Amazon a dévoilé mercredi une nouvelle version de Seller Assistant, son assistant IA pour les vendeurs de sa marketplace. Désormais, il peut automatiser la surveillance des prix, des stocks ou du compte, et s'invite dans Quick et Claude grâce à un nouveau plugin.

Il y a trois ans, à ses prémices, Seller Assistant se contentait de répondre aux questions et d'afficher quelques chiffres de ventes. L'assistant d'Amazon aide les commerçants présents sur le marketplace de la firme de Jeff Bezos à gérer leur boutique, à analyser leurs ventes et à résoudre automatiquement leurs problèmes de stock ou de compte directement depuis leur espace vendeur. Aujourd'hui, il retient ce qu'il apprend de chaque vendeur, fabrique ses propres tableaux de bord et veille sur un catalogue pendant que son propriétaire dort, rien que ça. Rencontré à Seattle lors d'Amazon Accelerate, le rendez-vous annuel du géant avec ses vendeurs, Chris Jones, directeur de Seller Assistant et spécialiste de l'intelligence artificielle depuis près de vingt ans, nous a expliqué comment Amazon veut offrir à chaque entrepreneur une équipe d'experts virtuels, sans lui retirer le volant.
« N'importe qui peut le faire » : Amazon veut épauler chaque vendeur avec un agent IA
L'histoire de Seller Assistant suit assez fidèlement celle de l'IA générative. À son lancement, en 2023, l'outil se branchait surtout sur la base de connaissances d'Amazon pour répondre aux questions. Puis sont arrivées les capacités dites agentiques, qui permettent au modèle de manier des outils en coulisses. Chris Jones revendique aujourd'hui un changement d'échelle : « Nous sommes passés d'une poignée d'expériences d'IA agentique à l'ensemble de leur activité. » Qu'il s'agisse des fiches produits, des promotions, de la publicité, des stocks ou des tendances de catégorie, tout converge vers un même interlocuteur, dont les fonctions sont déjà déployées auprès de plus de 90 % des vendeurs dans le monde, dans leur propre langue.
Pour franchir un nouveau cap, Amazon commence par offrir à son assistant ce qui lui manquait le plus : de la mémoire. Seller Assistant retient désormais les habitudes de prix, les cycles de stock et les objectifs de croissance de chaque vendeur, et ce contexte le suit même hors de Seller Central. Il gagne aussi un « canvas », un espace visuel que l'IA peut ouvrir pour mettre en scène une analyse. On y simule des scénarios, on y compare des stratégies de prix ou on y décortique une campagne publicitaire, sur des données en temps réel. Chaque suggestion arrive avec son raisonnement, et un discret rappel, sous la zone de saisie, invite toujours à vérifier d'éventuelles erreurs.
Quand on lui demande si quelqu'un sans bagage commercial peut désormais se lancer et faire « du business » via Amazon, Chris Jones nous répond que oui. « Je pense que c'est exactement ce que nous avons en tête. Si vous êtes entrepreneur, tout ce dont vous avez vraiment besoin, c'est l'idée. » Associé à vingt-cinq ans d'expertise accumulée aux côtés des vendeurs, le modèle devient presque une équipe d'experts à demeure : « Vous n'avez plus besoin d'être cet expert en supply chain, parce que tous les outils sont là, devant vous », ajoute le dirigeant. Les vendeurs semblent suivre, puisqu'Amazon revendique des centaines de milliers d'utilisateurs actifs, qui acceptent ses recommandations plus de neuf fois sur dix.
Seller Assistant travaille la nuit, mais demande la permission
C'est sans doute la nouveauté la plus parlante de ce début d'Amazon Accelerate. Avec les workflows, Seller Assistant n'attend plus qu'on le sollicite. Maintenant, il surveille, interprète et réagit en continu, même lorsque le vendeur n'est pas connecté. Amazon fournit d'ailleurs des modèles prêts à l'emploi pour suivre la santé du compte, résumer commandes et retours, analyser les prix ou dénicher de nouveaux produits à vendre. Chacun peut aussi rédiger sa propre consigne en langage courant. Il peut demander à être alerté dès qu'un de ses dix best-sellers passe sous la barre des quatre étoiles en avis, ou à guetter une opportunité face à la concurrence dans sa catégorie phare pour ajuster ses prix et rafraîchir ses fiches.
