Paris et Berlin se seraient entendus pour ramener à 80% la baisse des émissions imposée aux voitures neuves en 2035, là où Bruxelles propose déjà 90%. En contrepartie, l’Allemagne accepterait de durcir les critères Made in EU réclamés par la France. Rien n’est encore adopté.

Le couple franco allemand en plein rétropédalage sur la fin du thermique dans l'UE ? ©EUS-Nachrichten x Shutterstock
Le couple franco allemand en plein rétropédalage sur la fin du thermique dans l'UE ? ©EUS-Nachrichten x Shutterstock

L’ambitieux objectif européen de 2035 pourrait encore perdre quelques plumes. Selon le Handelsblatt, qui cite trois sources proches des discussions, Emmanuel Macron et Friedrich Merz se seraient entendus sur une position commune pour demander 80% de réduction des émissions de CO₂ des voitures neuves par rapport à 2021. Un compromis qui irait plus loin que celui proposé par la Commission européenne fin 2025.

De 100 à 90, puis peut-être 80%

La règle actuellement inscrite dans le droit européen impose toujours une réduction de 100% des émissions à l’échappement en 2035, soit une moyenne de 0g de CO₂/km pour les voitures neuves.

Bruxelles a toutefois proposé en décembre dernier de ramener cet objectif à 90%. Les 10% restants devraient être compensés par l’utilisation d’acier européen à faible empreinte carbone ou de carburants renouvelables, notamment des e-fuels et des biocarburants. Ce dispositif laisserait une place après 2035 aux hybrides rechargeables, prolongateurs d’autonomie et même à certains modèles thermiques.

Le compromis attribué à Macron et Merz ajouterait dix points d’assouplissement sans compensation aux flexibilités déjà proposées par Bruxelles. En tenant compte des dix points compensés par l’acier bas carbone ou les carburants renouvelables, la réduction des émissions à l’échappement pourrait ainsi descendre autour de 80%. Les modalités exactes restent à négocier. Les deux pays souhaiteraient également donner davantage de souplesse aux constructeurs pour atteindre l’objectif intermédiaire de 2030.

Précisons qu'un objectif de 80% ne signifie pas que 20% des voitures pourraient automatiquement être thermiques. La réglementation porte sur la moyenne des émissions des véhicules neufs vendus par chaque constructeur, pas sur un quota fixé par type de moteur.

Selon Heise, la Commission estime, dans le cadre de son scénario à l'objectif de 90%, que 27 à 29% des immatriculations de 2035 pourraient encore embarquer un moteur à combustion sous une forme ou une autre.

Paris et Berlin auraient trouvé leur monnaie d’échange

Cette concession française ne serait toutefois pas gratuite. En échange, l’Allemagne accepterait de soutenir des critères Made in EU plus stricts dans le cadre de l’Industrial Accelerator Act, l’un des textes avec lesquels Bruxelles veut favoriser les produits fabriqués en Europe dans les marchés publics et les dispositifs d’aide.

Paris pousse depuis plusieurs mois pour que les aides et commandes publiques bénéficient davantage aux véhicules et composants réellement produits dans l’Union. Berlin défendait jusqu’ici une définition plus large permettant de faire davantage appel à des partenaires commerciaux extérieurs.

Avec ce compromis, la France lâcherait ainsi du lest sur les émissions, l’Allemagne sur les règles d’origine. L’appui français est d’autant plus précieux que Berlin aurait du mal à réunir seul la majorité nécessaire au Conseil de l’Union européenne.

Pour les constructeurs, des critères européens plus exigeants sur les composants ne seraient toutefois pas indolores. Les capacités de production de batteries restent notamment en plein développement dans l’Union, au point que la Commission a lancé en juin un dispositif de 1,5 milliard d’euros pour soutenir cette industrie. Bref, à 90% ou 80%, la fin du thermique en 2035 commence surtout à ressembler de moins en moins à une fin…