Une entreprise israélienne est soupçonnée d’avoir exploité la publicité en ligne pour localiser et suivre des utilisateurs de Starlink. Des chercheurs ont repéré une activité inhabituelle jusque dans des pays où le service de SpaceX est interdit ou restreint.

Des espaces publicitaires auraient servi à localiser ou surveiller des internautes connectés à Starlink. ©Natalie Board
Des espaces publicitaires auraient servi à localiser ou surveiller des internautes connectés à Starlink. ©Natalie Board

Des publicités en apparence banales auraient servi à pister des utilisateurs de Starlink. Selon une enquête de Reuters publiée le 27 octobre, l’entreprise israélienne Discover-Tech serait derrière ce ciblage. Pour l’identifier, l’agence s’appuie sur les témoignages de six sources proches du dossier et sur les travaux de TrendAI, l’unité cybersécurité de Trend Micro, dont les chercheurs ont repéré des achats d’espaces publicitaires anormalement concentrés sur les connexions Starlink.

Un intérêt appuyé pour les connexions Starlink

En analysant un échantillon d’enchères publicitaires, les chercheurs de TrendAI ont repéré un acheteur particulièrement actif sur les connexions Starlink. Celui-ci arrive en tête d’enchères remportées dans 105 pays, dont la France. Son activité en Syrie, en Libye, au Yémen ou au Soudan du Sud leur paraît difficile à expliquer par la simple volonté de vendre des produits.

Starlink permet notamment de rester connecté lorsque les réseaux terrestres sont coupés ou soumis à des restrictions locales. Cette possibilité est précieuse dans les zones de conflit, mais elle intéresse aussi les autorités qui cherchent à localiser les utilisateurs du service.

Les enchères publicitaires peuvent devenir un outil de surveillance

Lorsqu’un emplacement publicitaire est mis aux enchères dans une application ou un navigateur, les acheteurs potentiels reçoivent des informations pour décider combien ils sont prêts à payer. Adresse IP, identifiants publicitaires, caractéristiques de l’appareil et parfois localisation peuvent ainsi circuler avant même qu’une annonce ne s’affiche sur l’écran de l'utilisateur.

En recoupant ces données, un acteur malveillant peut constituer des profils, suivre des déplacements ou chercher à identifier des personnes. L’annonce diffusée peut aussi exécuter du code sans intervention de l’internaute. Dans une enquête distincte publiée le 15 octobre, Citizen Lab a documenté des infections par le logiciel espion Candiru, diffusé au moyen de publicités achetées par Discover-Tech sur des appareils d’Al Jazeera.

Discover-Tech écartée des grandes plateformes

Le rapport de TrendAI désigne l’acheteur suspect sous le nom de code SHADOW-EARTH-79. D’après cinq sources interrogées par Reuters, les chercheurs avaient envisagé de nommer Discover-Tech, mais leur direction aurait soulevé des réserves juridiques. Sollicitée par l’agence, TrendAI invoque sa prudence en matière d’attribution, sans expliquer directement pourquoi l’entreprise n’a pas été citée.

Google et la plateforme publicitaire Beeswax, propriété de Comcast, ont exclu Discover-Tech de leurs services. Une grande entreprise technologique américaine et une organisation internationale ont également ouvert des enquêtes internes, selon Reuters. Ni SpaceX ni Discover-Tech n’ont répondu aux sollicitations de l’agence.

Les satellites peuvent aider à contourner certaines restrictions locales, mais ils ne font pas disparaître les traces laissées sur les sites et les applications. Le dossier pose donc une question qui dépasse largement Starlink. À force de perfectionner le ciblage publicitaire, les plateformes ont-elles aussi simplifié le travail de ceux qui cherchent des cibles plutôt que des clients ?

Sources : Reuters, TrendAI et Citizen Lab

Starlink
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