Pour installer plus vite des bornes électriques, 19 communes néerlandaises testent un dispositif étonnant. Les emplacements concernés restent accessibles aux voitures essence et diesel, faute de procédure administrative permettant de les réserver rapidement aux véhicules électriques.

Si installer une borne électrique peut prendre quelques heures, poser le panneau qui réserve officiellement la place située devant peut demander des mois. C'est précisément cette absurdité administrative que tentent de contourner 19 communes du Brabant-Septentrional et du Limbourg, aux Pays-Bas.
Depuis le 1er août 2026, l'opérateur Vattenfall InCharge mène donc une expérimentation dans 19 communes. Elle doit porter sur 150 nouvelles bornes, installées progressivement d'ici à janvier 2027, dont les emplacements ne seront pas exclusivement réservés aux véhicules en cours de recharge. Le dispositif paraît presque contradictoire avec l'objectif recherché, mais il doit pourtant permettre d'accélérer le déploiement du réseau de bornes électriques.
Quand le panneau prend plus de temps que la borne
Le frein que vise cette expérimentation n'est pas technique, mais administratif. Pour réserver une place publique à la recharge, les collectivités néerlandaises doivent adopter une décision administrative de circulation appelée verkeersbesluit. Celle-ci doit être publiée et peut faire l'objet d'objections ou de recours, notamment de la part de riverains mécontents de voir disparaître une place de stationnement classique.
Cette procédure supplémentaire peut retarder l’installation d'une borne électrique et la création de sa place réservée. Pour éviter une attente de plusieurs mois, les emplacements pilotes créés par ces communes sont signalés par un panneau adapté ou une dalle spécifique, mais restent juridiquement ouverts aux véhicules qui ne rechargent pas.
150 bornes pour savoir si le civisme suffit
L'expérience portera sur 150 bornes de ce type, comparées à 150 installations classiques. Toutes doivent être déployées d'ici à janvier 2027, avant plusieurs mois d'observation consacrés à leur disponibilité, aux comportements des automobilistes et aux éventuelles plaintes.
Dans une enquête menée par Vattenfall auprès de plus de 1 000 automobilistes, 41% des conducteurs de voitures à essence ou diesel affirment qu'ils laisseraient volontairement libre une place partagée pour quelqu'un ayant besoin de recharger. Le test nous dira si la bonne volonté des conducteurs néerlandais suffit à compenser la lourdeur administrative de leur pays.
Quid de la France ?
Dans l'Hexagone, la procédure est moins verrouillée. La pose d'une borne sur le domaine public nécessite généralement une permission de voirie, dont l'instruction ne peut dépasser les deux mois. Pour réglementer le stationnement, l'autorité compétente, généralement le maire, prend un arrêté motivé qui devient exécutoire après sa publication. Il n'existe donc pas de période obligatoire de consultation des riverains avant l'installation.
Ceux concernés peuvent toutefois contester cet arrêté dans les deux mois suivant sa publication, sans que ce recours suspende automatiquement le projet. Une fois les autorisations obtenues, le raccordement électrique, la disponibilité du réseau et d’éventuels travaux d’aménagement peuvent encore retarder la mise en service de la place de recharge.
Une différence majeure subsiste toutefois avec les Pays-Bas. En France, le Code de la route considère comme gênant tout stationnement devant une borne qui ne sert pas à recharger un véhicule, quelle que soit sa motorisation. Une commune française ne pourrait donc pas reproduire cette expérimentation par un simple arrêté local.
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