVEL·IO, développé avec le soutien de France 2030, offre une alternative souveraine.
L'outil reste pour l'instant strictement réservé aux forces de l'ordre, gendarmeries, services de renseignement et douanes européennes. La réglementation sur les technologies sensibles, ce qu'on appelle les « biens à double usage », l'exige. Mais Synacktiv envisage d'ouvrir une version allégée aux experts judiciaires et équipes de cybersécurité, uniquement pour débloquer des appareils avec l'accord de leur propriétaire.