L’Union européenne a lancé hier un appel d’offres pour bâtir jusqu’à sept giga-usines d’intelligence artificielle. Dix-huit États membres épaulent la Commission dans ce projet, avec l’ambition de mobiliser plus de 30 milliards d’euros et de réduire la dépendance du continent envers les infrastructures de calcul américaines et chinoises.

IA : Bruxelles débloque 5 milliards d’euros pour rattraper Washington et Pékin - ©Magicmaik123 / Shutterstock
IA : Bruxelles débloque 5 milliards d’euros pour rattraper Washington et Pékin - ©Magicmaik123 / Shutterstock

Une giga-usine d’IA regroupe des dizaines de milliers de processeurs spécialisés, capables d’entraîner les modèles de langage les plus avancés. La Commission européenne a ouvert, ce jeudi 30 juillet, la procédure d’attribution de sept sites de ce type, répartis sur le territoire de l’Union. Le projet complète un réseau existant de dix-neuf fabriques d’IA plus modestes, déjà en activité ou en construction. Bruxelles redoute un retard préoccupant sur les États-Unis et la Chine, où des centres de calcul comparables sortent déjà de terre. Dix-huit pays, dont la France, l’Allemagne et l’Italie, ont signé un accord de passation conjointe de marchés avec l’entreprise commune EuroHPC pour financer l’opération aux côtés de la Commission. Selon Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, disposer d’une telle puissance de calcul répond à une nécessité stratégique pour l’Europe.

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Deux lots pour financer sept sites en deux phases

L’Union européenne répartit son soutien en deux lots. Pour les quatre projets du premier, elle prévoit 100 millions d’euros par site durant la première phase, puis jusqu’à 400 millions supplémentaires lors de la seconde, à condition pour chaque lauréat de déployer dès le départ autant de processeurs avancés que la fabrique d’IA la plus puissante actuellement en service en Europe, avant d’en tripler la capacité. Pour les trois projets du second lot, elle double ces montants, avec 200 millions d'euros lors de la première phase puis jusqu'à 800 millions lors de la seconde, sous une exigence de calcul également doublée, puis quadruplée.

L'’appel prendra fin le 12 novembre 2026. L’entreprise commune EuroHPC examinera ensuite les candidatures, pour des décisions d’attribution attendues au début de l’année 2027.

Selon Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, disposer d'une telle puissance de calcul répond à une nécessité stratégique pour l'Europe - ©Alexandros Michailidis / Shutterstock

Une contribution bruxelloise resserrée par l’incertitude budgétaire

Le montant total annoncé, plus de 30 milliards d’euros, résulte de plusieurs strates de financement inégalement assurées. Les investisseurs privés fourniront environ deux tiers de la somme. Sur le tiers public restant, les États membres participants apporteront la moitié, la Commission l’autre. Bruxelles ne devrait donc apporter, au total, qu’environ 5 milliards d’euros à cette initiative. Le budget européen actuel ne permet toutefois d’engager qu’un milliard d’euros. Le reste dépendra du prochain cadre financier pluriannuel, encore en discussion serrée entre les Vingt-Sept. Un haut responsable de la Commission européenne a déclaré que Bruxelles ne pouvait pas préempter les décisions sur ce budget, et que l’exécutif avait transmis sa meilleure estimation des financements disponibles pour la seconde phase.

Le nombre de sites disponibles a grimpé depuis la présentation du projet. Ursula von der Leyen avait annoncé quatre à cinq giga-usines lors du sommet pour l’action sur l’IA, à Paris, en février 2025. Ce chantier prolonge le plan plus large de 200 milliards d'euros, présenté par la Commission cette même année pour faire de l’Europe un continent de l’IA. Soixante-seize consortiums ont depuis manifesté un intérêt préliminaire. Devant cet afflux de candidatures, la Commission a relevé le total à sept sites, avec le souci d’une répartition géographique équilibrée entre États membres. L'exécutif européen essuie par ailleurs des critiques pour avoir reporté plusieurs fois le lancement de cet appel, un rythme jugé en décalage avec l’urgence affichée par Bruxelles vis-à-vis des deux puissances rivales.

Dix pays ont manifesté un intérêt pour accueillir l’un des sites, dont l’Allemagne, l’Italie, la France, la Pologne, la Tchéquie, le Danemark, la Finlande, la Grèce, le Portugal et l’Espagne. Comme on vous l’annonçait hier, Paris a confirmé vouloir accueillir un site sur son sol, avec une promesse d’achat de 100 millions d'euros de capacité de calcul auprès du futur lauréat national.

Sur le plan des équipements, la Commission a signé des lettres d’intention avec trois fournisseurs américains de processeurs, AMD, NVIDIA et Qualcomm, pour garantir aux futurs consortiums un accès à du matériel de pointe. La dépendance de l'Europe envers ces fournisseurs étrangers reste pourtant un point de friction, alors que l’ambition affichée concerne justement l’autonomie technologique du continent.

Les sites retenus devront entrer en service dans un délai maximal de dix-huit mois après la signature de leurs contrats.

Source : Le Monde