Une étude menée auprès de 1500 entreprises britanniques, françaises et allemandes mesure le niveau d'inquiétude face à une coupure d'accès aux plateformes numériques américaines. Ce risque géopolitique est désormais mis au même plan que les cyberattaques.

La moitié des entreprises européennes ne survivrait pas un jour à un kill switch américain
La moitié des entreprises européennes ne survivrait pas un jour à un kill switch américain

Le risque du "kill switch" désigne ici la possibilité, pour une administration américaine, de couper l'accès d'une organisation européenne à un service cloud, une messagerie ou un outil de collaboration hébergé aux États-Unis. Commandée par Proton et réalisée par l'institut Toluna entre le 15 et le 24 juillet 2026, l'étude interroge 500 décideurs d'entreprise dans chacun des trois pays.

Un risque désormais comparé aux cyberattaques

Près de trois entreprises sur quatre (73,9%) se disent au moins un peu préoccupées par un scénario de coupure gouvernementale de leur accès aux fournisseurs technologiques américains. Une entreprise sur vingt seulement dit n'éprouver aucune inquiétude. Ce niveau de préoccupation rejoint désormais celui suscité par les rançongiciels et les cyberattaques (74,9%). Mais ce qui a changé, c'est la perception de cette menace. Pour Raphaël Auphan, directeur des opérations de Proton, ce risque est désormais traité au même niveau d'urgence qu'une attaque criminelle.

La menace varie selon la taille de l'entreprise. Plus de la moitié des répondants (54,5%) affirment ne pas pouvoir maintenir leur activité au-delà d'une seule journée ouvrée sans accès à leurs outils cloud. Les deux conséquences les plus citées sont identiques dans les trois pays : l'impossibilité pour les équipes de travailler normalement et l'incapacité à répondre aux clients, chacune concernant 36% des répondants. Côté finances, la plupart des petites structures évaluent leur perte entre 5 000 et 9 999 euros pour une journée d'arrêt, contre 10 000 à 49 999 euros pour près de la moitié des entreprises de taille intermédiaire. Chez les grandes entreprises, 44,8% anticipent plus de 50 000 euros de pertes et 28,7% plus de 100 000 euros.

Alors oui, on l'aura bien compris, cette étude appuie bien évidemment le business de Proton, entreprise localisée en Suisse qui cherche à développer son modèle B2B depuis quelques années histoire de faire un peu d'ombre à Google et Microsoft.

etude proton

Il n'empêche que ce type de scénario n'est plus purement théorique. En juin 2026, le gouvernement américain a ordonné à Anthropic de couper l'accès à ses modèles Mythos 5 et Fable 5 au nom de la sécurité nationale, un épisode qui a poussé le CNRS à accélérer sa bascule vers des outils européens. On se souvient également de la suspension du compte email du procureur de la Cour pénale internationale par Microsoft sur ordre de l'administration de Trump.

Face à ce type de risque, 67,8% des entreprises interrogées déclarent qu'elles changeraient de fournisseur en cas de blocage, les entreprises britanniques se montrant les plus disposées à le faire (74,4%), devant l'Allemagne (68%) et la France (61%). Toutes ont connu au moins un incident (panne, cyberattaque ou perte d'accès) au cours des douze derniers mois, mais seules 44% disposent d'un plan de continuité formalisé et testé régulièrement.

Les entreprises concentrent leurs investissements de protection sur les deux services les plus souvent touchés par des interruptions : la messagerie (33,6%) et le stockage de fichiers dans le cloud (28,3%). Plusieurs entreprises comme Proton, Mailbox.org, Mimecast ou Trend Micro proposent désormais des offres de continuité d'activité.