Les commissions ont été rabotées, les boutiques rivales admises au compte-gouttes. Restait la manière : le juge californien James Donato estime que Google transforme encore chaque installation concurrente en parcours d'obstacles, et lui ordonne de raccourcir le chemin.

© Epic Games
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La partie d'échecs judiciaire entre Epic Games et Google dure depuis six ans, et le magistrat fédéral qui l'arbitre commence visiblement à trouver le temps long. Jeudi, lors d'une audience de suivi rapportée par The Verge, James Donato a reproché à Google d'entretenir une « friction anticoncurrentielle » dans Android. Le magistrat a dans la foulée ordonné au groupe de simplifier les étapes permettant aux utilisateurs d'Android de trouver les boutiques d'applications rivales. Le fond du dossier n'est plus en discussion : c'est désormais l'ergonomie qui se retrouve sur le banc des accusés.

Trop d'étapes, trop d'avertissements : ce que reproche le tribunal

Condamné fin 2023 pour avoir maintenu un monopole sur la distribution d'applications Android, Google a épuisé ses recours au fil de 2025. Le groupe a fini par renoncer à la renégociation de l'injonction à la mi-juillet, en s'engageant à héberger les boutiques concurrentes dans son propre Play Store. La première d'entre elles, Aptoide, y est apparue cette semaine. Sur le papier, l'ouverture est actée. Sur un téléphone, elle passe encore par une succession d'écrans, d'autorisations et d'avertissements que le tribunal juge dissuasifs (un couloir d'aéroport avec trois contrôles de sécurité reste techniquement praticable, mais peu de voyageurs y flânent).

Tim Sweeney, patron d'Epic, dénonçait déjà les obstacles d'interface dressés par Android au moment de déposer plainte, en août 2020, ce qui donne au grief actuel un solide air de refrain. L'accord conclu à l'automne 2025 promettait pourtant des installations de boutiques tierces aussi simples que celles d'une application classique, sans messages d'alerte anxiogènes. Pour le juge, la promesse et l'écran du téléphone racontent encore deux histoires différentes.

Après le prix, le parcours : la nouvelle bataille de l'ouverture d'Android

La bataille des commissions, elle, semble derrière nous. Google a présenté en mars une refonte de sa grille tarifaire avec découplage de la facturation et taux abaissés, tournant la page des fameux 30 % qui avaient déclenché toute l'affaire. Le front s'est donc déplacé du prix vers le parcours utilisateur, terrain nettement plus difficile à arbitrer pour un tribunal.

Le lecteur européen suit tout cela avec un léger sentiment de décalage temporel. Le règlement sur les marchés numériques (le DMA, pour les intimes) impose depuis mars 2024 aux contrôleurs d'accès d'autoriser les boutiques tierces et de ne pas entraver leur installation. Bruxelles a d'ailleurs infligé fin juillet 890 millions d'euros d'amende au groupe, dont 430 sur le seul volet Play. Le reproche portait alors sur les développeurs empêchés d'orienter les utilisateurs vers des offres extérieures. Deux méthodes, un même diagnostic : l'obstacle ne se niche plus dans l'interdiction, mais dans le nombre de clics. Apple, de son côté, a demandé jeudi l'ouverture de discussions de conciliation avec Epic dans son propre contentieux. Epic n'y a pas consenti, ce qui en dit long sur la confiance réciproque des deux camps.

Reste à savoir ce que le lecteur français y gagnera concrètement. Les remèdes ordonnés par le juge Donato s'appliquent aux États-Unis, quand les baisses de commissions annoncées par Google couvrent bien l'Europe. De ce côté-ci de l'Atlantique, l'ouverture du système reste donc une affaire de régulateurs bruxellois plutôt que de magistrats californiens. Et si l'on retient une chose de ces six années de procédure, c'est qu'entre un droit proclamé et un bouton accessible, il aura toujours fallu un juge pour mesurer la distance.

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