Une chaîne d'agents IA développée par OpenAI a découvert près de mille vulnérabilités dans le noyau Linux et réussi à les exploiter pour obtenir les privilèges les plus élevés du système. L'entreprise a également préparé des correctifs, dont plusieurs centaines ont déjà été transmis à la communauté Linux pour examen.

Repérer une vulnérabilité dans un logiciel est une chose. Prouver qu'elle permet de prendre le contrôle d'un système en est une autre. Dans une étude publiée le 4 novembre, OpenAI affirme avoir automatisé ces deux opérations, ainsi que la préparation des correctifs, grâce à une série d'agents alimentés par un modèle d'IA spécialisé dans la cybersécurité, dont la sortie est encore à venir. L'expérience, menée à la mi-octobre sur le noyau Linux, a permis de découvrir 948 failles distinctes permettant à un utilisateur disposant de droits limités d'obtenir les privilèges root, soit l'équivalent des droits administrateur sous Linux.
De la découverte de failles à l’élaboration de techniques d’attaque originales
Pour conduire cette expérience, OpenAI a d'abord chargé ses agents de repérer les parties du noyau qu'un utilisateur disposant de droits limités pouvait solliciter, afin de rechercher des failles qu’un attaquant serait capable d'exploiter sans posséder de privilèges élevés. Ce premier tri a permis de concentrer les recherches sur environ 7 % du code du noyau Linux, qu'une deuxième équipe d'agents a ensuite examiné.
Les erreurs suspectées ont été soumises à des tests dans des machines virtuelles isolées, puis les agents ont cherché à les exploiter pour obtenir les droits root. Au terme de la campagne, OpenAI a ainsi comptabilisé 948 vulnérabilités distinctes ayant permis d'accéder aux privilèges les plus élevés du système, sur une distribution Linux courante dont les principales protections de sécurité étaient activées.
A noter toutefois que pour exploiter ces failles, un attaquant doit déjà pouvoir exécuter du code sur la machine, par exemple après avoir compromis un compte utilisateur ou une application. Elles ne permettent donc pas, à elles seules, de pirater un ordinateur Linux à distance, mais peuvent transformer un premier accès limité en contrôle complet du système.
Au cours de leurs recherches, les agents auraient également élaboré au moins dix techniques d'exploitation inédites, que les spécialistes externes consultés par OpenAI ne connaissaient pas non plus. L'entreprise a choisi de ne pas en publier les détails techniques, mais ces découvertes suggèrent que les modèles sont désormais capables de concevoir leurs propres stratégies d'attaque, et plus seulement de répliquer des méthodes déjà documentées.

Linux à la peine face à l’avalanche de signalements générés par IA
Une démonstration impressionnante, qui confirme les progrès de l'IA dans la recherche de vulnérabilités, déjà illustrés récemment par Anthropic sur Linux, Chrome et Safari. Mais la multiplication de ces découvertes soulève aussi la question de leur traitement, alors que les responsables du noyau Linux alertent déjà sur l'afflux de rapports issus de recherches assistées par IA, souvent imprécis ou peu fiables, qui compliquent le travail des équipes de maintenance. En octobre, Google a même suspendu une partie de son programme de récompenses consacré aux logiciels open source, submergé par les signalements automatisés invalides.
OpenAI a bien tenté de répondre à ce problème en accompagnant ses découvertes de preuves d'exploitation et de propositions de correctifs, mais ses premiers essais ont quand même révélé que plusieurs patchs risquaient de dégrader les performances du noyau ou de passer à côté d'autres variantes d'une même vulnérabilité.
Après plusieurs ajustements et un examen par ses chercheurs, OpenAI a finalement transmis plusieurs centaines de rapports et de correctifs aux responsables du noyau Linux, en donnant la priorité aux failles les plus critiques. Pour l'heure, l'entreprise ne précise pas combien de ses correctifs ont été acceptés et intégrés au noyau.