Ce que Prism va coûter aux fournisseurs de cloud américains

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Les nuages s'amoncellent sur l'industrie du cloud américaine, où le manque à gagner consécutif à l'éclatement de l'affaire Prism commence d'ores et déjà à se faire ressentir. Et les choses pourraient empirer si ces sociétés n'offrent pas plus de transparence et de garanties à leurs clients.

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La mise au jour du programme de surveillance américain Prism ne sera pas sans conséquences pour les industriels locaux du cloud. D'après une étude menée par l'Information Technology and Innovation Foundation, ces entreprises, à l'instar d'Amazon, verront leurs parts de marché s'éroder d'ici les trois prochaines années.

En 2014 déjà, le terrain occupé par les acteurs américains du cloud devrait passer de 85% à 80% sur le marché international. Alors que le cabinet prévoyait que ces entreprises pèsent encore les trois quarts du secteur en 2016, Prism a rabaissé cette proportion à 65%. Naturellement, cela se ressentira sur le chiffre d'affaires. Évalué initialement à 64,5 milliards de dollars l'an prochain, il passerait à 60,7 milliards.

Et le manque à gagner devrait s'agrandir année après année. De 3,8 milliards de dollars en 2014, il devrait passer à 6,4 milliards en 2015 et à 11,4 milliards en 2016. Sur trois ans, les entreprises du cloud devraient perdre 21,5 milliards de dollars de recettes. Voilà pour la fourchette basse. L'Itif livre aussi une prévision moins optimisme tablant sur 35 milliards de dollars durant les trois prochaines années.

L'affaire Prism est du pain béni pour les services de cloud non-américains, lesquels brandissaient déjà le Patriot Act comme un épouvantail. En France, Orange et SFR, en partenariat avec Thales et Bull, lançaient leur cloud dit souverain l'an dernier. Soutenus tous deux par l'État à hauteur de 135 millions d'euros, ils matérialisaient la contre-offensive française au cloud américain. Et la France n'est pas seule.

Des fournisseurs de cloud comme le suisse Artmotion ont enregistré un bond de leur activité suite aux révélations d'Edward Snowden. La société dit avoir amélioré son chiffre d'affaires de 45%. « Et le pourcentage laissé aux concurrents étrangers pourrait grandir encore si les gouvernements décident de mettre en place des mesures protectionnistes pour faire barrière aux américains », écrit l'Itif.
La Commission européenne publiait fin 2012 un document afin de stimuler l'écosystème du cloud européen. Objectif affiché : « Construire une nouvelle industrie et mieux rivaliser avec les États-Unis. » Gartner estime que le cloud européen devrait peser 47 milliards de dollars en 2015 sur un marché global évalué à 160 milliards. De son côté, les États-Unis n'ont pas l'intention de se laisser rattraper de la sorte.

L'administration Obama vient en effet de déclassifier deux documents confidentiels décrivant le champ d'action de l'agence nationale de la sécurité (NSA), centrale dans le dispositif d'écoute américain. Où l'on apprend qu'elle surveille 1,6% du trafic Internet mondial, dont seulement 0,025% de façon approfondie. Si cette sortie veut rassurer les clients des services de cloud américains, il est peut-être déjà trop tard.

D'après les premiers relevés effectués par la Cloud Security Alliance après l'éclatement de l'affaire Prism, un certain nombre de clients ont d'ores et déjà décidé de ne pas renouveler leur confiance. Interrogés sur ce sujet, 10% des membres de l'alliance qui ne résident pas aux États-Unis indiquent avoir annulé leur projet avec un fournisseur de cloud américain. Et 56% estiment que ce sera plus difficile à l'avenir.


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Modifié le 01/06/2018 à 15h36
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