"Acte 2 du CNM : yes we can", une tribune d'Alain Chamfort, D. Colling et M. Thonon

À quelques heures de l'intervention de la ministre de la Culture en ouverture du Marché annuel des musiques actuelles, trois professionnels du secteur appellent les pouvoirs publics à considérer une nouvelle fois l'intérêt de constituer un Conseil National de la Musique.

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La tribune qui suit est cosignée par Alain Chamfort, auteur-compositeur et interprète, Daniel Colling, fondateur du Printemps de Bourges et Marc Thonon, fondateur du label Atmosphériques. Fin 2011, tous trois avaient été chargé par Frédéric Mitterrand, alors ministre de la Culture, de plancher sur un rapport intitulé Création musicale et diversité à l'ère numérique.

Dans leurs conclusions, ils conseillaient notamment la création d'un Centre National de la Musique, fonctionnant sur un modèle similaire à celui du CNC dédié au cinéma. Cet organisme aurait notamment eu vocation à servir de guichet unique destiné à centraliser l'ensemble des subventions actuellement accordées au secteur, ainsi qu'à réfléchir aux pistes de financement possible en faveur de la musique.

Le projet n'a finalement pas abouti, et l'actuelle ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, a fait savoir fin septembre que la création d'un tel centre n'entrait pas dans les plans actuels de la rue de Valois, qui préférait envisager d'autres méthodes de soutien aux artistes. Aujourd'hui, les trois signataires de cette tribune - diffusée par l'intermédiaire de la Sacem - appellent à reconsidérer cette position.

« Acte 2 du CNM : yes we can », par Alain Chamfort, Daniel Colling et Marc Thonon

Il y a quelques semaines, la Ministre de la Culture lors d'une interview écartait l'idée d'un établissement public nouveau dédié à la musique, ou « Centre national de la musique ».

Mais qu'est-ce exactement que l'idée de Centre national de la musique ? Il s'agit en fait d'une conviction partagée depuis longtemps dans la filière musicale, reposant sur le besoin d'organiser et d'accompagner dans leurs mutations un secteur et des métiers, dispersés certes, divisés parfois, mais profondément complémentaires.

Si le besoin de soutien financier accru, diagnostiqué dans notre rapport Création musicale et diversité à l'ère numérique de l'an dernier, reste urgent et impératif, au vue de la crise importante vécue par nos industries depuis 10 ans, et pour soutenir l'avenir de la création française, il n'est pas l'alpha et l'oméga de tout le projet de CNM.

La force du secteur de l'audiovisuel et du cinéma réside justement dans sa capacité, héritée d'une longue histoire, à s'organiser et se fédérer, le secteur musical doit à son tour trouver les moyens d'élaborer sa propre régulation. Les chantiers, bien identifiés, sont immenses : nécessité de rapprocher un certain nombre d'organismes de notre secteur, besoin de structurer nos métiers au nom de l'intérêt général, de mettre en place les outils de formation, d'information et de statistiques, d'intégrer les acteurs du numérique dans notre fonctionnement et nos actions, de se préoccuper de la question des métadonnées, de défendre l'exception culturelle aujourd'hui menacée, de préserver nos financements et bien entendu les développer.

Ce diagnostic, que nous avons établi il y a 18 mois, demeure notre feuille de route. Aujourd'hui, même s'il n'y a aucune promesse de financements complémentaires à ce stade, c'est à notre filière de relancer la dynamique créée autour de cet objectif commun.

C'est donc à nous de jouer. L'Etat étant présent dans certaines des structures existantes de la filière, le CNM ne pourra se construire sans lui, et encore moins contre lui. Mais aujourd'hui il est de notre responsabilité, en tant que filière musicale, d'engager « l'acte 2 du CNM ».

Cela prendra donc plus de temps. Mais nous saurons le mettre à profit pour mieux faire mesurer le travail engagé, développer le dialogue avec les collectivités locales, nous insérer dans la réflexion d'ensemble induite par la mission Lescure, démontrer notre cohérence, la vivacité de notre écosystème et ses enjeux prospectifs.

Jouons l'intérêt général et prenons rendez-vous, dès 2013, pour faire abonder cette dynamique avec le soutien de L'Etat.

Le CNM est mort, vive le CNM !
Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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