Forcément, confier ses prix à une IA pendant qu'on dort, voilà de quoi faire hésiter plus d'un commerçant. Mais Chris Jones tente de rassurer, en nous expliquant que c'est le vendeur qui fixe le niveau d'autonomie de chaque workflow, de la simple recommandation à l'action concrète, et tout est consigné dans un journal d'audit. « En règle générale, pour les actions qui ont un impact sur l'activité, nous demandons l'approbation du vendeur », précise-t-il. L'idée est donc de délester les vendeurs de la charge mentale du quotidien, pas de leur confisquer les décisions stratégiques. Amazon compte leur laisser plus de latitude au fil du temps, à mesure que la confiance s'installera.
Reste le risque d'erreur, la fameuse hallucination qui peut coûter cher sur un prix ou une fiche produit. À notre micro, Chris Jones ne l'esquive pas : « L'IA reste imprévisible par nature, en tant que technologie. » Pour la tenir en bride, Amazon a adjoint à Seller Assistant un second agent, une sorte de critique qui passe en revue tout ce qu'il fait et corrige les erreurs en cours de route. D'autres contrôles surveillent ses performances dans la durée. « Ce n'est pas qu'un modèle, c'est tout un ensemble complexe de modèles qui travaillent ensemble », souligne-t-il.
Les vendeurs français devront patienter pour profiter du plugin
Une autre annonce importante, plus stratégique cette fois. Seller Assistant sort de Seller Central, l'espace en ligne où les vendeurs gèrent leur activité sur Amazon. Selon Amazon, 90 % de ses vendeurs utilisent déjà des outils d'IA tiers. Le groupe a donc choisi de les y rejoindre avec un plugin baptisé Amazon Selling Partner, qui transporte données, recommandations et capacité d'action vers d'autres assistants. Il arrive d'abord dans Quick, l'assistant IA professionnel d'Amazon Web Services, et dans Claude, le célèbre assistant d'Anthropic, dont les modèles font d'ailleurs déjà tourner Seller Assistant via Amazon Bedrock, la plateforme d'IA générative d'AWS. Côté Claude, la connexion prendrait une soixantaine de secondes, sans une ligne de code. Amazon promet que ses garde-fous restent de mise, avec des accès délimités, une validation humaine des actions et une traçabilité complète, et d'autres intégrations suivront.
Pour illustrer l'idée, Chris Jones cite Richard, de Proof Culture, une toute petite entreprise d'accessoires pour sneakers, adepte de l'IA. Richard a créé son propre agent, baptisé Lisa, avec Amazon Bedrock, et l'utilise dans Quick. Dans une vidéo de démonstration, il lui demande quelles sont les prochaines sorties de baskets. Lisa fouille le web, repère l'arrivée d'une paire Space Jam et, grâce au plugin, l'aide à estimer le stock à prévoir face à la hausse de la demande. Richard enchaîne avec un bon de commande et prévient son équipe. Définir le rôle d'un tel agent, ses données et ses outils ne prend que quelques minutes. « Honnêtement, n'importe qui peut le faire », assure Chris Jones.
Côté français, il faudra un peu de patience. Seller Assistant est déjà disponible chez nous, mais une bonne partie de ses nouveautés arrivera au fil des prochains mois, dans le cadre d'un déploiement mondial progressif. Le plugin, encore en bêta, ne concerne pour l'instant que les vendeurs des boutiques américaines d'Amazon, avec une extension internationale promise sans calendrier précis. Les plus curieux peuvent toutefois prendre de l'avance, puisque bonne nouvelle, tout titulaire principal d'un compte vendeur peut s'inscrire jusqu'au 31 décembre 2026 pour obtenir un an gratuit de Quick Plus, et en faire profiter deux collaborateurs.
Chris Jones le reconnaît lui-même, la manière de piloter ces agents autonomes est appelée à beaucoup évoluer. Pour l'heure, Amazon avance à petits pas, garde-fous en tête, en pariant qu'un vendeur rassuré finira par en confier toujours plus à son assistant.